afro-électro / afro-soul / afrobeats / coupé-décalé / pop / rumba congolaise / soukouss

José Louis et le paradoxe de l’amour, le Prix Polaris 2022 et le paradoxe canadien

par Alain Brunet

J’ai connu Pierre Kwenders peu de temps après que José Louis Modabi ait adopté ce pseudo, soit le nom d’une librairie fondée par son grand-père à Kinshasa où il est né et a passé son enfance avant d’émigrer au Québec avec sa mère. 

L’enthousiasme était de mise lorsqu’il a sorti en 2013 l’EP Whisky & Tea. Suivirent Le dernier empereur bantou en 2014, Popolipo en 2016, MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time en 2017, puis une série d’EPs précédant la sortie de José Louis and the Paradox of Love, sorti au printemps dernier avec l’impact que l’on sait : la victoire finale au Prix Polaris.  Bravissimo !

Ce dernier album est-il son meilleur ? Certainement le plus digeste, le plus épuré, le plus accessible, le plus fédérateur. Le plus pop, en fait.

Les éléments africains (percussions, lingala, souches afro-électro, rumba congolaise, soukouss, afrobeats, coupé-décalé, etc. ) et occidentaux (soul, jazz léger, synth pop, etc.) y sont parfaitement soudés, Pierre Kwenders a résolu l’équation de son art, il doit être désormais considéré comme une star de la pop mondialisée ayant fleuri à Montréal. 

C’est l’édifice de son œuvre qui triomphe à l’échelle pancanadienne. Le fruit était mûr pour que le drapeau de Pierre Kwenders flotte au faîte de la nouvelle pop.

Être fin, délicat, autodidacte inspiré, José Louis Mogadi mérite pleinement cet honneur. Qui plus est, il a su se poser en leader avec non seulement sa propre production mais aussi aus sein de la communauté Moonshine qui met de l’avant la culture afro-montréalaise, afro-québécoise, afro-canadienne, afro-mondiale dans un contexte actualisé.

En plus d’assumer le personnage androgyne qu’il a rendu public au fil des ans (et, de surcroît, le « paradoxe de l’amour »), Pierre Kwenders incarne la vibration métisse de Montréal qui rejaillit dans la culture musicale québécoise ou canadienne. Il s’exprime en français, en anglais, en lingala et plus encore, et donc véhicule les valeurs du multilinguisme et de la citoyenneté mondiale.

Ainsi, Montréal gagne une sixième fois le Prix Polaris, initié en 2006 : Patrick Watson (2007), Karkwa (2010), Arcade Fire (2011), Godspeed You! Black Emperor (2013), Backxwash (2020), Pierre Kwenders (2022). Et… en 16 ans, un seul album entièrement francophone a raflé le prix, ce qui en dit long sur la perception du Canada non francophone à l’endroit de la culture franco. 

Y a-t-il lieu de s’en formaliser ? Non et… oui.

Côté PAN M 360, ma posture personnelle est clairement plus mondialiste que celle de la moyenne québécoise blanche et francophone, mais nous défendons également bec et ongles la culture francophone d’ici et d’ailleurs. Nous ne voyons , d’ailleurs, aucun conflit entre la défense fervente d’une culture linguistique locale et notre posture mondialiste… à condition que nous puissions atteindre l’équilibre entre cultures locales et internationales.

Ce qui semble être le cas dans les cercles du Polaris: nations autochtones, communautés culturelles issues de l’immigration et culture anglophone mondialisée ont nettement la cote, sauf peut-être la culture francophone d’Amérique. Cette dernière y semblerait moins prisée par les temps qui courent, une perception partagée par plusieurs.

Il faut être conscient des préjugés souvent tordus à l’endroit des francophones d’Amérique… mais parfois fondés sur des faits bien réels, force est d’admettre.

Malgré mon inquiétude sur le déclin du français dans notre île, je préfère à tout nationalisme crispé cette ambiance montréalaise, multilingue, très ouverte, alternative probante à tous les replis identitaires observés chez nous mais aussi dans plusieurs pays du monde où la mondialisation culturelle ne prévoit pas une mosaïque équitable et cohésive des cultures planétaires. Encore faut-il rappeler que les crispations identitaires observées au Québec sont encore bien pires dans certains recoins de l’Amérique du Nord, en Russie, en Chine, en Pologne, en Hongrie ou en Turquie, et n’annoncent rien de bon pour l’avenir proche des êtres humains sur cette petite planète. 

Voilà pourquoi nous devons nous réjouir qu’un artiste multilingue, fier Africain de souche devenu fier Montréalais, puisse avoir convaincu l’ultime jury du Prix Polaris.

Ce qui ne nous empêche aucunement de réfléchir à la perception qu’a la communauté Polaris du fait français dans ce pays. J’ose croire que cette perception est erronée, à tout le moins démesurée, d’une société francophone canadienne présumément encline à la xénophobie, à la négation du racisme systémique ou autre forme plus soft d’isolationnisme culturel. Je souhaite que cette perception, inconsciente ou non, puisse rapidement être remplacée par celle d’une francophonie d’Amérique inclusive, ouverte et interculturelle, ce qui représente aussi une large part de la nation francophone d’aujourd’hui.

Autre paradoxe canadien…

Tout le contenu 360

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

La renaissance musicale de Mantisse

La renaissance musicale de Mantisse

CMIM 2026 | Le Japon triomphe avec la musique russe et hongroise! 

CMIM 2026 | Le Japon triomphe avec la musique russe et hongroise! 

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Kon-Fusion – Arriba de su Muro

Kon-Fusion – Arriba de su Muro

CMIM 2026 | Une première épreuve de finale tout en Mozart, très révélatrice!

CMIM 2026 | Une première épreuve de finale tout en Mozart, très révélatrice!

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

Avec Yatou, Noubi rassemble les voix du monde

Avec Yatou, Noubi rassemble les voix du monde

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

SAT | Matias Aguayo et la résistance collective par la danse

SAT | Matias Aguayo et la résistance collective par la danse

31e Festival de musique de Chambre de Montréal: la communauté mondiale de Denis Brott

31e Festival de musique de Chambre de Montréal: la communauté mondiale de Denis Brott

Classica 2026 | Karina Gauvin est profondément émue par les Quatre derniers lieder de Strauss

Classica 2026 | Karina Gauvin est profondément émue par les Quatre derniers lieder de Strauss

Peter Gabriel rend hommage au Festival International Nuits d’Afrique

Peter Gabriel rend hommage au Festival International Nuits d’Afrique

Des violons sous nos toits : l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal racontée par sa directrice générale

Des violons sous nos toits : l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal racontée par sa directrice générale

La relève en habit de jury: Ana Drobac nous cause de l’expérience du Jury de la relève au Concours musical international de Montréal

La relève en habit de jury: Ana Drobac nous cause de l’expérience du Jury de la relève au Concours musical international de Montréal

Quatuor Molinari | Intégrale Chostakovitch: de défi à pur bonheur

Quatuor Molinari | Intégrale Chostakovitch: de défi à pur bonheur

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné