baroque / électronique / musique ancienne / musique méditerranéenne

Tarta Relena, ou l’enchantement méditerranéen à travers les siècles

par Z Neto Vinheiras

Dans une Sala Rossa comble, ce dernier jeudi 22 janvier a été une soirée de communion vocale, un écho aux courants sous-jacents des siècles, aux paysages méditerranéens. Et à une incroyable perméabilité entre les genres, les langues et les techniques. Un spectacle gigantesque traversant les géographies, le temps et l’humanité de Ros et Torella.

Honorant à la fois le sacré et le profane, l’ancien et le contemporain, Marta Torella et Helena Ros tissent des histoires avec leurs voix, et dans leurs voix, il y a de la gravité – c’est une danse entre une soprano et une contralto, qui s’équilibrent, se soutiennent mutuellement, affrontent la foule. Elles incarnent les contrastes dans lesquels sont tissés les fils de la continuité, la tapisserie sirène avec toutes les histoires qui doivent être racontées et entendues.

Il existe entre les deux artistes sur scène une synchronie et une affinité qui ne sont pas exactement télépathiques, mais qui donnent l’impression qu’elles sont faites de la même étoffe.

Le duo barcelonais arrive à Montréal après une bonne semaine passée aux États-Unis à promouvoir son dernier album, Ès pergunta (Latency, 2024), qui conceptualise l’inévitabilité du destin dans cette tension entre l’humain et la nature. C’est une plasticité lyrique, une unification des cadres temporels et une gamme élastique de techniques. La musique de Tarta Relena est tellement axée sur la voix, les langues, les histoires et le mysticisme que l’utilisation de l’électronique n’est ici qu’une adaptation à la contemporanéité, une couche supplémentaire de gravité dans une scène qui est un présent pesant.

Tout au long de la nuit, Ros et Torella nous racontent également les coulisses de la création de cet album, notamment les heureux hasards qui ont donné naissance à un titre supplémentaire, « Odniramat », issu d’une inversion accidentelle du morceau « Tamarindo » lors de l’enregistrement. Obsédés par l’énergie du destin, ils ont appris les paroles et les mélodies inversées et ont conservé le morceau. Cela m’amène à réfléchir, dans leur cadre conceptuel, à l’intemporalité du temps et du destin eux-mêmes. Un passé qui s’étend à l’infini et revient n’est plus un passé, mais une continuité. Il fait partie de la même matière.

Néanmoins, Ros et Torella ne se contentent pas de chanter pour nous sur scène ; elles nous invitent à vraiment écouter, elles veulent que nous entendions ce que les sirènes ont à nous dire sur le destin, qui n’est pas très serein. À la fin de la soirée, ils nous offrent un rappel a cappella géorgien avec Mingjia Chen et Linnea Sablosky, qui sont ensemble en tournée pour interpréter Hocket for two voices de Meara O’Riley, un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte !

SAT / Dômesicle | La Rama Records prend le contrôle du dôme

par Léa Dieghi

Samedi soir à la SAT, le Dômesicle vibrait aux couleurs de La Rama Records. Le label et disquaire montréalais (véritable pilier de la scène locale) co-présentait une soirée aux accents house, électro, techno et rave, réunissant un line-up qui faisait franchement sens : Luca Lozano & Mr. Ho, cofondateurs du label culte Klasse Wrecks, entourés des DJs locales badgalquirit et donotstealmyname en b2b.

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Étrangement, la foule n’était pas aussi dense que prévu sous le dôme. Peut-être la faute aux températures polaires de ces derniers jours : à -25°C, certains ont sans doute préféré rester emmitouflés chez eux. De mon côté, pas vraiment le choix, il fallait couvrir l’événement. Et puis, honnêtement, La Rama et ce casting-là, ça ne se manque pas.

Si je suis arrivée avec un léger retard (classique discussion qui s’éternise sur un canapé), le froid s’est vite fait oublier une fois sur le dancefloor. À l’intérieur, l’atmosphère était déjà bien installée. Le b2b de badgalquirit et donotstealmyname ouvrait la soirée avec un set énergique, naviguant entre techno, house et touches trance. Parfois un peu sauvage dans les transitions, mais toujours dans le bon sens

: punchy, bouncy, vivant.

Puis est venu le moment que j’attendais vraiment : Luca Lozano & Mr. Ho. Un duo culte livrant un set aussi récréatif que imprévisible. House, breakbeat, techno décalée, influences rave 90s… Tout y passait, avec cette impression délicieuse de retour aux sources. Voir deux CDJ accompagnés de deux platines, les DJs fouiller dans leurs bacs de vinyles, entourés de petites boîtes empilées derrière eux, avait quelque chose de vraiment agréable à voir, et à vivre. Un vrai rappel que la club culture se vit de différentes manières, et que parfois, un petit retour aux sources, ça fait vraiment du bien.

Le dancefloor répondait présent. Beaucoup de classiques, des moments un peu plus hard, des breaks bien sentis. On dansait, on se regardait en souriant, en se disant que oui, la musique était vraiment bonne ce soir-là. À l’avant de la scène, pas mal de visages familiers : des OG de la scène montréalaise, donnant à la soirée un petit goût de réunion de famille underground.

Seul léger bémol : les projections 360° signées D4000 et Melesul3, parfois un peu trop lumineuses, captant peut-être trop l’attention au détriment de la musique.

Certaines parties de leurs visuels projetés étaient très agréables, d’autres peut-être moins. Mais rien qui n’ait réellement freiné l’énergie du public.

Bref, une soirée solide, cohérente, portée par une institution montréalaise qui continue de faire les choses avec justesse.

Et même si je suis arrivée avec un peu de retard, certes, je faisais clairement partie des dernières à quitter la piste. Et ça, c’est toujours bon signe.

Crédit photos: Olympia Dairaine Grimaux 

électronique / techno

Igloofest 2026, week-end 2 | L’amour de la techno sous un froid glacial

par Léa Dieghi

Il arrive parfois qu’on perde l’amour qu’on porte aux choses. Non pas parce qu’il disparaît, mais parce qu’on les prend trop pour acquises. Vendredi soir, à l’Igloofest, j’ai retrouvé l’un des miens : mon amour pour la techno.

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La soirée s’annonçait pourtant minimale. Une soirée sobre, sans alcool, sans amis. Juste moi, le froid, la musique et une foule prête à braver l’hiver montréalais. À la météo, on annonçait un ressenti de -27°C. Sans surprise, aucun de mes proches n’a accepté de me suivre, même avec la promesse d’un pass gratuit. Et honnêtement ?

Ça ne m’a pas découragée. Pas plus que les milliers de festivaliers présents ce soir-là.

Avant de partir, j’ai tout prévu : sous-pull, pull, autre pull, hoodie, manteau. Moon boots, double paire de gants, combine de ski, lunettes de protection, cagoule « au cas où ». J’étais prête. Et contre toute attente, je n’ai pas eu froid une seule seconde (Je mens, peut-être un peu sur le chemin du retour…). À la job, on m’avait pourtant prévenue : « Danser dans ce froid-là, t’es folle. » Peut-être. Mais ce vortex de vents arctiques n’a visiblement pas effrayé les mélomanes. Et puis, avouons-le : il y a quelque chose d’un peu jubilatoire à se dire qu’on a dansé à -27°C, dans l’un des festivals les plus froids au monde.

La scène principale s’est remplie graduellement.

Logique, quand on sait que l’opening set était assuré par Kris Tin, DJ montréalaise avec qui j’ai eu le plaisir de m’entretenir plus tôt dans la semaine. Lors de notre discussion, elle me confiait à quel point l’art de l’opening set est souvent

sous-estimé. Hier soir, elle en a fait une démonstration magistrale. Une progression fine, intelligente, qui a doucement attiré le public vers l’avant de la scène. Une techno hypnotique, parfaitement calibrée pour ouvrir la voie à Misstress Barbara.

Avec une line-up 100 % féminine sur la grande scène, la soirée prenait des airs de girl power techno night. Trois figures majeures, trois visions complémentaires, réunies autour d’une techno qui retourne à l’essentiel : brute et immersive. Une techno qui frappe, qui enveloppe, qui fait danser plus fort: exactement ce qu’il fallait pour affronter une nuit aussi glaciale.

Ce qui a particulièrement marqué, au-delà de la musique, c’est la qualité du public. Une foule visiblement plus avertie, plus respectueuse. Peut-être plus locale, un peu plus âgée aussi. Les gens se laissaient de l’espace, même aux devants de la scène. Pas de bousculade, pas de tensions. Une rareté dans les grands événements.

Kris Tin cède la place à Misstress Barbara dans une accolade chaleureuse. Celle-ci rend la pareille lorsque Nicole Moudaber monte sur scène. La passation est fluide. Les trois artistes ensemble, sur cette même scène, ça faisait un sens fou. Une progression naturelle.

Les basses lâchent et les corps s’emballent. Pour se réchauffer, sans doute. Mais surtout grâce à la qualité irréprochable des mixes. Le B2B entre Misstress Barbara et Nicole Moudaber reste un classique, toujours aussi iconique. Difficile d’imaginer meilleure façon de clore la soirée : une légende locale et une figure internationale, réunies dans le froid montréalais.

Du côté de la petite scène, l’ambiance était tout aussi électronique, mais plus chaude, plus pop, plus extravagante. La scène Vidéotron avait été investie par le collectif montréalais Hauterageous, dont le mandat est clair : célébrer les queens locales et les DJ queer de la scène électronique. Moins techno pure, mais un plus extravagant. Un parfait contrepoint à la rigidité du quatre-quatre de la grande scène. Quand le besoin de changement se faisait sentir, on allait se perdre dans cette jungle sonore : pop, drum’n’bass, techno, rythmes parfois latins.

Je suis restée jusqu’à minuit, histoire d’attraper le début des derniers sets. Mais malgré toutes mes couches, force est d’admettre que danser pendant des heures dans le froid finit par bloquer certaines articulations (je vieillis, apparemment). Il était temps de rentrer, de se glisser sous les couvertures, de se réchauffer.

Mais une chose est sûre : j’ai passé une soirée exceptionnelle. Merci Igloofest. Merci aux artistes. Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant dansé sur de la techno et certainement jamais dans un froid aussi glacial.

Caprice baroque et chocolat au 9e: beaucoup plus qu’une collation !

par Alain Brunet

Matthias Maute, chef, flûtiste (à bec et traverso), compositeur et directeur artistique de l’Ensemble Caprice, a imaginé un joli concept réunissant le répertoire baroque: un quintette enjoué et virtuose, évoquant cette époque et … le chocolat. 

Repéré et adopté par les conquistadors dans les Amériques, le fameux cacao fut introduit en Espagne pour ensuite traverser les Pyrénées et séduire la France. L’arrivée du chocolat en Europe coïncide avec la période baroque, voilà une excellente excellente occasion d’en établir le lien à travers un programme baroque français.

Programme éminemment ludique et d’autant plus chocolaté!

Très prisée depuis sa résurrection, la salle Le 9e était presque pleine en cette fin d’après-midi du 20 janvier, on y observait un authentique succès de participation et la réussite d’un concept mis de l’avant par les ensembles Caprice, ArtChoral, Opéra M3F et HausMusique. 

Bien qu’on ait connu, d’entrée de jeu au programme, de grands compositeurs français tels Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Marc-Antoine Charpentier ou François Couperin,  il fallait être vraiment féru de ce répertoire ancien pour en connaître les œuvres.Tel que suggéré par Matthias Maute, il valait mieux se laisser aller dans le parcours proposé et ressentir le plaisir généré par ces exécutions. 

Une première paire de pièces a mis en relief la formation dans son ensemble : Mathias Maute et Sophie Larivière aux flûtes (à bec et traverso), Jean-Christophe Lizotte au violoncelle baroque, David Jacques à la guitare baroque, Zya Tabassian aux percussions baroques et orientales – rappelons que le lien entre Occident et Orient était beaucoup plus évident à l’époque baroque.

Ainsi nous aurons d’abord droit à une Sarabande espagnole de Rémi Médard, une Chaconne sans frayeur de Marc-Antoine Charpentier, question de se mettre dans l’ambiance de cette époque lointaine.

Lanchas par bailar, oeuvre d’un compositeur inconnu et ces Airs et danses pour le théâtre de Jean-Philippe Rameau, deuxième paire de pièces au menu chocolaté, exigeait toutes les compétences techniques de ses flûtistes, dont la polyphonie à deux voix prévue par les compositions nous donne l’occasion de contempler ces instruments difficiles à maîtriser et trop peu connus du public mélomane. 

Le (petit) ensemble Caprice a ensuite enchaîné avec une troisième paire d’œuvres : Les délices de la solitude, de Joseph Bodin de Boismortier et Vertigo (un titre choisi 2 siècle et demi avant Alfred Hitchock) de Joseph-Nicolas-Pancrace Royer. La première aura été percussive et la seconde aura été enlevante pour le jeu des  flûtistes,  aussi pour leur conversation avec le violoncelle baroque qui leur donnait bellement la réplique, sans compter ce lien solide établi avec les autres membres de l’ensemble.

Le chocolat a triomphé avant l’exécution des Folies d’Espagne de Marin Marais et de Le tic-toc-Chocolat, nous avons toustes avalé goulûment l’oeuf de choco nous ayant été offert à l’entrée, pendant que les flûtes et la percussion légère s’en donnaient à qui mieux mieux.

Les tambours et percussions de Zya Tabassian ont lancé l’assaut final : jolies Contredanses parisiennes, Rigaudon, calme Rondeau, très rythmé Poivre, dentelé Prince Torge, rassurante Manches vertes, qu’on imagine une version ancienne de la très connue Greensleeves, le tout conclu par un échange musclé entre flûtes et percussions, intitulé Les sept sauts

Beaucoup plus qu’une sympathique collation!

Kim Richardson & l’ONJ : hommage à Ellington sans concessions

par Harry Skinner

La phrase la plus surprenante que Kim Richardson ait dite jeudi soir (15 janvier) alors qu’elle partageait la scène avec l’Orchestre National de Jazz de Montréal était aussi la toute première chose qu’elle ait dite. Elle est arrivée après deux interprétations concises de What Am I Here For et Cotton Tail de Duke Ellington et a immédiatement déclaré : « Je suis absolument terrifiée ».

En effet, elle avait eu des problèmes avec ses cordes vocales avant le concert, son premier de l’année, au point que sa capacité à se produire sur scène était remise en question. Ce moment de vulnérabilité de la part de Richardson, qui s’est finalement avéré inutile, était rafraîchissant ; à aucun moment au cours du spectacle, on n’aurait pu deviner que l’on écoutait une chanteuse qui avait des difficultés avec sa voix. 

Au fur et à mesure que le concert avançait, il est devenu évident que l’objectif était de mettre en valeur autant que possible la diversité du répertoire d’Ellington, une entreprise qui a indéniablement été couronnée de succès. Au cours des seize morceaux de ce concert à guichets fermés présenté à la Cinquième Salle du PdA, Richardson et l’orchestre ont réussi à interpréter des classiques tels que Caravan et Take the A Train tout en prenant le temps de faire découvrir au public des morceaux moins connus et moins conventionnels du répertoire d’Ellington. La première chanson interprétée par Kim Richardson, par exemple, était un extrait de la comédie musicale Jump For Joy de 1941, intitulée Bli Blip. La chanson se caractérise par un refrain étonnamment épuré et anguleux, qui n’est pas sans rappeler le son que Thad Jones allait créer quelques décennies plus tard.

L’un des moments forts du spectacle a été la façon dont la personnalité de Kim Richardson transparaissait dans son chant. Cela n’a jamais été aussi évident que dans la ballade de Billy Strayhorn Something to Live For ou dans Imagine My Frustration, un arrangement du pianiste Jimmy Jones. Cet arrangement en particulier avait un son qui tendait davantage vers le R&B classique, avec des riffs répétitifs dans la section des cuivres sur un rythme 12/8 – un choix parfait pour une chanteuse ayant le background soul et R&B de Kim.

Imagine My Frustration a probablement été le moment du spectacle où nous l’avons vue le plus dans son élément.

Dans l’ensemble, les morceaux choisis pour le concert étaient courts et concis afin de permettre un répertoire plus varié. Il y avait donc peu de longues sections solo. Une exception notable était Perdido, qui comprenait un solo de trompette absolument monumental de David Carbonneau. Il serait difficile de contredire la directrice Marianne Trudel lorsqu’elle suggère que ce morceau aurait pu être écrit pour lui plutôt que pour le grand Clark Terry.

Hier soir, l’ONJ a mis à l’honneur deux grands musiciens, Kim Richardson et Duke Ellington, de deux manières très différentes. L’un était sur scène, tandis que l’autre a composé la majeure partie du programme. Le public a toutefois pu apprécier pleinement les deux musiciens et leurs voix uniques, sans que l’un ne vole la vedette à l’autre.

électronique

Igloofest, troisième nuit : neige fraîche et basses brûlantes

par Léa Dieghi

Troisième soirée à l’Igloofest, et une impression étrange en arrivant sur le site : plus d’espace, moins de densité. Du moins au début. Un samedi soir plus calme que les précédents, possiblement à cause d’une programmation moins immédiatement identifiable pour les gens, public -apparemment- majoritaire de cette édition 2026. Dans les discussions, un nom revenait pourtant en boucle : The Blaze. Beaucoup semblaient être là pour eux, attendant patiemment que la soirée décolle.

Bonne nouvelle côté météo : moins de froid (-5 de ressenti, ce soir-là, je n’ai pas du tout eu froid!), mais beaucoup de neige. Tombée toute la journée, elle recouvrait le site et adoucissait l’atmosphère. Un décor presque cinématographique, avec les tours du vieux port en arrière plan, le fleuve saint-laurent en premier, parfait pour une nuit de musique électronique en plein hiver montréalais.

Entre deux sets, immersion dans les coulisses du festival avec l’équipe du Club Sexu, venue réaliser un micro-trottoir en collaboration avec Igloofest et Multicolore, après une première expérience réussie au Piknic Électronik l’été dernier. Accompagné de l’humoriste Saad Fennich, le collectif est allé questionner les festivalier.ère.s sur le consentement en contexte festif. Des échanges directs, parfois drôles, toujours pertinents – une façon intelligente de faire de la prévention sans moraliser, parfaitement intégrée à l’esprit du festival.

On est allés dans différents stands, histoire de prendre des footages. Passage obligé au sauna pour réchauffer les corps et les discussions, puis détour par le stand de la Banque Nationale, où je repars avec une paire de lunettes lumineuses. Détail futile (Trouvez-vous?), mais typiquement Igloofest.

Sur la scène Vidéotron, la température monte vite. Le collectif Musik Me Luv prend les commandes, et Pleurire, artiste montréalais, signe sa toute première apparition à l’Igloofest hivernal. Le public arrive doucement, beaucoup de proches et d’ami·e·s, créant une ambiance chaleureuse et presque communautaire. Techno, acid, grooves bien sentis : un set pensé pour réveiller la foule et lancer la soirée sur de bonnes bases.

Puis viennent MAD et dick lee, et là, changement de registre. Première fois que je les vois performer, et clairement, je ne m’y attendais pas. Breaks, drum and bass, basses lourdes, influences brésiliennes, baile funk, techno : tout s’entremêle dans un chaos parfaitement maîtrisé. L’énergie est brute, frontale, sur-excité, même.

La foule s’agglutine rapidement, devant, derrière, autour de la scène. Les artistes se retrouvent encerclé·e·s, la proximité est totale. On se croirait dans un Boiler Room improvisé, version glaciale. Les corps bougent sans retenue. Ça danse fort. Moi aussi. C’était une très belle découverte pour moi, ce collectif! Je retournerais sûrement à leur soirée, je me le suis promis.

Changement d’ambiance sur la scène Sapporo. Le public met plus de temps à se rassembler. Kris Guilty et Sofia Kourtesis proposent une techno plus classique, progressive, flirtant parfois avec la tech-house. La transition entre les deux est fluide, presque invisible. Si l’exécution est irréprochable, l’ensemble reste assez linéaire. Un peu trop sage à mon goût.

Sofia Kourtesis sauve toutefois le set avec des touches disco et house bien senties, apportant une légèreté bienvenue et quelques sourires dans la foule.

Et puis, l’instant que tout le monde attendait. The Blaze arrive sur scène et, instantanément, le site se remplit. On entend les cris « The Blaze est là ! » —et les pas s’accélèrent dans la neige. Première fois que je les vois live, et il faut le dire : l’impact est réel. Leur musique touche juste. Euphorique et mélancolique à la fois, elle navigue entre introspection et communion.

La neige recommence à tomber pendant leur set. Des milliers de personnes dansent, serrées les unes contre les autres, face à la scène, sous un ciel blanc. Une image forte, presque irréelle. Un de ces moments où tout s’aligne : le son, le décor, l’énergie.

Sans hésiter, le highlight de la soirée.

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Afrique / afro-soul

Floric Kim, antidote musical à la soirée glaciale montréalaise

par Sandra Gasana

Malgré un froid glacial en ce jeudi de janvier, cela n’a pas découragé plusieurs personnes à assister au concert tant attendu de Floric Kim. Vous avez sûrement entendu parler de lui lors de son entrevue dans le cadre de MUZ, mais de le voir sur scène pour un show complet, c’était une première pour moi.

Entouré de grands musiciens reconnus sur la scène artistique montréalaise et de Damaris, une choriste et guitariste prometteuse, Floric Kim monte sur scène tel une star. Son habillement nous marque tout autant que sa puissante voix. Vêtu de jeans de la tête au pied, un pat d’ef stylé et un genre de gilet avec des anneaux également en jeans, ce jeune artiste et designer a pu faire les deux ce soir-là : porter sa propre marque de vêtements et nous livrer un spectacle digne de ce nom.

Dès la première chanson, il met le feu dans la salle alors que dans Freedom, il fait ressortir son côté blues et soul. Il manie le français, l’anglais et le kikongo, mêlant parfois plusieurs langues dans la même chanson.

Il nous dévoile non seulement ses talents de chanteur, mais également de danseur sur certains morceaux plus entrainants, et de conteur. Sur le morceau Suzana, qui est un hommage à sa sœur et dans lequel il dénonce les abus sexuels, il passe d’un refrain chanté au conte, nous plongeant ainsi dans ces deux univers. La basse de Watson Joseph, le jeu de guitare de Dav, le piano de Steven Mapou et la batterie de Raphaël Ojo lui ont permis de passer de l’un à l’autre tout naturellement.

Hendry Massamba ne pouvait pas ne pas participer à ce concert. En effet, on voit rarement l’un sans l’autre. Il a donc participé à la deuxième partie du concert aux percussions, avant d’échanger de poste avec Raphaël pour la dernière chanson de la soirée.

Parlant de 2ème partie, l’accoutrement de Floric était encore plus spectaculaire que le premier. Cette fois-ci, c’est avec une tenue sur laquelle il avait collé plusieurs barbies qu’il est apparu sur scène. Et c’est tout à fait représentatif du personnage : utiliser des objets anodins du quotidien pour les intégrer à des tissus et en faire des pièces d’art.

Cela dit, une personne lui a presque volé la vedette ce soir-là : il s’agit d’un jeune danseur d’origine haïtienne nommé Dashny qui maitrisait parfaitement des mouvements de danse africaine. « Tu es sûr que tu es Haïtien ? On m’avait dit que les Haïtiens étaient plutôt des lovers avec leur kompa », dit Floric en s’adressant au jeune homme. Et quelques minutes plus-tard, il réinvite Dashny mais cette fois-ci pour une improvisation sur son hit Mama Pray For Me, et il nous en a mis plein la vue.

C’est un peu ça aussi Floric, qui se surnomme le Nkundilisateur, il semble aimer mettre en avant d’autres artistes, que ce soit lorsqu’il invite Veeby ou LYDOL, pour des improvisations en chant ou en danse, ou encore lorsqu’il appelle des danseuses de l’école Nyata Nyata à venir faire quelques démonstrations sur la piste. Cela rallonge ses morceaux de plusieurs minutes sans toutefois nous lasser.

Floric fait plusieurs bains de foule durant son spectacle, parfois rejoint par les spectateurs qui voulaient se défouler ce soir-là. Ce fût le cas notamment lors de son morceau à succès Million, autre moment fort de la soirée.

Finalement, les -17 degrés ont peut-être découragés plusieurs personnes à venir voir cet artiste en pleine lancée dans sa carrière, mais ceux qui y étaient ont clairement apprécié.

danse / minimaliste / musique contemporaine

La danse qui vit, la vie qui chante et la musique qui danse : époustouflant  »Sol Invictus »

par Frédéric Cardin

Chez PanM360, nous aimons la musique (une évidence). La musique pour elle-même bien entendu, mais aussi la musique dans son rapport avec d’autres arts. Nous ne prenons pas souvent le temps de revenir sur des spectacles de danse ou de théâtre, tout simplement pour des raisons d’horaire et de disponibilités. Mais si l’occasion se présente, nous sommes plus qu’heureux de le faire.

Hier soir, j’ai assisté à Sol Invictus du chorégraphe franco-algérien Hervé Koubi, au Théâtre Maisonneuve. Dans cette création magistrale, que Koubi qualifie d’ode à la vie, se marient avec une virtuosité éclatante des gestes et des élans issus de la culture urbaine contemporaine, tels le breakdance, le hip hop et la capoeira brésilienne. S’y greffe aussi la danse contemporaine, dans un ballet ultra actuel, mais aussi baroque et choral, propulsé à mille lieues des clichés ténébreux, glauques et crasseux associés à la culture de rue. 

Koubi dit vrai lorsqu’il parle d’ode à la vie. Il évoque aussi le plaisir de danser des enfants. Il y a effectivement une force vitale juvénile dans cette explosion d’énergie solaire et rassembleuse. 

Parlons d’abord des danseurs et danseuses, d’une fabuleuse beauté dans leurs corps saillants et leur malléabilité féline. Des corps qui virevoltent presque sans arrêt, qui tombent au sol comme des tissus, sans heurt et sans lourdeur, qui se métamorphosent sans transition apparente en gymnaste, en artiste de cirque, en vrille tournoyante sur la tête svp et en interprète moderne à la gestuelle savante et étudiée. Koubi est allé chercher les meilleurs, dit-il. Aucun doute possible. 

Tout cela aurait pu être un exercice d’esbroufe pour épater le bon bourgeois branché sur la culture street de manière superficielle. Si c’est bien plus que cela (et ça l’est), c’est assurément grâce à la musique (ou plutôt aux musiques) qui accompagnent les mouvements

Sur un nid sans coupure d’environ 75-80 minutes, la chorégraphie de Koubi respire et évolue à travers plusieurs états d’âme et autant d’allégories qui forment au final une construction narrative complète. Une construction, certes, qui laisse parfois le champ libre à l’interprétation car le discours est en général plus symbolique qu’explicite, invitant les plus réfléchis à jouer de l’herméneutique et le reste d’entre nous à surtout jouir de l’esthétisme audio-visuel du moment. 

Qu’à cela ne tienne, des espaces temporels variés en émotions s’enchaînent mais, surtout, s’équilibrent au travers du spectacle. Beethoven (Septième symphonie) apporte une force dramatique pendant quelques minutes, une sorte de gravité qui contraste avec d’autres moments hyper festifs, appuyés sur une musique puissante faite de rythmes tribaux, de cuivres grondants et de cordes saccadées très efficaces. Ailleurs, c’est la médiévale Hildegarde de Bingen et ses hymnes vocaux angéliques qui octroient à l’ensemble d’une quinzaine de danseur.ses.s une sorte d’élévation spirituelle qui semble les faire planer au-dessus du bitume. Quelques extraits de la musique du film Midsommar de Bobby Krtic étoffent et lient le visuel avec un intangible sensoriel. Et puis, entre tout cela, une trame électronique relativement planante et ambiante, abstraite (signée Mikael Karlsson (collaborateur de Lykke Li, Alicia Keys) et Maxime Dobson), comme un lit sonore duquel émergent régulièrement les pièces mentionnées et quelques autres, tels des manifestations spontanées de communion humaine éclairée.

En entrée et en sortie de spectacle, Steve Reich, presque un lieu commun dans ce genre de proposition, sert de courroie expressive pour dresser un tableau de virtuosité qui donne l’impression d’être orchestré avec un millimétrisme rigoureux. Et pourtant, quand on sait que Koubi ne ‘’compte pas’’, et préfère, comme dans le jazz ou d’autres musiques improvisées, identifier des appuis précis (musicaux) entre lesquels les artistes sur scène se voient offrir une certaine liberté, on ne peut qu’être ébahis par la cohésion d’ensemble de ces corps exceptionnels, capables d’une individualité étonnante, mais qui se soumettent parfaitement à une vision collective et holistique. 

Sol Invictus
Danse Danse

Au-delà des mouvements physiques papillonnants, qui impressionnent constamment, la mise en scène utilise rarement, mais avec un agréable sens de l’image, quelques artifices tels un grand drap doré, illuminé par un éclairage idoine (le soleil, bien sûr), qui se transforme en tourbillon éclatant lorsque déposé sur l’un des danseurs (unijambiste!) en plein mouvement de toupie humaine renversée. Ailleurs, des feux de bengale (il me semble?) illuminent timidement quelques danseurs dans la noirceur totale, rare absence du dieu soleil au profit de la nuit. C’est simple, mais beau.

Sol Invictus est esthétiquement magnifique et émotionnellement mémorable. On y retourne sans hésiter, autant pour revivre des moments de grande force artistique, mais aussi pour aller plus loin encore dans la compréhension de ce spectacle riche en symboles et en signifiance. 

techno

Dômesicle / SAT | Premier soir techno sous le dôme, récit d’une première immersion

par Ariel Rutherford

11h36, SAT, j’entre sur guest list avec mon +1.  J’feel ben swell.

Ce samedi 10 janvier, coup d’envoi de la dixième édition du Dômesicle, une série de soirées DJ/VJ hivernales au cœur du dôme immersif de de la SAT. Ma première fois. Excitant. On descend d’un étage, coat check, les pulsations de la musique traversent le bâtiment dans toute sa profondeur. La piste de danse nous attend trois étages plus haut et nous le fait savoir.

Le temps de mettre nos bouchons d’oreille, l’audition est un bien précieux, et on y go!

On m’a promis une soirée pure techno, des rythmes hypnotiques entrelacés de sonorités organiques, de l’intensité. Le tout couplé de projections tant minimalistes et hypnotiques qu’enveloppantes et architecturales. 

On pénètre dans le dôme sous une un kaléidoscope aux airs de cathédrale, Mike Larry vient de débuter son set. La foule est plutôt calme. Passive, au goût de mon ami: « North Americans don’t know how to party”. Il m’entraine à l’avant des platines. Là, ça danse, ça se secoue, ça se laisse emporter par la musique. Le DJ est bon, arrache à plusieurs reprises des exclamations à la foule aux changements de morceaux.

Je m’accote aux barrières, le DJ à portée de regard. J’absorbe l’ambiance. Des rythmiques soutenues, répétitives, pourtant variées, d’où émergent des échantillons sonores inattendus. On se laisse entraîner. Les stroboscopes m’aveuglent, mais les images du dôme me plaisent. J’ai un faible pour les éléments les plus minimalistes : cette grille pulsatile qui surplombe la foule comme un filet rouge néon, l’inattendu ciel étoilé formé de lettres de l’alphabet flottant dans l’espace, cette boite remplie de sphères grises qui s’évaporent continuellement derrière le DJ.

La foule demeure assez placide, contente d’être là, mais peu dansent. Plusieurs placotent.

Mon ami, lui, danse à n’en plus finir. L’électro, c’est sa came. Moi, un peu moins. 

Le volume, les flashs de lumière, c’est beaucoup pour moi, un peu trop. Je suis facilement surstimulé, mauvais combo. Je prends des pauses, retourne danser. Danse, pause, danse. C’est paradoxal, mais je pense que je profiterais davantage d’une production plus intense, plus noise, plus décousue. L’intensité peut être un antidote à la surstimulation, mais je me sens dans un entre deux. 

Retour de pause, une heure du matin, la foule s’active davantage depuis un moment déjà. Changement de set, Measure Divide entre en scène. Le dôme semble se déplacer à toute vitesse dans un tunnel de lumière oscillant entre le bleu et l’orange. Un gars pratique ses meilleurs moves de manière déchaînée à l’entrée de la satosphère.  La sélection m’apparaît moins variée qu’avec Mike Larry, plus intense peut-être. 

Viens le temps de rentrer une demi-heure plus tard, mon ami passe un bon moment mais tombe de sommeil. J’ai mal au crâne. J’aurais été là deux heures et des poussières. Je ne pense pas être le public cible. Je regrette avoir manqué le set de XIA. Malgré cela, je serais prêt à tenter l’expérience de nouveau, l’environnement est pour sûr impressionnant. À voir avec d’autres genres musicaux. 

classique occidental

Fred, Nagano et l’OSM : Un Pellerinage annuel dans le sillon des précédents

par Frédéric Cardin

La septième rencontre entre le conteur Fred Pellerin, Kent Nagano et l’OSM n’a pas dérogé aux préceptes de ceux qui l’ont précédé : ambiance chaleureuse (toujours cette immense boule de Noël animée – mais où et comment la rangent-ils le reste de l’année??), musiques de circonstances choisies dans le répertoire classique et interprétées par un OSM aptement velouté, présence discrète mais bienveillante de Kent Nagano qui, malgré son départ il y a maintenant plusieurs années, revient toujours avec plaisir et dévouement pour participer à cette tradition désormais bien ancrée. Et, surtout, la parlure intelligente, teintée d’humour et d’un peu de poésie, de Fred Pellerin, as conteur et représentant de son village natal, transformé sous sa plume et son génie oratoire en lieu de légendes fantasmagoriques. 

La version 2025 des aventures pellerinistes de Saint-Élie-de-Caxton nous faisait plonger dans les origines de ce village où les mythes se marient avec la réalité. C’est un 12 avril 1865 que le village a été fondé. Mais que s’est-il donc passé dans la nuit du 11 au 12 pour que ‘’rien’’ devienne ‘’quelque chose’’, qui plus est une communauté, demande Fred. C’est en ‘’faisant ses recherches’’ qu’il découvre l’histoire d’un curé psycho-rigide et d’une veuve olé olé, appelée la Roulette Rousse.  Celle-ci, pas mal d’affaires, met à profit les ‘’visites de courtoisies’’ de ces messieurs du village en leur réclamant, en échange de son silence, une vache. La dame en possède alors tout un cheptel, 100 pour être précis. 

De ces multiples rencontres galantes (curé compris), naîtra une petite fille qui gagnera le cœur de tous, dans une allégorie manifestement liée, mais en format miroir inversé, à la naissance de Jésus. Ici, pas d’immaculée conception. Au contraire, le petit ange porte (pas si) curieusement des traits de tous les villageois, lol. 

Au final, c’est une grande communion qui permet au village de Saint-Élie-de-Caxton d’exister, précisément le jour du 12 avril 1865. Je ne vous divulgâcherai pas pourquoi ni comment ça se passe à ce moment précis. De toute façon, vous irez au concert le 18, le 19 ou le 20, et/ou le regarderez à la télé de Radio-Canada plus tard dans le Temps des Fêtes. 

Cela dit, on remarque que l’utilisation des pièces musicales est parfois principalement cosmétique, voire obligatoire. On se demande pourquoi ce choix plutôt qu’un autre, sinon pour remplir le programme de tounes à succès du répertoire classique traditionnel. L’Entrée des dieux au Walhalla de Wagner en amorce, suite à l’annonce de la disparition des défricheurs (allés s’installer là où le village naîtra), beurre trop épais, mettons. La Marche au supplice de Berlioz (de la Symphonie fantastique), ne ‘’fittait’’ pas avec le propos précédent, je trouve. A contrario, Le tremblement de Terre de la montréalaise d’origine biélorusse Yuliya Zakharava, une commande de l’OSM, a fort bien rempli son mandat. La jeune compositrice a démontré de très belles qualités d’orchestration, dans un schéma narratif expressif très accessible, du genre cinématographique. C’est aussi elle qui a réalisé le bel arrangement de la chanson Amène-toi chez nous de Jacques Michel, chantée par Fred Pellerin à la fin du concert.

Et en ce qui concerne l’animation de Fred lui-même, certaines redites auront été remarquées par les habitués, soit des reprises de blagues provenant de spectacles précédents (Polichignon) ou des éléments structurels de la narration. Bon, lui en doit-on rigueur? La plupart des grands artistes se sont auto-recyclés, certains plus souvent que d’autres d’ailleurs (Bach, pour n’en nommer qu’un seul). Alors, ne jetons pas la pierre trop hâtivement. De plus, si j’en crois les commentaires et les visages des spectateurs à la sortie de la Maison symphonique, l’effet de bonheur de l’union OSM/Fred Pellerin a encore été rendez-vous. Les gens aiment cette tradition, même quand la dinde est un peu moins juteuse que la dernière fois. 

INFOS, BILLETS ET HORAIRE DE DIFFUSION DU SPECTACLE

classique / pop

Trois femmes sont venues ce soir

par Alain Brunet

Le 9e, superbe salle Art Déco du Centre Eaton qui connut ses heures de gloire au siècle précédent, est enfin remise à contribution. Le programme Mère-Noël donné le mardi 16 décembre par la mezzo Kristin Hoff, la soprano Jacqueline Woodley et la harpiste Juliette Duguay fut l’occasion pour les férus de chant lyrique et de musique de chambre d’apprécier en famille une jolie sélection de grands airs de Noël.

Minuits Chrétiens fut la porte d’entrée de cette prestation en trio. Dès lors, on a observé la polyphonie à deux voix de la mezzo et de la soprano, le tout 

Feu Gilbert Patenaude, son fils Julien Patenaude et Juliette Duguay, tous liés à la famille Patenaude comme l’est Jacqueline Woodley, ont conçu les arrangements de ce programme fort sympathique, juste assez classique pour se démarquer de plusieurs exercices du genre, et assez pop pour séduire les profanes du chant lyrique.

Après Minuit, chrétiens, un petit tour dans le Great American Songbook avec la version bilingue de White Christmas / Noël blanc composé par Irving Berlin. Dans cette même inclination pour le bilinguisme montréalais, Ô nuit de paix / Silent Night , un air créé en 1818 et composé  en Allemagne par Franz Xaver Gruber, se fondant dans Night of Silence, un air composé en 1981 par Daniel Kantor afin qu’il s’imbrique dans la première chanson que tout le monde occidental connaît fort bien.

M3F étant un collectif se consacrant au chant lyrique et à l’opéra tout en favorisant les femmes (et personnes non binaires) compositrices et librettistes dans les choix de production, ce récital de  Noël faisait un peu exception à la mission, bien que deux femmes compositrices aient été identifiées dans œuvres archi-connues : Augusta Holmès pour Trois anges sont venus ce soir (1884) et Gloria Shayne Baker pour Do you hear what I hear? (1962).  

De retour côté classique, on a eu droit à un extrait de l’incontournable Messie de Haendel (He shall feed his flock / Come unto Him), suivi de l’hispanophone A la Nanita de Ramon Gomis, de Interlude, A Ceremony of Carols de Benjamin Britten, Nana de Manuel de Falla. Lors de l’exécution de la pièce instrumentale de Benjamin Britten, jouée exclusivement à la harpe, les enfants de la salle ont été invités à se rapprocher des artistes et ressentir encore plus ce qui s’y exprimait.  

Sauf Mariae Wiegenlied de Max Reger.  le reste du programme fut clairement plus pop-opérette, avec les versions lyriques de Greensleeves (traditionnel),  Marie-Noël de Robert Charlebois, Happy Christmas de John Lennon,  Petit Papa Noël de Henri Martinet, Noël, c’est l’amour de Norbert Glanzberg.  Pour cette dernière partie les enfants des chanteuses se sont joints à elles pour entonner les airs de la dernière partie au programme, arrangés par feu Gilbert et Julien Patenaude. Aux mères Noël et leur progéniture se sont joints les papas (dont Julien Patenaude, mari de Jacqueline) pour une finale bien sentie, soit le fameux Gloria des Anges dans nos campagnes, repris également à l’unisson par le public.

Ainsi, Jacqueline Woodley et Kristin Hoff se sont partagé les mélodies principales de ces chants et aussi une seconde ligne mélodique qui produisait un contre-chant réussi dans la plupart des cas observés mardi. On peut noter que la soprano a eu une part plus importante des mélodies principales, mais que  L’accompagnement sobre de la harpiste était tout à fait indiqué dans ce contexte éminemment festif.

baroque

Un Noël baroque avec Arion sous la gouverne de Mathieu Lussier

par Jeremy Fortin

Dimanche après-midi, à la Salle Bourgie, avait lieu le concert Noël baroque à Montréal présenté par l’Ensemble Arion, orchestre baroque. C’est un choix audacieux que le directeur artistique Mathieu Lussier a fait avec ce concert se voulant « immersif » dans la vie montréalaise en 1780 en y incluant pour la grande majorité des compositeurs inconnus du public.

Le concert s’entame sur un motet intitulé Cantate Domino, interprété par la soprano Janelle Lucyk accompagnée au serpent, un instrument à vent d’époque utilisé traditionnellement en tant que basse. L’interprétation de la pièce se fit dans une douceur teintée d’introspection laissant place à l’immersion immédiate du public dans l’atmosphère hivernale des Fêtes. 

Nous avons ensuite eu le plaisir d’entendre la première symphonie d’un cycle de six symphonies de Michel Corrette autour de la thématique des Fêtes, ainsi qu’un hymne de Capel Bond intitulé Blessed Be the Lord God of Israel « for Chrismtas Day »

Cependant, ce sont les sept cantiques suivants qui ont retenu mon attention. Ces petites cantates se trouvent à avoir été composées ici même par une Ursuline au début du 19e siècle dans le but de remplacer les chants de taverne trop souvent chantés à cette époque. Si, en théorie, ces cantiques illustrent parfaitement le milieu musical montréalais au tournant du 19e siècle, ceux-ci se sont perdus dans le concert par leur simplicité et par une harmonisation que Mathieu Lussier définit lui-même de  « parfois maladroite ».
Après une série d’hymnes par divers compositeurs de France et du Royaume-Uni, ainsi que la 4e symphonie de Michel Corrette et des extraits de la pièce A Christmas Tale de Charles Dibdin (une des seules pièces du concert n’étant pas religieuse),  le concert s’est terminé avec un arrangement d’extraits du Messie de Handel. Le but de cet exercice était d’illustrer comment, avec peu de moyens et d’effectifs, certaines pièces aussi grandioses que celle-ci pouvaient être jouées à l’époque sans chœur ou même sans soliste. Les deux premiers extraits. Thou Art gone Up on High et The Trumpet Shall Sound ont été joués de manière purement instrumentale, ce qui a permis à Mathieu Lussier de nous montrer la virtuosité du basson reprenant  la partie solo. La soprano a rejoint le reste de l’orchestre pour clore le concert avec l’air If God Be for Us.

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