Pays : Label : Genres et styles : pop / pop de chambre / synth-pop Année : 2026

Harry Styles – Kiss All the Time. Disco, Occasionally 

· par Alain Brunet

Que nous reste-t-il à faire en cette époque trouble où nos repères sont pulvérisés quotidiennement, un à un? Danser.  C’est, du moins ce que suggère Harry Styles, que je suis bien malgré moi depuis ses débuts en 2010 – ma cadette préadolescente était alors une fan finie de One Direction, dont les tubes (archi prévisibles) de boys band avaient alors envahi salon, cuisine, chambre d’enfant, voiture et plus encore. 

Cette submersion pop, plutôt casse-couilles en ce qui me concernait, m’avait néanmoins mené à observer que le jeune Harry se démarquait de ses collègues pour sa plus grande créativité et son désir de faire valoir une réelle singularité artistique. Un peu comme l’avait fait précédemment Justin Timberlake, après s’être imposé au sien de NSYNC.

Jamais assez, cependant, pour faire la différence entre une pop star plus raffinée et un authentique agent de changement. Bien entendu, on ne cherche que rarement la pop de création sur ce terrain de jeu réservé à quelques protagonistes multimillionnaires dont les effets spéciaux, l’immersion audiovisuelle et la confection de l’image représentent les véritables enjeux créatifs.

Le nouvel album, Kiss All the Time. Disco, Occasionally, ne change pas la donne : le beau gosse aux allures à peine queer ne fait strictement d’exceptionnel ici. On ne s’étonne pas des évaluations faibles ou très moyennes du Guardian, de Pitchfork ou du New York Times, autour de 60%, pendant que La Presse de MTL reste prosternée à 90%. Que penser de tout ça?

Ce n’est pas un mauvais album, entendons-nous bien. Un album vaguement destiné au plancher de danse, un album qui flirte avec les référents dance-pop, dance-punk, synth-pop, pop-funk ou carrément pop, le tout peaufiné efficacement par les réalisateurs Kid Harpoon et Tyler Johnson, avec qui Harry Styles évolue depuis un bon moment déjà.

La batterie (réelle ou de synthèse) joue un rôle central dans plusieurs des pièces au programme. Harry Styles fait aussi dans la ballade avec orchesrre Coming Up Roses (merci, Jules Buckley) dans la ballade folk de chambre Paint By Numbers. 

Le propos reste assez proche de l’observation générale et privée, du respect envers maman  aux copines américaines des potes. Sans engagement profond, sans déclarations choc, sans éclair de créativité poétique, somme toute sans rien de très spécial.

Les supporters de Harry Styles rétorqueront que cet album représente un effort de rester soi-même, au-dessus de la mêlée, imperméable aux pressions immobilistes des fans ou aux commentaires des gérants d’estrade. Si ça peut leur faire plaisir, ben oui Harry Styles affiche une certaine indépendance d’esprit. Il fait bien son travail et ce parti-pris pour la chanson dansante sera le prétexte à une immense disco d’aréna pour des centaines de milliers de dévots qui paieront évidemment des fortunes pour être là et ne jamais le regretter.

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