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La fièvre du mardi soir

par Alain Brunet

Commençons par la fin : A Fifth of Beethoven est un instrumental disco enregistré par Walter Murphy et le Big Apple Band, adaptation du premier mouvement de la Symphonie n° 5 de Ludwig van Beethoven. L’exécution de la fameuse 5e  et son dramatique TA-TA-TA-TAAAAAAA fut le plat de résistance et sa fantaisie dance music, qu’on peut toujours  écouter sur le célébrissime Naturday Night Fever Soundtrack, en fut le dessert.  Dans le cas qui nous occupe, c’était plutôt la fièvre du mardi soir !

Légèrement vêtu, shorts, t-shirt, baskets, tatouages bien en vue sur le mollet et l’épaule, le maestro Yannick Nézet-Séguin avait alors revêtu une camisole encore plus moulante, se trémoussant avec sa baguette au grand plaisir du vaste public devenu à sa rencontre, dans un contexte météorologique tout simplement parfait. 

Du côté de la Ville de Montréal, on affirme que 50 000 personnes ont assisté à cet événement gratuit,  premier rendez-vous fixé au pied du Mont-Royal depuis 2019 pour les raisons que l’on sait. L’Orchestre Métropolitain se produit sur le Mont-Royal depuis des lustres, attirant des foules de plus en plus considérables vu sa popularité et celle de son chef, star internationale parmi les maestros de sa génération. 

Bien sûr, nous n’étions pas là pour une acoustique idéale (quoique très réussi dans le contexte) , mais bien pour un événement populaire bien mené. L’animatrice  Pénélope McQuade aura chauffé la salle et a conclu cette soirée crépusculaire dans la verdure, ébahie par la relecture disco de Beethoven. La version au programme était d’ailleurs plus considérable que celle du tube studio, vu les effectifs orchestraux en présence.  Bon, la section rythmique était un peu mince mais l’esprit de l’adaptation fut respecté à souhait, bien assez pour soulever la foule.

Juste avant, les quatre mouvements de l’archi connue Symphonie du Destin avaient été applaudis un à un par une portion congrue du public, peu habitué aux pratiques mélomanes pendant les exécutions des œuvres comportant plusieurs parties distinctes. L’exécution de la 5e de Beethoven fut  néanmoins très dynamique, tonifiante et contrastée, jouée dans un esprit similaire à celui de la Chamber Orchestra of Europe (qui n’est pas exactement un orchestre de chambre) dirigée par YNS pour un enregistrement récent chez Deutsche Grammophon – Beethoven :The Symphonies. Voilà une excellente stratégie du directeur artistique de l’OM dans un. L’exécution seule de la 5e aurait été sympathique et très prévisible (la symphonie la plus connue sur Terre?),  l’explosion du mouvement disco au rappel en justifie parfaitement le choix.

Deux œuvres au programme avaient été composées par des talents locaux ou canadiens. D’origine russe, le compositeur post-romantique Airat Ichmouratov, fier Montréalais d’adoption, était présent pour savourer l’interprétation d’un extrait de son Ouverture ville cosmopolite, composée une décennie plus tôt et dont l’objet était de faire état de la diversité de nos cultures métropolitaines au sein d’une même œuvre, rigodons symphoniques en prime. 

Après quoi on eut droit à deux mouvements de la 3e symphonie de la pionnière Louise Farrenc, rarissime compositrice connue du 19e siècle ayant atteint cette haute expertise dans l’art de marier les sons.
Enfin, on a pu contempler les évocations symphoniques de la nature boréale, un concept de Barbara Assiginaak, excellente compositrice de la nation Odawa. Aussi longtemps que la rivière coule se veut une œuvre horizontale, contemplative, très organique. Quiconque a fréquenté nos forêts, nos lacs et nos rivières pouvait s’y retrouver, la profonde sensibilité autochtone pour la nature est ici au service d’une musique contemporaine parfaitement concluante. Savourer cette oeuvre au Mont-Royal et sa canopée, était un pur délice.

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