noise / post-punk / techno

MUTEK 2026 | Cry, une offensive sans concession

par Marc-Antoine Bernier

À deux heures du matin, après la déferlante de Violent Magic Orchestra, Cry vient clore la Nocturne 4 de MUTEK dans une SAT transformée en véritable fosse. Constitué à New York par Killbourne et Relaxer, le duo réunit deux trajectoires issues des scènes underground de la ville : Killbourne s’est fait connaître dans le hardcore, tandis que Relaxer a évolué entre punk, noise et techno expérimentale.

Dès avant le début de la performance, la mise en scène annonce la couleur : Killbourne et Relaxer ne sont pas sur une scène, mais au milieu du parterre, entourés par le public. Pas de booth, pas de distance entre les artistes et l’audience : seulement leurs machines, leurs synthétiseurs, leurs pédales d’effets et leurs microphones. Une disposition qui donne immédiatement au concert une aura de techno-punk brute, comme si les sous-sols miteux du hardcore new-yorkais et les entrepôts clandestins de la scène rave britannique s’étaient donné rendez-vous à la SAT.

Le set s’ouvre sur un build-up de textures noise acérées et sombres, jusqu’à ce qu’une pulsion industrielle commence à émerger. Puis les machines s’emballent et dévoilent « Like Fat Across Meat », tirée de leur récent EP AD 140. À 140 BPM, la musique frappe avec l’efficacité d’un train de marchandises. Les deux artistes hurlent et poussent des cris au-dessus de percussions abrasives, leurs voix devenant elles-mêmes des textures supplémentaires dans ce mur de son. Le growl infragrave de Killbourne contraste avec les vocalises aiguës et stridentes de Relaxer, créant un duel vocal qui place la confrontation au premier plan.

Mais ce qui rend la brutalité de Cry aussi efficace est sa capacité à la suspendre. Au milieu de la performance, Leach agit comme l’œil de l’ouragan : les pulsions saccadées et les textures volatiles relâchent momentanément la tension, laissant émerger une beauté étrange, mais jamais complètement libérée de la tension qui sous-tend la performance. Cette respiration, où les artistes délaissent le chant, ne fait que rendre les explosions suivantes plus viscérales.

C’est après la performance que j’ai découvert AD 140, et son écoute m’a fait réaliser à quel point le concert en avait révélé une dimension que les morceaux seuls ne parviennent pas entièrement à capturer. Voir et ressentir cette musique au milieu de celles et ceux qui la reçoivent permet d’en saisir pleinement la dimension physique. Cry ne joue pas simplement devant une foule : le duo nous enferme au cœur de la tempête et, lorsque celle-ci s’achève, nous laisse dans un état de calme presque serein, avec simplement l’envie de nous asseoir et de laisser retomber l’intensité.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin

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