TAVERNE TOUR I La télécabine commence à osciller

par Amir Bakarov

Le spectacle à guichets fermés de Gondola lors de la soirée d’ouverture du Taverne Tour a démontré de façon éclatante pourquoi le groupe fait rapidement des vagues. Le groupe, qui se décrit lui-même comme un « sad boy rock », a réussi un délicat exercice d’équilibre : intime et lyrique, mais indéniablement énergique. Les accents pop du groupe se mêlent élégamment à une sensibilité punk – rappelant les pionniers de la vieille école – créant une ambiance « pop rock rencontre punk rock » qui est aussi intrigante que contagieuse. Dès leur entrée sur scène, sous les lumières bleues, ils ont projeté une énergie et une assurance nouvelles, à mille lieues de l’esthétique plus discrète et « fantomatique » qu’ils avaient adoptée lors de leurs précédentes prestations.

C’est Lyle qui mène la charge, avec son timbre de voix distinctif qui flirte avec le grit post-punk de Ian Curtis. Il y a cependant une ouverture émotionnelle dans sa prestation qui lui donne une tournure plus sensible, reflétant les thèmes moroses et introspectifs – « Nous faisons surtout de la merde triste et morose à propos de mes sentiments et d’autres choses ». Alors que Gondola embrasse clairement les coins les plus sombres du chagrin d’amour et de la tristesse, ils ont trouvé un moyen de laisser percer un rayon d’espoir, rendant le set live un peu plus édifiant.

Leur setlist s’est déroulée de manière fluide, commençant par des morceaux plus lents et lyriques avant de monter en puissance avec des hymnes bruts et punk. Gondola n’a pas hésité à reconnaître son penchant pour la pop, en proposant des chansons accrocheuses et des refrains à chanter qui semblaient plus honnêtes que commerciaux. Malgré les accents moroses, on sentait bien que Gondola voulait laisser le public sur une note d’espoir.

Au service d’Ennio Morricone

par Vitta Morales

L’Orchestre FILMharmonique, sous la direction de Francis Choinière, ainsi que le Chœur des Mélomanes, ont rendu un court et doux hommage au prolifique Ennio Morricone à la Maison Symphonique le soir du 8 février. La sélection comprenait divers thèmes de films tels que Cinema Paradiso, The Untouchables, ainsi que les classiques Westerns Spaghetti tels que The Good, the Bad, and the Ugly, A Fistful of Dollars, et cetera.

Parmi les moments forts de la soirée, citons le contrôle dynamique de la soprano Myriam Leblanc sur les notes les plus élevées ; un moment amusant pour Lévy Bourbonnais, qui s’est avancé au centre de la scène en jouant de l’harmonica, vêtu d’un poncho et du chapeau de cow-boy obligatoire ; la trompette puissante d’Henri Ferland ; et le final grandiose de « L’extase de l’or ».

J’admets que la soirée contenait quelques sélections que j’ai trouvées un peu « carrées » ou peu émouvantes. Cependant, je reconnais que, d’une part, je n’étais pas toujours familier avec le film associé à un morceau donné et donc probablement moins investi émotionnellement ; et d’autre part, Ennio Morricone a littéralement écrit des centaines de partitions au cours de sa vie, et en tant que tel, chaque thème ne peut pas être un chef-d’œuvre.

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas d’une condamnation de l’orchestre ou du chœur, qui ont joué solidement et efficacement, et ont offert une soirée musicale agréable.

chanson keb franco / hip-hop / rap keb / soul/R&B

TAVERNE TOUR | Quai des brumes complet pour Tabi Yosha, DJ Moses Bélanger at Rau_Ze

par Arielle Desgroseillers-Taillon

C’est avec une assurance assumée que Tabi Yosha et le DJ Moses Belanger sont montés sur la scène d’un Quai des brumes complet. Portée par une voix puissante, la chanteuse d’origine haïtienne a su captiver la foule avec un mélange envoûtant de R&B et de hip-hop, interprétant les titres de son premier EP True Colors ainsi que son dernier single Truth Lays

Habile dans l’art de tenir un public en haleine, Tabi Yosha a charmé la salle par son humour et sa spontanéité. Elle n’a pas hésité à solliciter le public à maintes reprises—presque trop—avec des interactions rythmées, comme son classique « Quand je dis Tabi, vous dites Yosha ! ».

En fin de prestation, elle a surpris le public en annonçant qu’elle avait décidé, le matin même, d’interpréter Billets, une toute nouvelle chanson francophone dont la sortie est prévue cette année. Un moment fort où sa voix puissante s’est imposée avec aisance dans un registre résolument rap, et en français, pour le plus grand plaisir de la salle.

La salle déjà réchauffée, Rau_Ze est monté sur scène accueilli par les cris du public.
« J’espère que vous allez avoir du fun ce soir parce que c’est ma fête aujourd’hui » a lancé Rose Perron à peine arrivée, provoquant immédiatement un « Bonne fête à toi ! » chanté par la foule. 

Accompagné de leurs musiciens habituels, le duo Rau_Ze, formé de Rose Perron et Félix Paul, a enflammé la scène grâce à leur énergie et leur complicité contagieuse. Lors de Virer nos vies, Rose a traversé la salle en courant avant d’achever la chanson perchée sur le bar du Quai des Brumes, tandis qu’un énorme mosh pit déchaînait la foule.

Ce samedi soir au Quai des brumes était une soirée sous le thème d’artistes féminines au talent et à la présence impressionnante, une démonstration claire que la scène québécoise n’a rien à envier à personne.

dance-punk / no wave / post-punk

TAVERNE TOUR | Chandra, La Sécurité, The Gories… taverne tour de maître !

par Félicité Couëlle-Brunet

Hier soir, le Taverne Tour a offert une soirée riche en contrastes, oscillant entre post-punk, dance-punk et garage rock brut. Avec Chandra, La Sécurité et The Gories, chaque performance a marqué les esprits par son énergie singulière et son ambiance électrisante.
Chandra a ouvert la soirée avec un set hypnotique, porté par son mélange unique de post-punk et de no wave. À seulement 12 ans, elle enregistrait déjà des morceaux influencés par ESG et Talking Heads, et son passage au Taverne Tour prouvait que son univers était toujours aussi captivant après tant d’années de service. Sur scène, elle dégageait une aura quasi mystique, sa voix oscillant entre chant parlé et envolées mélodiques. Ses synthés répétitifs et ses rythmes mécaniques créaient une transe envoûtante, accentuée par sa présence charismatique et sa chevelure rose éclatante, comme une icône d’un autre temps transportée dans le présent.
La Sécurité a pris le relais avec une explosion de dance-punk frénétique. Le groupe fusionne les rythmes nerveux du post-punk avec des grooves dansants et une énergie euphorique, rappelant des groupes comme Le Tigre ou Bodega. Dès le début, la chanteuse Ramona a instauré une ambiance complice en lançant un enthousiaste « Let’s go Kenny » à son batteur, déclenchant un set ultra-dynamique.
Son attitude exubérante et son chant scandé donnaient une urgence jubilatoire à chaque morceau. La bassiste, impassible mais magnétique, apportait une profondeur hypnotique aux compositions, tandis que le guitariste jonglait entre riffs tranchants et passages plus chaotiques. Kenny, à la batterie, semblait être le moteur du groupe, frappant avec une intensité qui ne laissait aucun répit. Leur performance était un mélange parfait de tension et de plaisir brut, transformant la salle en une piste de danse frénétique.
Enfin, The Gories ont conclu la soirée avec un set de garage rock primitif et sauvage. Formé à la fin des années 80, le trio de Détroit reste fidèle à une esthétique minimaliste et brute, inspirée du blues et du rock’n’roll des années 60. Sans basse, seulement deux guitares crues et une batterie martelée sans concession, ils ont réveillé l’instinct punk du public. Leur retour à Montréal après dix ans d’absence a déclenché un raz-de-marée d’énergie, avec des moshpits furieux dès les premières notes. Leur son lo-fi et leur attitude désinvolte donnaient l’impression d’assister à un concert clandestin dans un sous-sol moite, où la sueur et le chaos sont les seuls mots d’ordre.
De la transe post-punk de Chandra à l’euphorie dance-punk de La Sécurité, en passant par la furie garage de The Gories, cette soirée du Taverne Tour a prouvé une fois de plus que la scène indépendante est plus vibrante que jamais.

Crédit photo La Sécurité: Camille Gladu Drouin

chanson keb franco / indie folk

TAVERNE TOUR | Quand il pleure, il est content… et nous aussi

par Arielle Desgroseillers-Taillon

Dans un 33 Tours bondé, Raphaël Pépin-Tanguay, alias Velours Velours, a offert une performance intime et vibrante interprétant, dans l’ordre, l’intégralité de son dernier album, Quand je pleure, je suis content. La petite scène installée à l’entrée du magasin de vinyles lui laissait à peine assez de place pour sa guitare et lui, capable de maintenir l’atmosphère chaleureuse du concert, un peu comme un gros feu de camp entre amis. 

Dès les premières notes de Corde à linge, le public s’est mis à chanter en chœur les paroles de ce titre de six minutes, laissant un Velours Velours visiblement ému. « J’en reviens pas, je connais pas beaucoup de chansons de six minutes dont le monde connaît les paroles, à part genre Bohemian Rhapsody »,  a-t-il déclaré, les joues rougies par l’émotion. 

Sorti le 31 janvier dernier, son premier album Quand je pleure, je suis content, met devant des textes introspectifs, parfois même déprimants, portés par des mélodies lumineuses. Un projet riche, où se mêlent guitare, violon, batterie, synthétiseur et surtout cette approche chorale qui lui confère une touche délicate, presque féérique. Transposer cette richesse sonore en formule solo n’était pas une mince affaire, mais Velours Velours a brillamment gagné son pari !

Quelques petits accrocs – des paroles échappées et quelques accords manqués – ont ponctué le spectacle, sans entacher la performance de Velours Velours qui, avec son charisme naturel, a su transformer chaque erreur en instant complice avec le public. 

Après avoir exécuté l’album en entier, il a conclu son set avec Je t’aime, chanson la plus populaire de son EP Fauve. Malgré le public qui criait au rappel, le spectacle était bel et bien terminé. Pour revivre ces mélodies indie dans toute leur ampleur, il faudra patienter jusqu’au 1er mars, où l’artiste montera sur la scène de la Sala Rossa, cette fois accompagné de sa chorale et de son équipe de musiciens.

crédit photo: Camille Gladu-Drouin

darkwave

TAVERNE TOUR | The Drin, distraction4ever, anarchie… darkwave

par Arielle Desgroseillers-Taillon

En entrant dans le West Shefford vendredi soir, une chose frappe immédiatement : le public se divise en deux groupes bien distincts. D’un côté, une foule plus âgée, majoritairement masculine. De l’autre, de jeunes adultes d’une vingtaine d’années, surtout des filles adoptant un style darkwave.

Face à cette assemblée éclectique, The Drin monte sur scène, attirant aussitôt la foule plus âgée, qui lève les mains en signe de rock. Ce groupe post-punk venu de Cincinnati, Ohio, impose sa présence avec une attitude inébranlable. Pas un sourire, pas un merci, pas le moindre échange avec le public : c’est leur scène, et fuck le reste. Manteaux, lunettes de soleil et désinvolture s’entremêlent dans une esthétique brute et assumée.

Mais surtout, les six membres du groupe sont là pour prouver qu’ils incarnent un rock garage/post-punk sans concession. Leur son, indéniablement rock, joue sur des arrangements qui cultivent un sentiment d’inconfort, presque freaky. Pour accentuer cette atmosphère trouble, le saxophoniste s’est aventuré dans la foule, affublé de lunettes masquant entièrement ses pupilles, ajoutant une touche inquiétante à la performance.

Après une trentaine de minutes sur scène, le groupe américain cède la place à distraction4ever, duo montréalais post-punk aux influences darkwave. Populaire auprès d’un jeune public, il ne leur faut que quelques secondes pour déclencher une vague de cris enthousiastes. Le chanteur, Beau Geste, impressionne par sa présence scénique et ses expressions faciales totalement captivantes. 

Interprétant plusieurs morceaux de leur dernier album Business core, distraction4ever cultive une esthétique de sad boy, abordant des textes mélancoliques sur une musique électro qui donne paradoxalement envie de se laisser aller. Les paroles sonnent comme une révolte contre les tourments du quotidien. Lors de leur hit City, Beau Geste plonge dans la foule pour participer à un mosh pit déchaîné. Quelques instants plus tard, c’est au tour de Splitshift de poursuivre cette communion sauvage avec le public. Le duo se montre généreux, alimentant l’énergie brute de la soirée.

Bien que chaque groupe ait offert une expérience unique, le West Shefford a vibré sous un même mot d’ordre : l’anarchie. 

TAVERNE TOUR | Prewn en salopette, VioleTT Pi en feu

par Florence Cantin

C’est en salopette de neige et avec huit heures de route dans le corps que Prewn est monté sur scène jeudi soir. Du moins, une fraction du groupe, incarnée par la chanteuse et guitariste du Massachusetts, Izzy Hagerup.

Fraîchement atterrie au Pub Pit Caribou sur Rachel, elle a rapidement su instaurer une ambiance enveloppante, presque ésotérique, qui a aussitôt fait taire le bar. Face à un public vêtu de chandails fluo à l’effigie de VioleTT Pi, Hagerup a gratté sa guitare avec l’assurance d’une artiste qui n’était pas arrivée à l’arrache. Le projet étant plutôt neuf, elle a enchaîné les chansons de son premier et plus récent album Through the Window sorti à l’été 2023.

Comme un feu qui commence à prendre, elle chuchote, puis sa voix s’embrase progressivement en hurlements parfaitement maîtrisés, jamais plaintifs. Son timbre est ardent, marqué par une émotion brute qui semble l’habiter dans ses envolées psychédéliques. On ne perd pas un mot de ce qu’elle nous dit. Ses paroles sont tantôt bouleversantes, tantôt surréalistes et teintées d’humour. 

Si son projet s’adapte parfaitement à une formule solo, guitare électrique et voix, sa prestation promet d’être encore plus transcendante ce samedi en full band à la Sala Rossa.

De la salopette de neige au chandail de Korn, du folk-rock à l’électro-aimant, VioleTT Pi a pris le relais. Le public s’est agglutiné au pied de la scène.

Karl Gagnon, alias VioleTT Pi et ses musiciens se sont produits sous une fluette lumière mauve, au moins c’était devant une foule gagnée d’avance. La scène du pub était mal adaptée pour accueillir un groupe : si l’obscurité convenait à Prewn, elle desservait complètement la performance de VioleTT Pi. Ce sont les aléas d’une scène éphémère de pub. Après avoir menacé l’éclairagiste absent de vandaliser sa voiture avec des pelures de concombre, VioleTT Pi a canalisé sa frustration en énergie.  

Au plaisir de son public loyal, il est allé puiser dans le meilleur de sa discographie. On lui a fourni une bouteille de Chartreuse et un spot lumineux qu’il a posé au sol, insufflant une vitalité nouvelle à la prestation. VioleTT Pi termine avec un closer efficace Six Perroquets Séchés Dans Un Tiroir En Bois, où la salle scandait en chœur, à la manière d’un hymne, « Mange ma marde, mange-marde ». Il a réussi à faire brasser l’avant-scène, malgré les soucis techniques. Fidèle à lui-même, une fois de plus à la hauteur.

TAVERNE TOUR | Par une froide nuit de février

par Loic Minty

Qu’est-ce qui fait sortir tout le monde dans les rues par une froide nuit de février ? Les cigarettes ? La danse ? Quoi qu’il en soit, il y a ce sentiment bouillonnant et fugace que quelque chose est en train de se passer, et que nous sommes en plein dedans.

Il vous porte comme une vague à son cœur – le regard pénétrant de la chanteuse de HRT qui dégringole dans la foule, la voix d’or liquéfié de Michael Karson et le barrage punk de Pressure Pin et de No Wave. Taverne Tour, c’est le buffet à volonté des meilleurs spectacles dont vous ne saviez pas que vous aviez besoin.

La palette est large et riche, avec une culture musicale locale qui fermente entre les bars des rues Saint-Laurent et Saint-Denis. De ces égouts est sorti le mutant Mulchulation II, inondant l’Escogriffe, le trottoir et la rue. Des oiseaux de proie sont sortis du ciel et ont plongé dans la foule. Chaque scène s’entrechoque dans une explosion de chaleur tendue, et si vous écoutez attentivement ces Birds of Prrrey, vous pouvez entendre les chuchotements des habitants de la ville pris dans l’instant.

À La Sotterenea, nous avons ressenti le potentiel inéluctable de la musique électronique trans-femme et queer pour l’expérimentation et l’expression radicale. Puggy Beales a ouvert la soirée avec une confiance brute, le duo montant sur scène armé uniquement de microphones et d’une volonté de faire vibrer la foule. Leurs rythmes inspirés de la house, qui rappellent les débuts de M.I.A., portent des paroles vives comme « work until you die » et leur présence féroce montre clairement qu’il s’agit de bien plus que de la simple musique de danse.

De l’autre côté de la rue, à Casa, Pressure Pin a livré un set très énergique, mélangeant des tempos rapides et des rythmes changeants avec un côté brut et théâtral. No Wave a suivi, électrisant la salle en jouant chaque chanson comme un tube. Entre chaque set, les gens sortaient de la fosse avec de grands sourires et des griffures sur le visage. Pour clore la soirée, Speed Massacre a fait sortir cette vapeur sous pression comme une bouilloire en ébullition et a accroché tout le monde jusqu’à la dernière note.

Avec des salles pleines à craquer, Taverne Tour démontre qu’il ne se contente pas d’organiser des spectacles extraordinaires, mais qu’il les fait aussi contraster et se compléter les uns les autres. Ici, vous pouvez trouver des fans de musique trans-féminine en sueur qui font la queue pour leurs manteaux et des fans de country portant des bottes de cow-boy qui fredonnent encore un jubilé. C’est une recette pour s’amuser, pour l’imprévisibilité qui se développe sur elle-même, ouvrant tous les canaux de la nuit en routes qui s’entrecroisent. Le bruit court qu’il y a une compétition de danse dans la rue, et la soirée continue, rebondissant sur l’énergie dont cette ville a tant besoin par une froide nuit de février.

TAVERNE TOUR | HRT + God’s Mom

par Will Misha Nye

Le moshing est un moyen efficace de se réchauffer lorsqu’il fait -15 dehors. Lorsque HRT est monté sur scène, La Sotterenea s’est animée. Composé de Kirby au chant et d’Ana à la programmation, leur marque de « transgirl electronic body music » a arraché tous les gens qui se cachaient dans les coins et les a poussés dans le mélange. Avec des voix urgentes qui s’échappent des profondeurs des rythmes industriels lourds, les incursions de Kirby dans la foule n’ont fait qu’augmenter l’énergie.

God’s Mom à La Sotterenea ressemblait à un rituel, à un moment de culte collectif. Voix grandiose et obsédante. Des instrumentations lancinantes et clubby. Le tout encadré par Bria Salmena qui, parée d’une cotte de mailles et de latex, était la présence magnétique qui menait le sermon. Salmena affirme que le groupe torontois n’est pas « de l’hédonisme pour le plaisir de l’hédonisme, c’est une prise de conscience ». Montréal est là pour ça.

TAVERNE TOUR | Un jeudi soir sur Saint-Laurent

par Alain Brunet

Voila la balade du jeudi soir au Taverne Tour, section boulevard Saint-Laurent. Suivez-nous!

Rosario Caméléon, c’est aussi Yan Villeneuve, un comédien qui s’est créé un personnage de scène, quelque part entre la performance, la variété, l’extravagance non binaire et une inclination pour ce qu’il nomme la pop coït, sorte de communion charnelle entre le performer et son public. Il se présente costumé, bottes blanches, moustache et moult taffetas. Il rappe, chantonne, se dandine sous les regards curieux, il peut aussi se mettre à invectiver, s’entoure de projections vidéastes et d’un DG au groove trappy migrant vers la tech-house, salade plutôt inspirée. Voilà un joli divertissement, bien de notre époque.

Nous voilà ensuite dans la coldwave, synthwave… effluves lointaines des années 80 mais aussi l’éclat d’un vernis intemporel. La voix grave de Void Republic s’appuie sur des trames minimales, costaudes et bianires, assorties de staccato. Comme la tarte tatin et le pouding chômeur, la façon de faire est éprouvée. On n’en transforme qu’en y greffant de minuscules détails, vu les avancées technologiques, vu la prise de son, la manière de se présenter et de poser sa voix sur les trames.

On quitte le Ministère en ce jeudi enneigé, on marche un coin de rue sur le blanc, on monte des escaliers, Wombo s’exécute à la Sala Rossa. On dit de ce trio from Louisville/Kentucky (la ville de Mohamed Ali), qu’il est « stylistiquement ambitieux » par ses ponctions de pop, noise rock, psychédélisme, funk, lo-fi. La voix ténue de la bassiste et soliste Sydney Chadwick rappelle l’organe de Laetitia Sadier et la facture générale s’inscrit dans le sillon des groupes lo-fi à la Pavement. Encore là, rien de mémorable, exécution un peu mince, et … effectivement ambitieux sur le plan stylistique. Il fallait migrer au sous-sol et se prendre quelques baffes de Wesleys, un groupe à peine sorti de la puberté et qui connaît bien son histoire garage et proto-punk. Il y a du loureedisme là-dessous. Étonnante dégaine, étonnantes moues, étonnante nochalance, solide exécution. On aime The Wesleys!

classique moderne / classique occidental

Des échos d’Afrique qui résonnent bien

par Frédéric Cardin

Hier soir avait lieu le concert Échos lointains d’Afrique de l’Orchestre classique de Montréal, avec la soprano Suzanne Taffot. Au programme de cette soirée sous la direction musicale de Kalena Bovell, cheffe états-unienne originaire du Panama, des oeuvres de compositeurs afro descendants : le britannique Samuel Coleridge-Taylor, les États-uniens George Walker et William Grant Still, le Québécois David Bontemps et quelques spirituals issus du Sud.

Le plat principal de la soirée était la création du cycle de mélodies de David Bontemps, Le deuil des roses qui s’effeuillent. Ce titre évocateur provient de la plume du poète et auteur haïtien Jacques Roumain, dont nous commémorions le 80e anniversaire de décès en 2024. En neuf textes bellement mis en musique par Bontemps, la soprano Suzanne Taffot a donné vie à des paysages subtils et chaleureux, parfois mélancoliques, dans une langue musicale bien trempée dans les racines stylistiques du petit pays antillais. Lignes sinueuses, rythmes chaloupés, syncopés, mais dans une architecture sonore légère, sobrement déployée. Bontemps, en rendant ce bel hommage à ses propres racines haïtiennes, a par le fait même confirmé son statut d’étoile montante de la composition moderne québécoise. Nous aurions, cela dit, apprécié que les textes soient projetés sur le large mur vide derrière l’orchestre, afin de bien s’imprégner de toute la beauté de cette poésie inspirante, l’écriture vocale ne permettant pas toujours aux mots de s’épanouir avec toute la clarté potentielle. La voix de Suzanne Taffot est belle, avec un registre étendu qui démontre une aisance naturelle dans toutes les hauteurs. 

REGARDEZ L’ENTREVUE AVEC SUZANNE TAFFOT, À PROPOS DE CE CONCERT

Jolies Novelletten de Coleridge-Taylor, compositeur romantique britannique d’origine sierra-leonaise et très agréables Danzas de Panama de William Grant Still, avec leurs mélodies toutes simples mais traitées avec un sobre raffinement. C’est Lyric for Strings de George Walker qui a peut-être le plus impressionné, grâce à son pathos retenu, construit avec élégance. Une sorte d’Adagio de Barber, plus économe sur les affects. 

Quelques moments de pure grâce vocale ont complétés la soirée quand Suzanne Taffot est revenue sur scène pour interpréter quatre spirituals, chaleureusement arrangés par Moses Hogan et Hugo Bégin. Le public a été conquis, si ce n’était déjà fait, par ces Deep River, Give Me Jesus, Sometimes I Feel Like A Motherless Child et He’s Got the Whole World in His Hands.

Kalena Bovell a mené l’ensemble avec un investissement sincère, dans une direction mêlant précision et suggestivité émotionnelle. 

Soirée pleinement réussie devant une salle Pierre-Mercure comble (ce qui devrait suffire à remettre en question certaines affirmations qui critiquent les programmations basées sur la diversité en musique classique).

Soccer Mommy : fleurs et cohérence

par Stephan Boissonneault

La dernière fois que nous avons vu Soccer Mommy à Montréal, c’était sous la chaleur étouffante d’Osheaga 2023, et maintenant elle joue au Théâtre Beanfield en plein hiver. Et pour être tout à fait honnête, les deux sets sont assez similaires. Sophia Allison, alias Soccer Mommy, n’est rien d’autre que cohérente avec son indie rock rêveur. Sa voix est fumeuse comme du velours, son groupe est très soudé et sait choisir ses moments de gloire.

La plus grande différence entre ce set et celui d’Osheaga est la configuration de la scène ; celle de ce soir a des bouquets de fleurs et une toile de fond visuelle sous la forme d’une toile peinte et d’une couronne de fleurs avec des vidéos qui passent entre les chansons. C’est peut-être ça et le volume ; le spectacle n’est pas aussi rouge que celui d’Osheaga, ce qui est bienvenu pour ce dimanche de farniente. La vidéo en arrière-plan est assez abstraite mais se concentre généralement sur différentes sortes de fleurs, vibrantes et monotones, alors que Soccer Mommy chante ses chansons de confession, de mal d’amour et d’errance sans repos.

Cette fois, Soccer Mommy assure la promotion de son dernier album, Evergreen, qui est, une fois de plus, assez similaire au précédent, Sometimes, Forever. À quelques nuances près, les chansons sonnent presque de la même manière, y compris dans le mixage du disque. Le spectacle est bon, mais après quatre ou cinq chansons, on comprend l’essentiel et l’ambiance. Nous avons droit à quelques moments réservés pour le live, comme le solo de flûte qui ajoute un sentiment baroque à la chanson « Some Sunny Day », et le solo de triple guitare dans « Thinking of You ». Si Soccer Mommy veut vraiment se démarquer des autres groupes de rock indie de filles tristes, elle devrait peut-être changer complètement de son ou travailler sa présence sur scène. Cela, ou peut-être se perdre dans la masse. Pour l’instant, si vous l’avez vue une fois, vous l’avez vue.

Photos de Julia Mela

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