expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | Lovemusic, entrechoquements des corps et des sons

par Jeremy Fortin

Jeudi, le collectif Lovemusic présentait à la Chapelle scène contemporaine, Protest of the physical. Un concert audacieux où la rencontre entre le corps et la musique est au centre des questionnements. Résultat? Un programme diversifié exécuté avec une grande sensibilité par les membres du collectif qui toutefois rate parfois la cible.

Le concert démarre sur In die Ferne, dem Berg zu de la compositrice allemande Annette Schlünz et la chorégraphe Anne-Hélène Kutujonsky. À mon sens l’une de ses réussites du concert, la pièce débute avec les musiciens qui laissent tomber une poignée de cailloux au sol. Cette relation entre les cailloux et les musiciens est certes ambiguë, mais ceux-ci ont une certaine importance pour les interprètes. Une fois qu’ils ont rejoint leurs instruments, les artistes du groupe s’entremêlent sur la scène, continuant de souffler comme si leur instrument faisait partie d’eux et que leur respiration en émanait. 

La pièce conclut comme elle a commencé la guitare, dictant à l’aide de glissando les mouvements des interprètes, qui sont, eux, à la recherche de leurs pierres si précieuses.

Hands, Drum—Three Bones du compositeur Nik Bohnenberger poursuit le concert. Une pièce se voulant participative avec le public qui doit effectuer les mouvements affichés à l’écran dans le but d’altérer leur propre écoute de la pièce. Si certains effets n’impactent pas l’écoute en tant que telle, le plus gros problème surgissait dans l’attention portée aux musiciens durant la pièce, soit très peu. Étant constamment sollicité à l’écran, l’auditeur doit donc faire le choix entre écouter la pièce ou suivre les consignes affichées à l’écran.

Seed, la pièce de la compositrice Bethany Younge, est certainement intéressante  sur le plan conceptuel. Mettant en scène les musiciens qui semblent aliénés par leur instrument, nous pouvons sentir la tension que ceux-ci partagent avec leur instrument. L’aspect musical se développe donc dans cette même lignée, où ce qui est joué provient du mouvement même de ces corps sur scène qui résiste à leurs instruments.

Inferno, du compositeur Helmut Oehring, conclut le concert. Mélangeant musique et langue des signes, la pièce est une vraie claque au visage. Alors que la violoncelliste entame la pièce en frottant sur ses cordes en parallèle avec la bande sonore, un crescendo s’installe jusqu’à ce que la violoncelliste se déchaîne sur son instrument tout en poussant une série de cris. Lorsque les autres musiciens se joignent, la pièce subit une chute qui entame la deuxième section, entièrement en langue des signes, Une troisième section, mélangeant percussions corporelles et jeu instrumental, arrive à son apogée alors que tous les quatre jouent au maximum de leurs capacités réintroduisant à la clarinette cette fois-ci les cris de désespoir vu plus tôt.

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