Waahli | « Soap Club Vol. 1 », l’art de sortir des sentiers battus

Entrevue réalisée par Keithy Antoine
Genres et styles : haïtien / Hip Hop

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Artiste montréalais d’origine haïtienne, Waahli construit depuis plusieurs années un univers musical où le hip-hop rencontre les rythmes afro-caribéens et les sonorités traditionnelles haïtiennes. Du créole au français et à l’anglais, ses textes racontent les racines, l’identité, la diaspora, mais aussi les expériences qui façonnent son parcours. Depuis Black Soap, son premier album paru en 2018, jusqu’à Seven Bubbles en 2025, Waahli n’a cessé de faire évoluer sa signature, explorant le rap, l’afrobeat, le reggae, le funk et l’électro. Sa musique oscille entre introspection, engagement et célébration culturelle. Aujourd’hui, il poursuit cette aventure avec Soap Club Vol. 1, son quatrième album, qu’il lancera le 27 novembre au Ministère. Une nouvelle étape pour cet artiste qui transforme ses influences, ses souvenirs et son héritage en une musique résolument actuelle. Keithy Antoine a rencontré Waahli pour nous.

PANM360 : Tu puises beaucoup ton inspiration dans ton vécu, ton enfance, ton quotidien. On sent tes racines hip-hop dans tout ce que tu fais. Dans chaque album, on voit que tu as une obsession pour le savon. Peux-tu nous expliquer cette obsession ? 

Waahli : Ça peut être vu comme une obsession, mais il faut dire que je suis un fabricant de savon. Je fais mes propres savons artisanaux. C’est une aventure qui s’est jointe à mon esprit créatif. Quand j’ai commencé avec les savons, c’est parce que je n’aimais pas les savons qu’on retrouvait sur les étagères dans les magasins ou les pharmacies. Ça me donnait des problèmes de peau. Après ça, j’ai continué à faire des savons parce que la recette que j’avais réussi à perfectionner était très bonne pour mon type de peau. J’en donnais à des amis, des personnes autour de moi, ma famille. J’en vendais aussi dans des kiosques. Je voulais savoir comment joindre mes deux mondes : le savon et la musique. Et c’est en 2018 que j’ai lancé mon premier album Black Soap, savon noir. A partir de là, ça a alimenté ma créativité d’une manière incroyable. Déjà, le savon noir est très bon pour la peau mais c’est celui qui est le moins promu. C’est comme le mouton noir du savon. La métaphore dans cet album parle du fait d’être mis à l’écart. C’est devenu une aventure créative avec tous les titres de mes projets.

PANM360 : Après Black Soap, il y a eu Soap Opera, puis Soap Box en 2022. J’ai écouté l’album et j’ai beaucoup aimé le fait que tu arrives à équilibrer le côté urbain et cette quête identitaire de nos racines haïtiennes que je partage. Pour ce 4ème album, que proposes-tu de différent des trois premiers ?

Waahli : Dans l’art, il y a toujours l’évolution de l’artiste, l’évolution en tant qu’être humain. J’essaye toujours d’être meilleur et d’avancer. Mais il y a aussi la quête identitaire qui est très importante aussi et l’affirmation. Dans cet album, je suis allé chercher des sonorités différentes, une esthétique sonore différente des autres albums. Il y a toujours les influences traditionnelles des musiques haïtiennes, mais aussi afro. Il y a aussi une texture sonore contemporaine qui est dans l’air du temps. Malgré le fait que je viens du bassin de la culture hip-hop, avec le temps j’ai évolué, j’ai pris des risques artistiques et fait de nouvelles propositions artistiques. Je suis dans l’ère où je fais un album conceptuel. Si la personne écoute l’album du début à la fin, elle rentre dans l’univers de Soap Club Vol 1. L’expérience sonore est aussi différente. J’aimerais revenir à l’époque où on écoutait un album du début à la fin et c’est une chose qui est très difficile aujourd’hui parce que non seulement on est saturés par toutes les musiques, on nous a programmé à écouter une musique pour 15 secondes et puis on l’a comprise. J’essaye d’aller chercher cette énergie et je crois qu’il y a beaucoup de gens qui sont dans cette bulle-là. Et pour le lancement, c’est vraiment dans cette expérience que je veux que les gens vivent cet album-là.

PANM360 : En écoutant ton album, on dirait que chaque chanson s’enchaîne naturellement. On ne se rend pas compte qu’on est en train de traverser un album. Mais c’est vrai que ça manque d’avoir des albums à concept. Et toi, les concepts tu adores.

Waahli : Oui, j’adore ça. J’ai grandi dans les années 90 avec des albums qui étaient très conceptuels. Tu peux faire une chanson de 7 minutes mais ça dépend de tes intentions. Tu le fais pour toi, pour les radios ou pour les audiences ? Les formats des musiques ont aussi changé, ils sont bien plus courts qu’avant. On était à 3 minutes 30, 4 minutes, maintenant on est rendus à 2 minutes 30. Beaucoup de choses ont changé dans les formats musicaux et comment on consomme la musique.

PANM360 : Tu chantes en français, en anglais, en créole, on sent cette urbanité dans ta voix. Tu parles créole comme un gars de Montréal parle créole. On entend l’accent montréalais dans tes chansons. Et c’est rafraichissant que tu sois complètement décomplexé de ça. Il y a une quête identitaire qui est alignée avec cet accent, avec le fait qu’on reconnaisse les quartiers dont tu parles, les écoles. Il y a le slang montréalais. J’aime le clin d’œil sur « Tout fre, tout propre » ? Pourquoi ce titre ?

Waahli : C’est un clin d’œil à Outkast avec leur chanson « So Fresh and So Clean ». Et comme je fais du savon, dans cette chanson, je trouvais que c’était un alignement parfait. Outkast est un groupe mythique que j’adore et ils m’ont beaucoup inspiré musicalement. Mais s’il y avait une chanson dans l’album dont je suis très fier, c’est « Limyè », parce que c’était la première qui a été créée pour faire ce projet. Il y a deux ans, j’étais au Brésil, à São Paulo avec Lou Piensa qui habite là-bas. Il avait produit le morceau et j’ai écrit le texte la même soirée. Je l’ai enregistré et je me rappellerai toujours que j’ai passé toute la soirée à peaufiner mes paroles et j’aimais tellement la chanson que je me rappelais de mes paroles par cœur. J’étais tellement absorbé par cette pièce. Elle ne ressemblait pas vraiment à ce qu’on entend. Il y a beaucoup de moments dans cette pièce, j’en ai la chair de poule, ce sont des enregistrements originaux. Je n’ai pas réenregistré. J’ai gardé l’essence même de ce jour. Ça a donné l’élan pour le reste du projet qui est Soap Club Vol.1. « Limyè » parle du côté obscur, la lumière est du côté obscur mais c’est le côté obscur qu’on ne veut pas voir qui est celui qui nous ouvre à notre potentiel. 

PANM360 : À travers les années, j’ai pu observer que tu t’éloignes de la facilité. Ça te travaille ce que tu fais, il faut qu’il y ait une transformation. En évitant la facilité, tu pars dans tes concepts, tu enregistres à l’étranger. Est-ce que tu as adopté une stratégie conceptuelle, tu t’es imposé une routine, ou un état d’esprit pour cet album ?

Waahli : C’est une bonne question. Je me suis mis dans un état d’esprit d’être intentionnel dans l’approche créative. J’écris des pièces qui me parlent, et pas qui parlent à quelqu’un d’autre. Comme par exemple « Fais le pas », qui était le premier single de Soap Club Vol 1., produit par Lou Piensa. Il n’aimait pas l’instrumental mais il m’a demandé de l’écouter et moi j’ai adoré. J’ai écrit dessus en une soirée, je l’ai enregistré et je lui ai envoyé. Et là, il a aimé ça. Il n’aurait jamais cru que cette chanson allait ressembler à ce que j’allais faire. Pour répondre à ta question, mon état d’esprit me disait de me concentrer sur ce que moi j’aime et pas ce qu’une autre personne aime. Donc « Fais le pas » n’aurait pas existé si j’avais écouté Lou Piensa. Je suis allé au fond des choses et finalement, ça a été le premier single de l’album.

PANM360 : Tu as choisi du bon monde pour t’accompagner, entre autres Kelly Krow sur le titre « Sonje ». Kelly Krow qui fait partie de la crème de la crème en termes de musique créole et de konpa de Montréal. Tu as aussi demandé au DJ Horg de t’accompagner sur le titre « Oulalala ». Est-ce que j’en oublie ?

Waahli : Il y aussi Malia Laura qui m’a accompagné à la voix, sur plusieurs pièces. Elle a saupoudré l’album avec sa voix pour l’esthétique sonore. Pour Kelly Krow, je faisais un podcast y a quelques années à Rivière-des-Prairies et l’animateur m’a demandé si je connaissais Kelly Krow et qu’il aimerait me voir collaborer avec lui. Je le connaissais sur la scène locale mais je ne le connaissais pas personnellement. Apparemment, il faisait du rap avant et je trouvais ça drôle qu’il rap sur la nourriture. Il a fait un morceau avec Racoon intitulé “Perras”qui était très bon. Finalement je lui ai écrit et je lui ai demandé s’il voulait collaborer sur une pièce avec moi. D’habitude, j’envoie trois ou quatre pièces pour voir si ça fonctionne, et « Sonje » a été produit par Housefly, je le salue au passage. C’est lui qui a produit plus de la moitié de l’album. C’est un jeune producteur, très talentueux et prometteur. J’avais déjà fait un top line et une maquette de « Sonje », et je l’ai envoyé à Kelly et il a accroché tout de suite. Il y avait une bonne connexion, ça a pris juste une pièce et c’était bon. On s’est rencontré, on a discuté, on a écrit et au début, la chanson parlait de relation mais c’est vite devenu un regard intime au cœur de la vie quotidienne d’une famille haïtienne. Kelly vient de Rivière-des-Prairies et moi de Saint-Michel, donc respectivement on parlé de nos réalités qui se ressemblent énormément. Et on a décidé de rendre hommage aux mères haïtiennes aussi, ce qui était vraiment important pour nous dans cette création.

PANM360 : Comment va se passer le lancement ? Est-ce que vous préparez un événement, ou une tournée médiatique ? Quelle sera la stratégie ?

Waahli : Il va y avoir un gros lancement qui aura lieu au Ministère le 27 novembre, sur la rue St-Laurent. On va faire l’album en entier, du début à la fin, comme il est présenté. L’album sort officiellement le 9 octobre. Il va y avoir des invités spéciaux au lancement. Ça va être une soirée concept, une expérience. Je ne veux pas trop en parler, mais seules les personnes présentes pourront en parler et pourront dire : j’y étais !

PANM360 : Est-ce qu’on va pouvoir mettre à jour notre collection de savons ?

Waahli : Oui, il y a une nouvelle série qui s’en vient. Ma marque de savons s’appelle Wyzah Musk. Wyzah c’était mon nom de rappeur back in the days. Pour en savoir plus, mon site web s’appelle www.wyzahmusksoap.com

PANM360 : Tu as gagné plein de prix, entre autres tu étais finaliste pour le gala Dynastie, gala l’Adisq, tu as été nominé aux Junos, tu as été Révélation Radio-Canada. Félicitations pour tout ce rayonnement. Tu as fait partie d’un collectif aussi. Qu’est-ce qui se passe avec Nomadic Massive ?

Waahli : Nomadic Massive, c’est ma famille depuis plus de 20 ans et ça se poursuit encore aujourd’hui. Le groupe existe aujourd’hui. La configuration a vraiment changé. Mais il y a trois mois, on est allés en résidence dans le nord du Québec, on est allés s’enfermer pendant cinq jours. On a écrit, on a composé, on a ri. Ça a vraiment fait du bien parce que maintenant on travaille sur des projets spécifiques, plutôt que d’être sur la route plus souvent, parce que les choses ont beaucoup changé. On y va par projets, on s’adapte. J’ai hâte qu’on concrétise tout ça. On a célébré les vingt ans il y a deux ans à Pop Montréal et c’était bien d’être 14 sur la scène à faire un gros spectacle. Le bassiste habite à Prague, Lou habite au Brésil, un autre membre a eu un quatrième enfant mais on a réussi à se rencontrer et à faire un spectacle ensemble. Ça fait du bien de voir que malgré les changements qui peuvent se passer dans un groupe qui selon moi est très important pour le paysage québécois. Non seulement par la diversité mais aussi par les propos, la musique, on était en parallèle à tout ce qui est « industrie de la musique ». Le travail qui a été fait derrière ce groupe est monumental. Ça m’a apporté énormément en tant qu’artiste et humain.

PANM360 : Merci beaucoup Waahli. Le party sera le 27 novembre au Ministère mais vous pouvez vous procurer l’album dès le 9 octobre.

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