Le coup d’envoi d’une saison de l’OSM est l’occasion d’en mettre plein la vue et les oreilles. Le choix de l’œuvre centrale au programme doit être grandiose et implique souvent un choeur et des solistes en plus de sa partie orchestrale. Voilà qui justifie le choix de La damnation de Faust, légende dramatique OP.24 de 136 minutes, composée et écrite par Hector Berlioz, au milieu du 19e siècle et créée en 1846 sous la baguette de son compositeur.
Immense choeur derrière l’OSM (Chœur de l’OSM et Petits Chanteurs de Laval dirigés respectivement par Andrew Megill et Philippe Ostiguy), quatre solistes, le chef, Rafael Payare. Effet mammouth, vous vous en doutez bien. Déjà, l’exécution d’un tel oratorio pour solistes, différents chœurs et orchestre symphonique est une opération colossale, très coûteuse. Inutile d’ajouter que l’OSM a mis toute la gomme à ce titre.
Que choisir alors? Le répertoire d’œuvres propices un tel déploiement est relativement limité, et ces œuvres ne sont pas d’égale valeur. Ainsi, le choix s’est arrêté sur la Damnation de Faust, dont la légende ancienne fut reprise par Goethe et ensuite déclinée musicalemet par Schubert, Schumann, Spohr, Wagner, Boito, Gounod, Liszt, Mahler. Bien de son époque, Berlioz n’y avait pas fait exception et nous en avons eu la démonstration musclée ce mercredi à la Maison symphonique.
Déclinée en 20 tableaux regroupés en quatre partie distinctes et d’un entracte au milieu de l’exécution, cette œuvre a la prétention de son instrumentation, de son faste et de sa longueur. On peut comprendre cette ambition à l’époque où les compositeurs cherchaient à atteindre le spectacle total. En 2025? Il est convenu de croire que cette œuvre fasse partie du grand répertoire, mais on peut quand même se formaliser sur la désuétude de son livret, du caractère pompeux et suranné de cette écriture opératique française, jadis admirée. Quant à la trame dramatique, l’histoire du médecin Faust ayant vendu son âme au démon, un thème qui remonte à la nuit des temps, la version de Berlioz est plus qu’ambitieuse.
L’exécution de l’OSM m’a ici semblé rigoureuse et fervente, toujours au service du chant des choeurs et des solistes – le ténor Andrew Staples campe le rôle de Faust, la mezzo-soprano Karen Cargill se transforme en Marguerite (l’épouse), le baryton-basse Willard White incarne Méphistophélès (le diable), le baryton-basse joue Brander. Quiconque connaît bien la langue française aura remarqué l’accent prononcé des solistes qui, normalement, ont été formés à bien maîtriser le français du 19e siècle puisqu’il est utilisé dans une part importante du répertoire lyrique. On peut s’en formaliser… personnellement, je me formalisais davantage du caractère ampoulé du texte mais bon, à chacun ses ampoules!
Quant aux performances vocales, on observe que la puissance du soliste principal n’est pas la plus grande et qu’un tel exercice exige les services d’un ténor plus aguerri dans les hautes fréquences pour ainsi surplomber l’orchestre. On peut dire aussi que le grain de voix de la mezzo-soprano est absolument magnifique mais que la puissance nécessaire à cet oratorio n’est pas toujours au rendez-vous. Et on applaudira la préparation exemplaire des chœurs, dont l’effet combiné est plus que saisissant.
Et c’est précisément l’effet wow de ce programme, le premier de la programmation 2025-2026.
Crédit photo: Antoie Saito
Artistes
Rafael Payare, chef d’orchestre
Karen Cargill, mezzo-soprano (Marguerite)
Andrew Staples, ténor (Faust)
Sir Willard White, baryton (Méphistophélès)
Ashley Riches, basse-baryton (Brander)
Chœur de l’OSM
Andrew Megill, chef de chœur
Petits Chanteurs de Laval, chœur
Philippe Ostiguy, chef de chœur
Œuvre
Hector Berlioz, La damnation de Faust, op. 24 (136 min)
Entracte (20 min)























