Chant pour un Québec lointain à la Salle Bourgie – Hommage aux racines et à une artiste disparue trop soudainement

par Rédaction PAN M 360

Mercredi soir, la Salle Bourgie a offert un bel hommage à une compositrice remarquable qui aurait aimé assister à la création de son œuvre. Rachel Laurin, décédée le 13 août dernier, aurait dû être la première compositrice en résidence à Bourgie, mais la vie en aura voulu autrement.

C’est entre les mains du pianiste Olivier Godin et du baryton Marc Boucher que revient la tâche de présenter à sa juste valeur le Chant pour un Québec lointain, un cycle en trois parties et quatorze chansons basé sur la poésie de Madeleine Gagnon, publiée en 1991. Étant une création presque totale (le premier cycle ayant déjà été joué), on peut éviter les débats incessants et la subjectivité des attentes face à l’interprétation. Il va falloir prendre cette interprétation telle qu’elle est, et c’est ce qui compte.

Le Chant pour un Québec lointain apparaît fortement ancré dans une tradition française du récital avec piano et voix, ou encore du lieder tel qu’on peut le retrouver chez Schubert. À plusieurs moments, on peut faire des parallèles avec des œuvres issues de ce répertoire. Par exemple, les premiers poèmes évoquent le voyage à travers les paysages du Québec sauvage, et le mélange de mélancolie, d’optimisme prudent et de références à la mort (le dernier mouvement du premier cycle se présente comme une marche funèbre à certains moments) évoque parfois le Winterreise. Les poèmes en prose, ainsi que les riches harmonies et sonorités rappellent un peu les Histoires naturelles de Ravel, notamment avec une liberté assumée dans la construction des mélodies. On note toutefois une forme solide qui se veut accessible et claire. On retrouve avec amusement certains airs, surtout dans les parties plus dansantes, qui semblent provenir de la musique populaire ou traditionnelle. On sort toutefois difficilement de la tradition française et on regrette le manque d’un sentiment réellement « québécois », au-delà des références et du contenu des poèmes. 

Le cycle se métamorphose au fur et à mesure qu’il progresse. Il débute en dépeignant les paysages sublimes mais rudes du territoire, mais va terminer en illustrant non plus les paysages, mais plutôt les valeurs fondamentales des québécois d’antan, ou leurs réalités changeantes au fil des saisons. Le narrateur semble en équilibre entre le regard sur le passé et sur le futur. Il s’agit également d’un cycle de contrastes, tant dans la musique que dans les paroles. Souvent, on débute un poème dans un ton grave et sévère, puis on passe à un ton plus léger, presque soudainement, et vice versa. Encore une fois, on se retrouve en équilibre, cette fois-ci entre les thèmes de l’espoir, ou encore de la beauté, et le thème de la mort, ou de la solitude. 

L’interprétation par Marc Boucher et Olivier Godin était exemplaire. Les poèmes n’étant pas toujours adaptés au chant, on note l’agilité et la force avec laquelle le baryton a fait vivre la partition. Sa voix claire et puissante pour son registre se prêtait au caractère majestueux de nombreux vers. Le piano était tout aussi bon, avec une partition qui n’avait pas l’air simple, remplie de motifs rapides et d’harmonies flottantes. La musique étant littéraire et proche du texte, on sentait les deux musiciens en profonde communion, avec le piano qui continuait souvent les lignes mélodiques de la voix. La Salle Bourgie étant superbement adaptée à ce format de concert, les conditions étaient parfaites.

Le concert n’était pas parfait, mais a su conquérir le public. Ce dernier, plus clairsemé que la veille, a entendu une œuvre spéciale qui mérite d’être entendu plus souvent. C’est un bel hommage aux racines québécoises et aux sacrifices des générations précédentes, et sa présentation par la Salle Bourgie est tout aussi significatif pour honorer la vie de Rachel Laurin et de ses œuvres. C’est avec plaisir que nous garderons un œil sur ses autres œuvres au programme.

Pour plus d’informations sur les autres concerts dédiés à la mémoire de Rachel Laurin, visitez la page sur le site de la Salle Bourgie.

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