Québec musiques parallèles (QMP), cet évènement musical ambulant initié par le Quatuor Bozzini (Montréal) Tour de bras (Rimouski) avec la complice E27 musiques nouvelles (Québec) s’ouvrait mercredi soir à La Chapelle Scènes Contemporaines. Pendant 4 jours, des artistes se réuniront dans des performances aux dimensions variées et livreront un aréopage de musiques éclaté regroupant performances, art audio et musique expérimentale aux pratiques variées dans un esprit de partage et de circulation de ces musiques en dehors des festivals spécialisés.
Dans la boîte noire qu’est le Théâtre La Chapelle, pour commencer ce marathon de concert, nous avons eu droit à deux productions qui amenaient le public à entendre la matière sonore sous deux approches stylistiques différences avec Mélanie Bourassa, Nicolas Bernier, Jim Denley et Éric Normand.
En première partie de ce double plateau, c’est le nouveau duo Super scintillant formé de Mélanie Bourassa et Nicolas Bernier qui a présenté son projet Tarot. Les deux complices mixent dans leur duo le son de la clarinette basse, joué par Bourassa, aux sons du synthétiseur modulaire de Bernier. La performance qu’ils ont donnée est dans la ligne directe de la création de leur premier album éponyme, sorti sous étiquette Ambiance magnétique. C’est avec ce jeu de cartes, associé fortement à l’art divinatoire pour prédire son avenir, qu’ils créent leur musique. Ce n’est pas non plus le traditionnel tarot de Marseille qui est employé, mais un jeu de cartes bien spécifiques avec des images et des associations bien particulières d’affects et de symboles, dessinés par Caroline Séguin, flûtiste de l’Orchestre Métropolitain. En faisant pigé aux membres du public des cartes, ils comprovisent ensemble autour de ce que le hasard des cartes leur donne. Des associations comme soleil/lune, tortue et licorne magique, donnent lieu à un jeu allant de sonorité sobre et plaintive. Une autre série de carte mettant l’image de la montagne et des météorites superpose des sonores éclaté et suraigus maintenu par un ostinato rythmique percussif créé par Bernier alors que le rappel, inspiré par un champignon, peignait littéralement sous nos yeux un tableau sonore où le matériau sonore, au timbre anxieux se propage tel un cordyceps, ce champignon parasitaire qui infecte les insectes. Voir et entendre les deux musiciens dans cet échange télépathique, évolué avec les idées lancées par l’un et l’autre, s’influencer et modifier leur jeu et leurs sons.

La musique du duo Plant formé d’Éric Normand et de l’Australien Jim Henley s’inscrivait dans une même démarche artistique de création, mais avec un matériel sonore différent. Alors que Super scintillant travaille avec des sons réels et des sons traités sur support, Plant utilise la gamme de sons bruts qui composent leur instrument, et ce dans leur ensemble. Avec une flûte, un saxophone et une basse électrique, tour à tour amanchée de différents objets pour venir en altérer le timbre. C’est cette manipulation d’objets qui s’insèrent de manière organique soit dans le pavillon du saxophone, entre les cordes de la guitare, qui crée un matériau musical qui est en évolution constante. La maîtrise instrumentale de Denley est captivante et inventive tout comme l’est la communication qui unit les deux interprètes dans ce qui a été une œuvre-fleuve improvisée d’au moins 40 min transcendantales. Pas de répétition, pas de partition ni d’idée préconçue. Seulement que l’écoute de son environnement…et une plante pour guider sa musique. Que ce soit dans sa démarche ou dans son produit, la musique nouvelle et expérimentale a toujours de quoi surprendre.
crédits photos: Pierre Langlois























