post-punk / rock alternatif

Taverne Tour | Une première soirée post-punk sous les lumières rouges

par Simon Gervais

Jeudi 12 février, la première soirée du Taverne Tour 2026 au Belmont donne rendez-vous aux amateurs de textures abrasives et de grooves tendus avec une affiche résolument tournée vers le post-punk. Dehors, un froid mordant rappelait que février à Montréal ne fait pas de compromis ; à l’intérieur de ladite taverne, la chaleur monte graduellement à mesure que la salle se remplit.

Alix Fernz – Une entrée en matière dense et habitée

photo par Aabid Youssef

Vêtu d’un chandail de sport de ce qui semble être une obscure équipe de hockey, Alix Fernz ouvre la soirée avec un post-punk nerveux, porté par des grooves lourds et des paroles déclamées avec une intensité tendue et éraillée.

Les compositions s’articulent autour de hooks solides, de ruptures rythmiques bien placées et d’envolées de claviers aux accents d’orgue qui ajoutent par moments une dimension presque liturgique. La guitare, précise et poignante, marque à l’occasion des dissonances savamment dosées.

Une musique physique, qui oscille entre tension et transe, et qui transmet une certaine urgence de vivre à fond. Alix Fernz explore dans ses textes les conséquences de brûler la chandelle par les deux bouts avec une énergie paradoxale qui nous donne presque envie de l’imiter.

Hot Garbage – L’hypnose par la répétition

Hot Garbage poursuit avec une approche plus circulaire, misant sur la répétition comme moteur rythmique au niveau des compositions. Les motifs s’accumulent, s’entrecroisent, créant un effet hypnotique qui se transmet rapidement à une foule de plus en plus mobile.

« We’re Hot Garbage », lance la chanteuse à la fin du set avec un aplomb désarmant, comme un manifeste ironique. Derrière la désinvolture apparente se cache un travail de textures et de dynamique qui s’inscrit pleinement dans l’ADN post-punk de la soirée.

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Yoo Doo Right – Krautrock incandescent et immersion totale

Sous un éclairage rouge enveloppant qui donne à la scène un caractère presque spectral, Yoo Doo Right étire ses longues montées kraut et post-rock. Le trio construit patiemment ses pièces jusqu’à atteindre un véritable mur de son, dense mais lisible.

Le batteur frappe avec force, la bass et la guitare ne laissent pas leur place, ça bûche, au point où certains spectateurs sortent leurs bouchons. Les vibrations ancrent le son live de Yoo Doo Right dans quelque chose de profondément physique, évoquant des paysages vastes et évocateurs, presque désertiques, où la répétition devient transe et où le volume agit comme une matière cinétique, cinématographique et viscérale.

Protomartyr – Le cri du cœur sous le veston

Puis vient Protomartyr, figure attendue de la soirée. Voir le chanteur Joe Casey monter sur scène vêtu d’un veston frappe d’emblée : une allure à mi-chemin entre le crooner sobre et le poète désabusé. Un homme qui semble porter le poids des années et qui transforme ce bagage en matière expressive brut dès que la musique démarre.

Le groupe reste fidèle à cette culture new wave râpeuse qui lui est propre : un groove tendu, une urgence existentielle, des vocals chargés d’un certain mal de vivre. L’intensité est telle qu’un honnête moshpit s’ouvre dans la foule, avec en prime du body surfing, véritable explosion physique de la soirée.

La section rythmique est elle aussi redoutable (mention spéciale à la batterie, sèche et motrice), la qualité sonore irréprochable. Sur scène, Casey boit une bière entre deux salves sonores, comme pour mieux faire passer ce mélange de lucidité cynique et d’abandon ardent qui se fusionne en un véritable élan vital. Aux premières loges, les fans récitent religieusement les paroles de chaque chanson.

C’est une musique qui donne envie de se défouler autant que de réfléchir. De survivre, peut-être, mais surtout de vivre pleinement.

Cette première soirée du Taverne Tour 2026 proposait ainsi un parcours cohérent à travers différentes incarnations du post-punk, de ses formes les plus actuelles à ses racines new wave. Une ouverture solide, immersive, qui lançait le festival sur une note à la fois sombre, vibrante et résolument vivante.

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alt-rock / breakbeat / rock

Taverne Tour | À la recherche de la lumière sur Saint-Laurent

par Loic Minty

La Sottarena : Bienvenue dans l’expérience

À mon avis, Korea Town Acid avait volé la vedette au MUTEK il y a deux ans. Sa musique est avant-gardiste, son approche totalement expérimentale. Que faisait-elle à La Sottarena avec deux groupes de punk hardcore ? Un truc avec un jeu vidéo ? La majeure partie de son set semblait complètement hors de portée du public, ce qui, paradoxalement, le rendait encore plus spécial pour moi et les quelques autres personnes que je voyais se balancer en extase. Son set oscillait entre une sélection éclectique de breaks, de nappes orchestrales, d’accords de jazz et de samples soul, qu’elle lançait en direct, une véritable prouesse technique.

Korea Town Acid

La qualifier simplement de DJ serait comme dire la même chose d’Arca : techniquement exact, certes, mais terriblement insuffisant. Dans une interview précédente accordée à PAN M 360, K.T.A. décrivait une constante adaptation au public, mais lorsqu’elle levait parfois les yeux pour prendre le pouls de l’ambiance, seule une jeune fille légèrement éméchée, poussant des cris de joie, l’encourageait.

Son spectacle s’est terminé de façon quelque peu décevante, le présentateur mentionnant à peine cette performance fantastique, préférant faire la promotion du jeu vidéo.

“So for this evening we-”
“Koreaa Town Acid!! Woooo!”
“Yes, give it up for Korea Town Acid, and next up we have Nuha Ruby Ra.”

Sa présence scénique était excellente. Nuha Ruby Ra avait une assurance à la M.I.A., un sourire dément et une voix envoûtante. « Get closer to the fucking stage ! » Sans m’en rendre compte, mes pieds se sont avancés. Quant à la musique, elle l’a dit elle-même : « Ce set est expérimental, on est venues jusqu’ici pour tester des morceaux. » C’était comme un Channel Beads atonal, ou peut-être que le chant était faux. Après cette remarque de Nuha, difficile de distinguer le voulu du non voulu. Le Taverne Tour, c’est avant tout donner le meilleur de soi-même, et là, on sentait un léger décalage. Le guitariste semblait peu inspiré à jouer seul sur des pistes d’accompagnement, et Nuha était peut-être plus consciente de ce décalage qu’elle ne voulait l’admettre. Après trois chansons, j’ai traversé la rue vers Casa.


Casa Del Popolo : Gymshorts prend le dessus jusqu’au bout

Gymshorts

À Casa Del Popolo, Gymshorts jouait et c’était tout sauf prétentieux. Avec des membres originaires de Providence et de Boston, ils ont créé une ambiance brute, typique des musiciens DIY de la côte Est, qui aiment tout simplement ce qu’ils font.

Entre chaque couplet et chaque refrain, la chanteuse et guitariste Sarah Greenwell se penchait en arrière pour adresser à ses camarades un sourire en coin, comme pour les encourager. Et ça a marché. Le guitariste et le bassiste se sont mis à sauter avec ferveur, comme dans une pub pour iPod des débuts. Un changement bienvenu. La musique m’a replongé dans une époque plus simple. Elle avait un petit côté pop-punk des années 2000, mais la voix grave et rauque de Greenwell puisait plus profondément dans des influences comme Ana da Silva des Raincoats. Juste au bord de la rupture, et pourtant toujours d’une intensité émotionnelle absolue.

Chaque morceau de deux minutes semblait être le dernier, et si vous aviez eu la chance de voir ce groupe au Barfly un soir, vous en parleriez pendant des années. Je suis parti uniquement parce que je ne voulais pas que ça se termine.

Alors que je partais, Greenwell s’est mise à jouer une chanson sur le pilote automobile américain Jeff Goldblum, tout en jouant de la guitare sur le thème de Jeff Goldblum. Ah oui, j’oubliais de préciser qu’elle portait un short de sport (gym shorts) ! Si vous voulez saisir la blague, je vous recommande vivement d’écouter leur discographie, dont l’un des plus grands succès est « DUI IUD », une chanson qui parle, vous l’aurez deviné, d’une conduite en état d’ivresse au lieu d’un stérilet.


Sala Rosa : À la conquête des cieux

En entrant, j’ai tout de suite été frappé par la carrure d’un homme corpulent coiffé d’un chapeau de cow-boy, qui m’a esquissé un sourire. On pourrait écrire des pages et des pages sur les performances iconiques de Sean Nicholas Savage, mais pour en savoir plus, je vous laisse lire la critique de Laurent Pellerin, notre correspondant de Sala Rosa.

Sean Nicholas Savage

Christopher Owens : La cerise sur le gâteau

L’étrangeté décalée de Daniel Johnston, l’honnêteté brute d’Elliott Smith et la légèreté de Neil Young se conjuguent pour former Christopher Owens. Sans doute l’un des plus grands auteurs-compositeurs de notre génération, comme l’a dit Sean Nicholas Savage. Et je partage cet avis. Christopher Owens m’a fait croire à nouveau en l’amour. Il donne une nouvelle dimension aux doutes, une lueur d’espoir à la souffrance que nous avons toujours su exister, mais que nous étions trop obstinés pour laisser nous submerger. Lui, en revanche, n’avait rien à cacher. C’était à la fois rassurant et dérangeant. C’était comme grandir. Il trébuchait en avançant, mais toujours dans la bonne direction.

Entre les chansons, il y a eu quelques échanges maladroits avec le public, notamment sur l’influence du film « Le Plombier » sur sa vie. Le reste était difficile à comprendre. On avait toujours l’impression que ça allait mal tourner, mais non. Il a su trouver le juste équilibre entre vulnérabilité et sincérité. Un véritable cadeau pour cette première du Taverne Tour : une authenticité et une joie profondes que je n’avais pas ressenties depuis le concert de Beverly Glenn Copeland.

Christopher Owens

Hier soir, Taverne Tour m’a rappelé que si vous savez ce que vous cherchez, vous le trouverez.

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indie / soft-rock

Taverne Tour | Soft Snow, Soft Sound

par Marilyn Bouchard

Le coup d’envoi du Taverne Tour a été lancé sous une douce neige ce jeudi 12 février. Du côté de l’Esco, Vanille ouvrait la soirée avec une ambiance sonore vaporeuse et délicate. La chanteuse Rachel, costumée d’une robe du même bleu que Lady Gaga lors de sa performance de la mi-temps, est apparue entourée de ses collaborateurs : Vincent Huard-Tremblay à la basse, Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie ainsi qu’un guitariste et claviériste invité en extra du trio habituel, devant un public gonflé à bloc pour le lancement de Mort Rose.

Malgré quelques fausses notes au début, ils se sont vite stabilisés pour livrer un collage atmosphérique de leurs pièces issues des albums Soleil 96, La clairière, Tu me vois comme je suis et plus récemment Un chant d’amour, afin de faire découvrir leur univers tantôt doux et romantique, tantôt rétro-folk. Le public était majoritairement réceptif et se laissait bercer au rythme des morceaux, même si certains semblaient s’impatienter dans l’attente de l’énergie explosive de Mort Rose.

Personnellement, j’ai trouvé le voyage musical agréable et la découverte intéressante. Un programme parfait pour faire monter le suspense jusqu’au lancement attendu du nouvel album de Mort Rose, rempli de rythme et de dynamisme, une opinion peut-être moins partagée par les fans purs et durs de rock alternatif réunis hier pour l’événement.

chanson keb franco / indie pop

Le coup d’envoi du Taverne Tour sous une douce neige ce jeudi 12 février.

par Marilyn Bouchard

Du côté de l’Esco, Vanille amorçait la soirée avec une ambiance sonore vaporeuse et délicate. La chanteuse Rachel, costumée d’une robe du même bleu que Lady Gaga lors de sa performance de la mi-temps, est apparue entourée de ses collaborateurs : Vincent Huard-Tremblay à la basse, Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie ainsi que guitariste/claviériste invité en extra du trio habituel, devant un public gonflé à bloc du lancement de Mort Rose.

Malgré quelques fausses notes au début, ils se sont vite stabilisés pour livrer un collage atmosphérique de leurs pièces issu de leurs albums Soleil 96, La clairière, Tu me vois comme je suis et plus récemment, Un chant d’amour afin de faire découvrir leur univers tantôt doux et romantique, tantôt rétro-folk. Le public était majoritairement réceptif et se laissait bercer au rythme des pièces, même si certains semblaient s’impatienter de l’arrivée de l’énergie explosive de Mort Rose.

Personnellement, j’ai trouvé le voyage musical agréable et la découverte intéressante. Un programme parfait pour faire monter le suspense jusqu’au lancement attendu du nouvel album de Mort Rose rempli de rythme et de dynamisme, opinion peut-être moins partagée par les fans purs et durs de rock alternatif qui étaient réunis hier pour l’évènement.

afro-fusion / classique

Soirée réussie à l’OSM: Steven Banks fait briller le saxophone

par Jeremy Fortin

L’OSM présentait mercredi soir le concert López, Childs et Mahler : l’espoir au cœur de l’exil, un programme chargé et diversifié nous faisant explorer les différentes facettes de la musique classique.

Cette première partie de concert se déroula autour de deux pièces contemporaines, en commençant par Perú Negro, du compositeur en résidence à l’OSM, Jimmy López. Cette œuvre en six mouvements fut idéale pour entamer le concert. Puisant son inspiration dans la musique afro-péruvienne, López nous emporte à travers la culture péruvienne dans une ambiance rythmée, parsemée d’effets et grandement soutenue par les percussions.

Le concert se poursuit avec le saxophoniste américain Steven Banks, de passage pour interpréter le concerto pour saxophone du compositeur Billy Childs, Diaspora. La pièce, qui retrace l’exil du peuple afro-américain, nous illustre un monde sombre ancré dans la peur et les tiraillements internes de ce peuple envoyé par bateau en Amérique par les marchands d’esclaves.

La performance de Steven Banks fut à la hauteur des attentes. Non seulement le saxophoniste a su enchaîner les traits virtuoses, mais il a aussi fait preuve d’une grande sensibilité lors des cadences entourant les trois sections de la pièce. Après deux mouvements dramatiques, l’œuvre se termine sur une note beaucoup plus joyeuse, illustrant la résilience du peuple afro-américain.

Quant à la seconde partie du concert, Rafael Payare poursuit son cycle des symphonies de Mahler avec la quatrième du compositeur. Si vous êtes habitués à associer Mahler au dramatisme, détrompez-vous, car ce n’est certainement pas le cas de cette symphonie. Mahler utilise ici un langage beaucoup plus classique que dans certaines autres pièces de son répertoire.

Payare, quant à lui, a réussi à bien illustrer les nombreux changements de caractère, ainsi que le grand éventail de nuances requis pour faire vivre la pièce. Le concert se termine par le quatrième mouvement, qui inclut la soprano Nikola Hillebrand, venue en renfort pour remplacer Vuvu Mpofu, qui ne pouvait être présente. C’est avec brio que la soprano allemande interpréta ce dernier mouvement, offrant une texture vocale particulièrement intéressante.

EDM

Igloofest 2026, 4e semaine | Synthétiseurs analogues et EDM nostalgique à -14 °C

par Antoine Morin

Parfois, la musique électronique peut sembler déconnectée, presque irréelle. Et pourtant, ce jeudi soir à l’Igloofest, elle s’est révélée profondément incarnée. Une soirée mémorable, teintée d’une nostalgie inattendue. Les moments où une foule entière semble réellement à l’écoute sont rares, mais ce soir-là, au bord du fleuve gelé, l’Igloofest a dépassé le simple cadre du festival hivernal.

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LAURE

La soirée débute vers 19 h 30. À l’extérieur du site, j’entends déjà ce kick familier, quelque part entre 125 et 130 BPM, qui résonne au loin. À mon arrivée, le site est encore calme, presque timide. Peu d’activité, une foule clairsemée. Et pourtant, quelque chose intrigue : LAURE est déjà à l’œuvre sur la scène principale Sapporo.

DJ et productrice montréalaise, LAURE ouvre la soirée avec justesse et intelligence. Elle sait exactement comment installer une ambiance, comment faire monter la température sans brûler les étapes. Sa sélection navigue entre melodic house et deep progressive, portée par des leads de synthétiseurs aux couleurs nostalgiques, subtilement ancrés dans des rythmiques house classiques. Un son atmosphérique, émotionnel et élégant, où chaque transition semble pensée pour préparer la suite. Rien de tape-à-l’œil ici : de la finesse, du contrôle, et cette capacité à doucement rassembler la foule devant la scène.

Weval

Vers 20 h 30, place à Weval, mon véritable coup de cœur de la soirée, et déjà l’un de mes groupes de musique électronique préférés depuis quelques années. Le duo néerlandais, basé à Amsterdam, est en tournée nord-américaine pour présenter Chorophobia, leur plus récent album paru en 2025. Difficile de mieux les décrire qu’ainsi : ambivalents, audacieux et profondément libres dans leur approche.

Weval navigue dans une zone hybride, quelque part entre l’EDM et une électronica plus expérimentale, flirtant avec l’IDM. Leur musique, richement ornée de synthétiseurs analogiques polyphoniques, dégage une chaleur presque organique, renforçant ce sentiment de nostalgie omniprésent. Ils ouvrent leur set avec un remix de Alesis de Mk.gee, avant d’enchaîner avec plusieurs pièces de Chorophobia, un album plus éclectique et aventureux que le reste de leur discographie.

Le public écoute, attentif. Peu de téléphones levés. Juste des corps immobiles ou doucement en mouvement. Un véritable moment de grâce.

Elderbrook

En tête d’affiche, Elderbrook vient conclure la soirée. Un rappel évident de la puissance émotionnelle de l’EDM lorsqu’il est bien exécuté. Son set navigue entre remixes, notamment de RÜFÜS DU SOL et John Smith, et pièces originales issues de son propre répertoire. Des classiques fédérateurs, capables de rassembler une foule entière dans un même élan.


À ce moment-là, au cœur du pit, je me surprends à replonger en 2016, à l’époque où l’EDM et les raves occupaient une place centrale dans la musique électronique grand public. Tout le monde est synchronisé. Les basses frappent, les mains se lèvent, les regards se croisent. Malgré le froid, un ressenti bien en deçà de -14 °C, la communion est totale. Un moment sincère, beau et profondément unique à cette soirée.

Pour un jeudi soir, l’événement a largement dépassé mes attentes. Une soirée forte, marquante, que des milliers de festivaliers ont eu la chance de vivre. Si l’un de ces trois noms passe près de Montréal dans les prochains mois, un conseil : allez-y. Peu importe la température.

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techno / techno expérimentale / techno minimale

S.A.T. | Le techno intra-cellulaire de Marie-Davidson & Wata Igarashi

par Laurent Pellerin

La salle est presque vide à l’arrivée. Les projections se meuvent lentement et captent l’œil, parcimonieuses mais impressionnantes. La première DJ, Asha du collectif Ether, établit l’ambiance d’arrivée. Je m’assois près du bar, appréciant ce calme avant l’orage. Sous peu, la salle est pleine à craquer.

Les illusions de profondeur d’espace, générées par les projections sur les parois du dôme, oscillent constamment entre une immense profondeur intergalactique et une oppression claustrophobe intra-cellulaire. Si j’avais été légèrement plus sensible à ces drastiques changements de perception de l’espace, mon expérience d’écoute en aurait certainement été négativement affectée. Toutefois, les programmeurs visuels savaient bien calibrer le niveau d’intensité de façon à ce qu’une sensation d’unité émane des stimuli audio-visuels ; une sorte de synesthésie générale de l’énergie déployée entre sons et rythmes, couleurs et formes.

Nous nous avançons quelques minutes avant que Marie Davidson entre sur scène, s’immisçant tant bien que possible dans la foule enthousiaste.

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Marie-Davidson

Au moment où Marie Davidson entre sur scène, mon attention se redirige vers sa table de DJ. L’énergie de la salle change d’un coup, le public déjà enthousiaste s’avive de plus belle. Tout le monde est maintenant tourné vers l’avant, par attachement à la tradition du concert de scène, ou bien dans l’espoir de voir la musicienne à l’œuvre. De ma position, à peine quelques rangées de distance de l’estrade, on la décèle difficilement. Son set conserve une certaine parenté avec sa musique, qui s’influence fortement du séquençage, avec un léger ton kitsch dans l’esthétique. Très berlinois dans l’approche, presque cartésien dans la construction. On y décèle un clin d’œil aux pulsations minimalistes de Kraftwerk, mêlées à l’énergie electro-funk d’Afrika Bambaataa.

Après être rentré d’une courte pause de dix minutes, je remarque que le BPM a augmenté de 5 à 10 BPM. Marie préparait l’arrivée de Wata Igarashi. On s’est avancé vers l’avant pour prendre quelques clichés. Derrière Marie, une jeune femme danse et gesticule avec des mouvements fluides, observant avec attention son ombre au mur. Elle pourrait être une amie, une membre de la famille, une actrice employée pour participer à l’expérience globale.

Wata Igarashi

J’aperçois Igarashi posté à droite de la scène, observateur bienveillant qui semble s’intéresser aux projections et apprécier la performance de Marie. C’est possiblement le seul humain dans la salle dont le corps ne réagit point à la musique.

Quand Wata Igarashi arrive derrière les platines, on entre dans un univers à part. Il commence tranquillement en faisant jaillir des sirènes. Non pas métaphoriquement, mais littéralement des sirènes comme on entendrait avant l’arrivée d’un tsunami. Elles accélèrent et s’empilent jusqu’à devenir un orchestre de crapauds. C’est dans la profondeur de cet environnement imaginaire que la trance interminable de Igarashi débute.

Des kicks profonds poussant des rythmes carrés ponctués de snares, qui s’étendent toutefois dans des formes complexes. Une techno directe, mais traversée d’un mystère narratif, suspendue dans des drones détachés du rythme.

C’est un set de techno assez direct comprenant toutefois un élément mystérieux, un narratif qui se développe dans l’atmosphère de ses drones complètement détachés du rythme. La musique et les projections gagnent ce palier d’intensité supérieure tant attendu par la foule. Les projections sont moins fréquemment organiques et revêtent un aspect stroboscopique qui, encore une fois, complémente admirablement bien la musique. Des textures bruitées et répétitives qui me rappellent Shadow from Tartarus par Actress, hypnotisant et disloquant l’âme du corps.


Le temps passe sans qu’on le remarque ; il est 2 h 30 du matin et soudainement mon corps m’envoie un texto astral : il est temps d’y aller. Je reviens sur terre, dans le froid d’une cigarette bien méritée.

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Ramon Van Engelenhoven : le piano et l’élégance

par Pietro Freiburger

À la Salle Bourgie, un captivant concert a eu lieu du jeune pianiste néerlandais Ramon Van Engelenhoven, qui a accompagné le public à travers un programme varié : pièces du grand répertoire, musique contemporaine et ses propres transcriptions de musiques de film. L’idée de présenter à la première personne pour donner un peu de contexte au public, qui était assez nombreux et chaleureux, a été également appréciable.

Je me souviens avoir découvert Ramon Van Engelenhoven en 2018, quand j’ai trouvé une vidéo d’Images I de Debussy sur YouTube. Les aspects qui m’avaient frappé, c’étaient la pureté du son et l’élégance de l’idée musicale ; plusieurs années plus tard, ce sont toujours l’équilibre structurel et le raffinement sonore qui attirent.

Le concert s’ouvre avec la Sonate K330 de Mozart, bien pensée et bien interprétée. Le contrôle du son, du phrasé et de l’ornementation est excellent, et les moments les plus intenses surviennent dans le deuxième mouvement. Suit la Pavane pour une infante défunte de Ravel, interprétée avec lucidité structurelle et beauté sonore. Le concert poursuit avec deux pièces de Tagreshi, jeune compositeur ami du pianiste, qui exploitent toute l’extension de l’instrument, créant à la fois une aura de mystère et de lyrisme.

La deuxième partie du concert s’ouvre sur Rachmaninov, avec deux Préludes de l’op. 32 et deux de l’op. 23, qui nous transportent dans des atmosphères enveloppantes et dans un lyrisme séduisant. Deux transcriptions du pianiste clôturent le concert : une Suite tirée de Vertigo de Herrmann et The « Ride of the Cossacks » tirée de Taras Bulba de Waxman. Et c’est précisément dans les transcriptions que la passion et l’intensité nous investissent. Le public admiratif bénéficie d’un encore, la Novelette n° 1 de Poulenc, qui nous offre à nouveau un Engelenhoven sobre et mesuré. Un pianiste à suivre.

Photo credit: Florence Geneau

électronique

Igloofest 2026 | On conclut derrière le mainstream avec Ferias

par Félicité Couëlle-Brunet

Rentrer dans le vortex d’Igloofest peut être chaotique et déboussolant, soit en passant par des luminaires de toutes sortes, une vraie foire pour adultes, des stimuli qui éclatent de partout – roue de la fortune, installations, écrans géants. Comme s’il fallait traverser cette épreuve grandiose et sensationnelle avant d’accéder aux endroits plus cachés, plus intimes, comme la scène Vidéotron.

Clôturée jusqu’à 20 h et reléguée sur le côté arrière de l’aire centrale,  elle attire les curieux pendant que la majorité de la foule se rue vers la scène Sapporo, où la house éclectique d’Andrea De Tour fait bondir les corps dans tous les sens. Le froid nous envahit peu à peu, jusqu’au moment où je comprends que je n’ai plus le choix de danser. Juste à temps, le portail de la scène mystère s’ouvre et je me faufile dans le petit chemin sombre. À droite, l’expérience commence. Un sentier de neige bordé de lumières féériques suspendues, étrangement chaleureuses. Comme si on nous préparait à un espoir discret. Puis un tunnel lumineux prolonge la traversée, nous enveloppant dans une ambiance feutrée où la neige et les

installations absorbent peu à peu les basses lointaines de De Tour. J’entends des guitares, des nappes de synthé, quelque chose de plus organique, de plus humain.

Au bout, un espace circulaire aux airs rétro. Un petit groupe danse déjà dans la neige, avec un groove qui rappelle Luther Vandross. Je me sens instantanément plus à l’aise, plus libre dans mon corps. Les rythmes invitent à bouger en entier, sans retenue, avec une douceur presque candide. Derrière les platines : Guthrie Drake et Alina Byrne, alias Ferias. Plus

qu’un duo de DJs, ils cultivent des espaces où la fête devient un point de rencontre entre époques, styles, inconnus. Leur musique voyage sans se laisser enfermer en passant par soul, house, dub, rythmes afro-latins, envolées vocales. Et dans ce coin caché d’Igloofest, loin du spectaculaire, c’est exactement ce dont on a besoin, non pas un show, mais une communauté momentanée, rassemblée par la chaleur improbable d’une piste de danse en plein hiver. C’est beau de voir le duo rassembler différentes générations ouvertes à la danse et au mouvement qu’apportent leur variété de styles. Voilà  qui nous rend plus libre dans notre corps. Merci Ferias de nous apporter du bonheur par ce froid de février !

électronique

Igloofest 2026 | Au pied des 2 scènes, une vraie soirée d’hiver

par Léa Dieghi

Il faisait froid, en cette soirée d’ouverture Igloofest 2026. Avec un ressenti de -15 °C, le site du festival était entouré d’un nuage de fumée formé par les respirations du public, par celles des food trucks qui servaient de la poutine, par les différentes zones de chaleur proposées pour se réchauffer, ainsi que par les célèbres feux de camp à guimauves, disséminés ici et là.

La file d’entrées des détenteurs de tickets d’assemblée générale était particulièrement longue, en cette première soirée. Si les portes se sont ouvertes avec un léger retard d’environ vingt minutes, le public, lui, était extrêmement impatient, s’agitant pour combattre le froid et trépignant d’impatience à l’idée de pouvoir enfin fouler la piste de danse et profiter des autres activités du festival. Dès leur entrée, les gens couraient littéralement pour rejoindre les devants de la scène principale. La programmation de ce jeudi soir était très certainement une des plus attendues de la semaine, avec une billetterie affichant “COMPLET”, sur place et sur internet.

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SCÈNE VIDEOTRON

Aux contrôles de la petite scène Vidéotron, nous avions Liv K et Cult Member, deux figures établies de la scène électronique montréalaise.

Très présente sur la scène marginale montréalaise, Liv K est une DJ et une programmatrice pour Parquette, un lieu transitoire culturel, queer et très impliqué dans le milieu des raves. Si on la voit plus fréquemment dans des événements de collectifs tels que Flush, Bijou et Discono, c’était une première fois pour la DJ à l’Igloofest. Son set, très éclectique et énergétique, passait de la techno classique en quatre-quatre, à des remix de musiques hip-hop contemporaines, glissant du Doechii par-ci, par-là.

Quant à lui, l’artiste en vogue Cult Member, qui s’est taillé une réputation internationale dans le milieu de la musique électronique, a offert un set captivant, alliant techno et Rally House, avec des influences de musique de club et des incontournables de la French House, comme Thomas Bangalter.

Ces deux sets à l’énergie un peu différente, mais pourtant complémentaire, ont été musicalement, de mon côté, une de mes expériences favorites de cette soirée… Bien que la majorité du public ait passé la plupart du temps en face de la scène principale… Avait-on oublié que la scène Vidéotron existait ? Ou encore ne l’on a-t-il pas vue, un peu cachée en arrière de tout ? Ou bien est-ce l’effet Disco Lines, ce producteur-vedette dont le morceau No broke Boys a explosé sur les réseaux sociaux cet été, qui lui, jouait sur la scène principale?

SCÈNE SAPPORO

Il en a fallu un peu de temps, pour que les devants de la scène se remplissent: sûrement dû à la file à l’entrée un peu trop longue, mais aussi peut-être à cause de l’excitation des spectateurs de découvrir le site. Mais après seulement une heure et demie d’ouverture, Gudfella, de son vrai nom Kyle Domingo,jouait déjà devant un terrain saturé de monde. En tant que DJ d’ouverture sur la scène de Sapporo, il a offert une prestation à la hauteur de sa réputation : un set dansant et groovy, mélangeant house, techno, pop et disco. L’artiste américain, recouvert de plusieurs couches de vêtements, dansait derrière ses platines, dézippant un peu son manteau, preuve de l’énergie donnée pour exécuter son set.

Et tandis que le public se poussait de plus en plus vers l’avant de la scène, la foule se transforma bientôt en une masse compacte. J’ai rarement vu une foule aussi serrée, et aussi déjantée. Les gens se poussaient les uns contre les autres, chaque corps inconnu se trouvant collé contre d’autres corps inconnus. Et avec l’arrivée de Disco Lines, headliner de la programmation, l’énergie de la foule sembla vivre son apothéose. Le mélange de musique house, de pop et de remix de musique commerciale a su répondre aux attentes de la foule, venues ici en grand nombre en partie pour le voir.

Honnêtement, c’était la folie au sol. Les gens montaient sur les épaules des uns et des autres, certains se poussaient avec force, donnant des coups de codes pour rejoindre l’avant, les bières volaient dans les airs, mouillant les cheveux et bonnets.

Pendant un instant, je me suis réjouie de ne plus être agoraphobe: dans cet espace aussi serré, j’aurai très certainement démarré une crise.

Quand la musique tant attendue « No Broke Boys » de Disco Lines et Tinashe retentit enfin, le public, principalement composé de la génération Z, sembla — littéralement — exploser. Ça danse, ça crie, ça chante, ça se pousse. La civilité est remplacée par la fureur.

Si ce set n’était pas forcément ce que je tends à aimer, ou à rechercher, j’avoue que l’énergie y était au rendez-vous, et malgré la foule compacte, j’ai quand même pu placer quelques petits mouvements de danse, et repartir avec de beaux rires, et de beaux souvenirs.

classique moderne / minimaliste / orgue / post-minimaliste

Stellaire : Orgue et cirque en accord majeur

par Frédéric Cardin

Une très belle idée que cette combinaison de l’orgue avec les arts du cirque. À première vue, on pourrait penser que c’est l’orgue qui a besoin du cirque pour augmenter sa visibilité et sa popularité. Mais une fois assis dans la Maison symphonique (remplie), et en portant attention à la ‘’vibe’’, on se rencontre que pas mal de monde était là pour ‘’triper’’ sur l’orgue, et sur les musiques proposées dans le programme. Particulièrement les extraits de la musique du film Interstellaire de Christopher Nolan, que Hans Zimmer a mémorablement habillée d’une partition aux couleurs minimalistes/épiques. À elle seule, cette musique de cinéma a contribué plus que n’importe quelle activité de ‘’démocratisation’’ à une nouvelle ‘’coolitude’’ du roi des instruments.

Bref, le public nombreux semblait l’attendre, et il n’a pas été déçu, le soliste Jean-Willy Kunz y allant de ses plus beaux et grands jeux pour investir puissamment toute la salle. La résonance finale n’avait pas le temps de s’épanouir que déjà les milliers de personnes applaudissaient. 

100 ans d’orgue

Au-delà de cette musique emblématique, le public a pu entendre un parcours choisi des cent dernières années à l’orgue : le Cortège et Litanie de Marcel Dupré (1922), le Banquet céleste (1928) de Messiaen, du Philip Glass (Mad Rush et les Études 6 et 8), Miroir dans un miroir de Arvo Pärt et deux oeuvres que je ne connaissais pas : la Toccata Andromeda (1999) de Paul Halley et la très récente Limina Luminis (2023) d’Olivia Belli.

Acrobaties symbiotiques

Les acrobaties proposées par Cirque Le Monastère étaient assez classiques, mais leur union avec la musique apportait une touche de poésie souvent séduisante. J’ai retenu le très beau numéro de suspension capillaire sur bungee qui, avec la musique planante de Pärt, a élevé le public avec lui dans une apesanteur sereine très réussie. Également, le numéro de câbles MultiLED, dans lesquels tournoyait Manolo Gonzalo sur une Étude de Glass, avait quelque chose de cyberchic plutôt attrayant. 

Le numéro de roue Cyr était on ne peut plus approprié pour ‘’fitter’’ avec le Mad Rush de Glass et ses arpèges papillonnants en parfaite harmonie avec les rondes tourbillonnantes réalisées par l’artiste Cléa Perion. Camille Tremblay a osé quelque chose que probablement personne n’avait encore fait : un numéro d’équilibrisme en partie réalisé sur le clavier de l’orgue! Jean-Willy Kunz n’a pas semblé trop dérouté par la chose. La finale, avec tous les artistes réunis et la musique post-minimaliste d’Olivia Belli a offert une conclusion satisfaisante. 

Les concepteur.trice.s du spectacle ont eu la bonne idée de ne pas sentir le besoin d’accompagner chaque pièce d’une chorégraphie. Ainsi, Cortège et Litanie, le Banquet céleste et une partie de Interstellar ont pu être appréciées simplement en tant que musique, jouées sur la scène par Jean-Willy Kunz. L’orgue n’a donc pas servi exclusivement de faire-valoir, mais plutôt de partenaire égal avec le cirque. 

Une belle idée, simple et efficace, réalisée avec succès. 

chant choral / musique sacrée / musique traditionnelle juive

ArtChoral | Authentique rencontre interculturelle au 9e

par Alain Brunet

Un mardi midi de février, les mélomanes présents à la salle Le 9e ont assisté à une authentique expérience interculturelle, soit la rencontre de l’Ensemble ArtChoral et de l’identité juive dans le chant choral, sacré ou profane. Ce concert coïncidait avec la sortie de l’album Hallelujah chez ATMA classique, dont l’objet était le même que celui de ce  superbe programme.

D’entrée de jeu, la musique chorale du compositeur montréalais Jaap Nico Hamburger exhalait une spiritualité évidente. Les airs de The Uninterrupted Melody étaient exposés en deux temps relativement courts: d’abord une séquence lente et soyeuse avec ce titre de complainte How long will you forget me, forever? , suivie de Rescue them,  discours plus syncopé que les voix féminines auront dominé. Ce travail s’inscrit dans le répertoire contemporain des musiques enclines à la spiritualité, juive dans le cas qui nous occupe.

Ce concert, a-t-on observé, ne fut pas calqué sur le nouvel album. Le rôle accru de l’excellent ténor Gideon Zelermyer, qui a participé à l’album Hallelujah et à qui l’on doit la direction chorale de la synagogue montréalaise Shaar Hashomayim, à mon sens la contribution musicale la plus marquante de l’ultime album de Leonard Cohen, You Want It Darker.

 La première intervention du ténor consistait à interpréter avec ArtChoral la pièce Min Hametzar, composée en France au 19e siècle par un compositeur juif, Jacques Fromental Halévy. La langue et le texte confèrent la singularité de ce chant choral s’inscrivant dans une esthétique européenne, pas exactement orientale.

La pièce qui suivit était assurée par le chœur sans soliste principal, un air d’Ernest Bloch composé au 20e siècle, Y’Hiyu L’ratzon. Encore là, le chant est typique de sa modernité chorale, seul le texte le distingue de l’époque dont il est issu. On enchaîna par un chant de même lignée, mais avec plus de profondeur mélodico-harmonique, gracieuseté de Leonard Bernstein, typique des grands chœurs modernes des années 50 et 60. 

On peut aussi associer cette esthétique occidentale au personnel du chœur en tant que tel, si on le compare aux chœurs juifs de musique sacrée, traditionnellement masculins dans les offices orthodoxes. 

On trouve des inflexions vocales particulières à ces chœurs masculins et aussi des vocalises du cantor, non sans rappeler celles de la musique baroque ou ancienne d’Europe, sans compter certains micro-intervalles au-dessous ou au-dessus de la note que prévoit le système tonal. 

ArtChoral peut se rapprocher de ces pratiques, mais reste différent  par sa mixité et sa laïcité, ce qui n’est aucunement une entrave à cette communion avec le cantor Gideon Zelermyer, ténor de haut niveau, dont la formation a été parachevée auprès d’un maître cantor de Jérusalem, Naftali Herstik, décédé en 2024. On aura d’ailleurs eu droit à deux œuvres de son cru en fin de programme, Unetane Tokef et Michtam L’David/Psaume 16.

Ces deux brillantes interprétations furent entrelardées de l’incontournable Hallelujah de notre Leonard Cohen national, exécutée en version chorale avec un relai de solistes des plus créatifs selon un arrangement créatif d’Andre van der Merwe. Excellent choix de la direction artistique assurée par le chef d’ArtChoral, Matthias Maute.

Voilà qui nous confirme une fois de plus l’effet bénéfique, voire salvateur de la musique dans les existences interculturelles des êtres humains de bonne volonté.

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