Avec Gracias, Shimita El Diego remercie la vie!

Entrevue réalisée par Sandra Gasana
Genres et styles : Afrique / rumba congolaise / soukouss

renseignements supplémentaires

Après plus de 40 ans dans le milieu de la musique, Shimita El Diego revient avec un nouvel album, Gracias, qu’il dévoilera lors d’un concert au mythique Club Balattou. Et ce « merci », il l’adresse à la vie, à Dieu, à l’univers qui lui permet de faire ce métier encore aujourd’hui. Fervent disciple de Tabu Ley, ce monument de la musique congolaise, Shimita a contribué à populariser le soukous en cofondant le groupe Soukous Stars. Cela a marqué le début d’une carrière nationale et internationale fulgurante. Aujourd’hui, il est encore animé par la même passion pour la musique et refuse de parler de « passeur » pour la jeune génération. En effet, il se considère comme un éternel étudiant. Notre journaliste Sandra Gasana a pu échanger avec Shimita quelques heures après son arrivée dans la métropole, alors qu’il se prépare à enflammer le Balattou le samedi 26 septembre.

PANM360 : Bienvenue à Montréal. Pour ceux qui ne vous connaissent pas ou qui ne connaissent pas votre riche parcours, présentez-vous à nous. Qui est Shimita El Diego ?

Shimita El Diego : Shimita El Diego est Congolais, de Kinshasa, auteur-compositeur-chanteur, chorégraphe en même temps. J’ai une quarantaine d’années dans la musique.

PANM360 : Nous sommes là pour parler de votre nouvel album Gracias. Pourquoi Gracias, et à qui vous dîtes merci dans cet album ?

Shimita El Diego : Gracias veut dire merci en espagnol. Je dis merci à Dieu, à l’univers pour m’avoir gardé jusqu’à ce jour. Pour m’avoir tout donné. Bon pas tout, mais ce que j’ai, ça me suffit, surtout le souffle de vie que j’ai jusqu’à ce jour. Je continue toujours à faire de la musique. Pour ça, je dis Dieu merci !

PANM360 : Même votre nom de scène : El Diego, on dirait un nom latino-américain. Comment vous avez choisi ce nom ?

Shimita El Diego : Mon nom de famille c’est Lukombo Nzambe. Lukombo veut dire « celui qui vient après les jumeaux ». Chez nous, quand on a des jumeaux, c’est quelque chose de sacré. Celui qui suit les jumeaux s’appelle Landu, et celui qui vient après s’appelle Lukombo. Mon nom est Lukombo Nzambe, c’est-à-dire Lukombo de Dieu. Donc le « El » de El Diego, c’est pour Lukombo phonétiquement.

PANM360 : Après ces décennies de carrière, qu’est-ce qui vous a donné envie de retourner en studio ?

Shimita El Diego : Moi je dirais que quand tu as la musique dans la peau, c’est difficile de laisser. Je suis né musicien, je suis heureux seulement quand je chante, quand je suis en studio. Et je commence sur le coup. Juste en vous regardant comme ça, je peux composer une chanson sur vous. Je suis toujours inspiré. Ce qui me pousse à ne pas laisser, j’ai la musique dans le sang. Raison pour laquelle je ne laisserai pas, peut-être jusqu’à la fin de mes jours. Et si je ne veux plus chanter, je vais essayer de faire du business dans la musique toujours. Aider les jeunes à faire de la production.

PANM360 : Pour cet album, est-ce que vous avez changé votre processus de création ou vous avez gardé la même formule ?

Shimita El Diego : Vous allez écouter l’album mais depuis que je fais des disques, depuis que je suis musicien, cette fois-ci je me suis donné à fond la caisse pour cet album. Il y a des rythmes qui ont un peu changé mais ça groove, ça donne envie de danser, envie de chanter.

PANM360 : Si on retourne à vos sources, vous avez souvent mentionné Tabu Ley ou encore Joseph Kabasele comme des personnes qui vous ont inspiré. Qu’est-ce que vous avez retenu de ces artistes ?

Shimita El Diego : D’abord la voix, la façon de composer. Tabu Ley, c’est mon pygmalion, mon modèle. Tout ce qu’on fait, c’est du Tabu Ley. Tabu Ley a appris chez Kale et moi j’ai appris chez Tabu Ley. Tout ce que les gens font, tous les chanteurs, même les jeunes, si tu écoutes bien, il y a du Tabu Ley dans leur voix. Il est le seul chanteur qui m’inspire jusqu’à présent.

PANM360 : Vous avez fait partie du Grand Zaïko.

Shimita El Diego : Il y a un des musiciens qui était cofondateur de Zaïko et qui était parti faire son groupe Grand Zaïko et moi j’ai fait partie du groupe. J’avais fait un album qui a beaucoup marché. C’est le Grand Zaïko qui m’a propulsé au niveau mondial, après le Soukous.

PANM360 : Justement, vous êtes un des membres fondateurs de Soukous Stars. Comment est née cette aventure ?

Shimita El Diego : Soukous Stars est arrivé en 1988 ou 1989, quand je m’étais décidé à aller en France pour faire mon album solo. Et c’est là que j’ai rencontré le producteur Sylla qui m’a présenté des musiciens. Quand on faisait l’enregistrement, l’idée est venue de former un groupe, on était tous talentueux. Il fallait qu’on forme un groupe. C’est là qu’on a décidé de former Soukous Stars.

PANM360 : Est-ce que vous étiez conscients à ce moment-là que ça allait dépasser les frontières du Congo ?

Shimita El Diego : Non vraiment. Parce que la musique est drôle parfois. Comme là, je viens de faire 12 titres avec Gracias, et personnellement je sais que j’ai deux titres qui vont cartonner mondialement. Mais peut-être que ce n’est pas le cas. C’est comme pour le groupe Soukous Stars, on n’avait même pas l’idée de ça, on faisait des concerts en Afrique, en Europe et ça a cartonné. Dieu merci.

PANM360 : Quelles sont les deux chansons qui vont cartonner dans l’album Gracias ?

Shimita El Diego : « Enjoy » et « Peace and Love ».

PANM360: C’est vrai que vous chantez en anglais, en français, en lingala ?

Shimita El Diego : Oui, français, anglais, lingala, kikongo, un peu d’espagnol et un peu de swahili.

PANM360 : Pourquoi avoir choisi Montréal pour lancer votre album ? Quel est votre lien avec Montréal ?

Shimita El Diego : Quand on était avec le groupe Soukous, on venait ici très souvent. Je me souviens que Lamine Touré connaissait Sylla, et c’est Touré qui nous faisait venir ici. Et on a sympathisé, on est devenus comme des frères. Et à chaque fois qu’on venait ici, on jouait au Balattou. Et puis quand ils m’ont annoncé qu’ils avaient une maison de distribution, je me suis dit qu’il fallait que j’essaye avec eux. Je me suis dit que j’allais travailler avec mon frère africain et voir ce que ça va donner. Et surtout qu’il est entouré de personnes qui sont douées dans la distribution, qui sont bien structurés. J’ai réalisé mon album moi-même avec ma maison de productions, j’ai produit toutes les vidéos et les Disques Nuits d’Afrique, c’est seulement la distribution. Il fallait laisser ça à ceux qui connaissent bien l’affaire.

PANM360 : Vous parliez d’aider les prochaines générations. Est-ce que vous vous considérez comme un passeur pour la nouvelle génération d’artistes ?

Shimita El Diego : Je ne crois pas, je suis toujours un étudiant. J’étudie toujours. Même Michael Jackson apprenait toujours, même s’il était le King of Pop. Moi aussi, j’apprends toujours. Y a des nouveaux sons qui sortent, je ne suis pas passeur. Même les jeunes qui font des bonnes choses, parfois j’écoute et je me dis je vais copier.

PANM360 : Qu’est-ce que les jeunes doivent absolument préserver de la rumba congolaise et le soukous ?

Shimita El Diego : L’originalité. Ils peuvent changer le son et tout mais il faut garder l’originalité. Surtout pour la rumba. Papa Wemba le disait, il faut qu’il y ait la guitare pour la rumba et même pour le soukous. C’est ça qui fait danser, c’est ça qui fait la différence. Sans la guitare, ce n’est plus de la rumba. Ça devient de la musique urbaine, ou quelque chose du genre. Nous avons notre façon de jouer qui est un peu spéciale.

PANM360 : Pour samedi soir au Club Balattou, dans quel état d’esprit les personnes doivent arriver ?

Shimita El Diego: L’esprit d’ambiance. Il faut qu’ils viennent de chez eux en se disant qu’ils viennent pour danser, et non pour regarder. Je veux que tout le monde s’imprègne du rythme qu’on va jouer. Je veux que tout le monde bouge. Il faut qu’ils préparent les chaussures parce qu’ils vont danser.

PANM360 : Est-ce que vous venez avec tous vos musiciens habituels ?

Shimita El Diego : Non, le groupe est sur place ici, c’est le groupe de Blaise Labamba. Mais on a fait venir quelques musiciens, comme les solistes et une chanteuse qui sera là.

PANM360 : Bon lancement ! Bon concert demain et félicitations pour cet album. Et merci pour votre temps. Bienvenue à Montréal!

Shimita El Diego : Merci beaucoup.

Tout le contenu 360

Palais Montcalm | Joep Beving, d’abord l’imagination et la réflexion

Palais Montcalm | Joep Beving, d’abord l’imagination et la réflexion

MUZ 2026 | Jour 3 : Dernière escale musicale entre Méditerranée, Amériques et Afrique

MUZ 2026 | Jour 3 : Dernière escale musicale entre Méditerranée, Amériques et Afrique

SAT / Making Time | Olof Dreijer, au-delà de The Knife… le bâton, le tambour, l’immersion

SAT / Making Time | Olof Dreijer, au-delà de The Knife… le bâton, le tambour, l’immersion

MUZ 2026 | Jour 2: De l’inanga à la trompette, en passant par le slam

MUZ 2026 | Jour 2: De l’inanga à la trompette, en passant par le slam

QMP 2026 | Quatuor Bozzini joue les quatuors d’un pilier du jazz d’avant-garde : George Lewis

QMP 2026 | Quatuor Bozzini joue les quatuors d’un pilier du jazz d’avant-garde : George Lewis

Palais Montcalm | Alain Lefèvre joue Consolation

Palais Montcalm | Alain Lefèvre joue Consolation

Les concerts ‘’Apportez votre vin’’ du Quatuor Voxpopuli : là où l’écoute sérieuse se fait dans le plaisir

Les concerts ‘’Apportez votre vin’’ du Quatuor Voxpopuli : là où l’écoute sérieuse se fait dans le plaisir

MUZ 2026 | Jour 1 : Du Brésil aux Balkans en passant par Drummondville

MUZ 2026 | Jour 1 : Du Brésil aux Balkans en passant par Drummondville

MUZ 2026 | Le métissage musical, une histoire de rencontres

MUZ 2026 | Le métissage musical, une histoire de rencontres

Pop MTL | 3 derniers musts pour dimanche et lundi

Pop MTL | 3 derniers musts pour dimanche et lundi

Sharon est (aussi) Jazz!

Sharon est (aussi) Jazz!

Janina Fialkowska : pour la première fois à la Maison symphonique… le temps de dire adieu

Janina Fialkowska : pour la première fois à la Maison symphonique… le temps de dire adieu

Pop MTL 2026 | 3 musts pour le samedi 26 septembre

Pop MTL 2026 | 3 musts pour le samedi 26 septembre

De son Mirador, Jean-Michel Blais jette un regard tendre sur l’enfant en nous

De son Mirador, Jean-Michel Blais jette un regard tendre sur l’enfant en nous

Avec Gracias, Shimita El Diego remercie la vie!

Avec Gracias, Shimita El Diego remercie la vie!

Oper’Actuel, spectacle principal: sédimenté, riche, éclectique, divertissant

Oper’Actuel, spectacle principal: sédimenté, riche, éclectique, divertissant

POP MTL 2026 | 3 musts pour le vendredi 25 septembre

POP MTL 2026 | 3 musts pour le vendredi 25 septembre

POP MTL 2026 | 3 musts pour le jeudi 24 septembre

POP MTL 2026 | 3 musts pour le jeudi 24 septembre

Oper’Actuel | « La vie de chacun mérite d’être un opéra » : Rebecca Gray au coeur du chaos quotidien

Oper’Actuel | « La vie de chacun mérite d’être un opéra » : Rebecca Gray au coeur du chaos quotidien

POP MTL 2026 | 3 musts pour le mercredi 23 septembre

POP MTL 2026 | 3 musts pour le mercredi 23 septembre

Opér’actuel | Du deuil naît la création, le cheminement de Rachel Krehm à travers son opéra Come Closer

Opér’actuel | Du deuil naît la création, le cheminement de Rachel Krehm à travers son opéra Come Closer

Mois du Créole 2026 | Rebecca Jean, la « femme-pieuvre » en pleine ascension

Mois du Créole 2026 | Rebecca Jean, la « femme-pieuvre » en pleine ascension

POP Montréal,  25 ans de vision artistique et de débrouillardise

POP Montréal,  25 ans de vision artistique et de débrouillardise

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné