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Aux Grands Ballets canadiens, du 29 octobre au 1er novembre 2026, le chorégraphe québécois Guillaume Côté, proposera une vision très personnelle du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Ce seront plutôt les Songes, pluriel, qui seront mis en scène, en mouvement et bien sûr en musique. Car, le saviez-vous? Guillaume a étudié en musique, il a même déjà été compositeur à ses heures. Ce qui, bien entendu, lui permet d’aborder la création chorégraphique, étroitement liée à la musique, d’une manière tout à fait originale. J’ai rencontré Guillaume Côté pour discuter plus précisément de la dimension musicale de cette création, qui prendra une place importante dans son incarnation vivante.
PanM360 : Bonjour Guillaume. Avant tout, et à fin de rappel, pourquoi Les songes, au pluriel?
Guillaume Côté : Je me réapproprie l’histoire, et je l’interprète de façon très personnelle. Je voulais également avoir la liberté d’explorer l’amour sous toutes ses facettes, avec des thèmes contemporains, moins hétéronormatifs. La difficulté (et l’intérêt) de transposer une pièce de Shakespeare en danse, c’est de s’extirper du poids des mots et des détails précis, des subtilités du langage.
PanM360 :Vous avez étudié en musique, particulièrement en composition. Avez-vous déjà hésité entre la musique et la danse?
Guillaume Côté : Je ne dirais pas. Mais oui, j’ai écrit des œuvres pour une chorégraphe qui s’appelle Dominique Dumais. On a travaillé à Alberta Ballet et à Stuttgart Ballet ensemble. J’ai même écrit un ballet complet à Florence au Maggio Musicale. J’ai fait toute la partition et la chorégraphie.
J’ai également écrit une pièce pour piano dans un documentaire diffusé sur Radio-Canada/CBC, Dancing to my own music. Deux minutes seulement, mais bon, c’est moi qui joue. Le Maggio Musicale m’a octroyé un prix et j’ai été appelé à créer une soirée musicale complète, mais rendu là, j’en ai eu un peu assez. Je continuais à danser (j’étais danseur principal et National Ballet), puis à chorégraphier. C’était trop d’affaires en même temps.
PanM360 : Composer, chorégraphier, danser… Ce sont effectivement des emplois à temps plein. Trois!
Guillaume Côté : En effet. Je pense que c’était plus facile pour moi de chorégraphier. Si bien que la danse a pris le dessus. La job de compositeur, c’est beaucoup de temps seul. Aujourd’hui, des logiciels facilitent la vie, mais il y a 30 ans, il fallait écrire chaque partition, faire toutes les transcriptions, les transpositions pour chaque instrument. Beaucoup de travail. Avec la danse, je me sentais beaucoup plus ‘’dans le monde’’.
Et puis, je pense que je ne suis pas doué pour être un compositeur. Je pense que j’étais bon pour la danse, dans le sens que j’étais bon pour trouver des atmosphères. Je ne pense pas que j’étais naturellement doué en musique.
J’adorais la musique. Encore aujourd’hui. Mais le processus était long pour moi, moins intuitif. En chorégraphie, c’est tellement plus rapide dans ma tête. Mais, j’ai beaucoup d’admiration pour la musique, pour les compositeurs.
PanM360 : Par simple curiosité, quelle sorte d’affinités électives avez-vous avec les compositeurs contemporains ou certains styles?
Guillaume Côté : J’ai adoré travailler avec Kevin Lau, un Canadien avec qui j’ai collaboré dans un programme au Centre national des Arts qui s’appelait Encounters et aussi pour Le Petit Prince, à Toronto. Nicole Lisée était présente aussi. On avait des super idées. J’ai vu Clowns d’Ana Sokolovic une autre Montréalaise. Une création fantastique. J’aime aussi le Britannique Thomas Adès. J’ai toujours rêvé de faire quelque chose sur sa musique. J’adore les compositeurs contemporains.
En ce moment, je travaille sur un gros projet que je ne peux pas annoncer, mais c’est avec un compositeur contemporain et un opéra. Ma première mise en scène d’un opéra. Mais on ne peut pas en dire plus.
PanM360 : Revenons donc aux Songes. D’où vient l’étincelle qui a allumé le feu de cette création?
Guillaume Côté : C’est arrivé après ma collaboration au Hamlet de Robert Lepage. J’ai suggéré la pièce de Shakespeare, car elle est plutôt atypique dans sa construction. Ivan Cavallari (Directeur artistique des Grands Ballets) voulait que j’utilise l’orchestre, alors plusieurs idées ont pris forme. Cela dit, quand j’ai commencé le processus, j’ai regardé plusieurs versions du Songe avec la musique de Félix Mendelssohn, qui avait déjà été créé avec d’autres chorégraphes, Ashton, Balanchine, Christopher Wilson. Je trouvais qu’ il n’y avait pas autant de liberté que ce que je recherchais dans la partition, dans le sens où je voulais trouver des choses qui allaient me donner plus de liberté d’utiliser les thèmes du songe et de faire quelque chose qui est plus personnel. Après ça, j’ai commencé à écouter beaucoup de Mendelssohn, et puis naturellement, je suis tombé sur de magnifiques enregistrements de Yannick (Nézet-Séguin), avec l’Orchestre de chambre de l’Europe, qui jouait les symphonies de Mendelssohn.
PanM360 : Il y a donc des extraits des symphonies…
Guillaume Côté : La trame est presque toute constituée des symphonies de Mendelssohn. Un 75 %, environ. Beaucoup de 4e (l’Italienne), la 3e aussi (l’Écossaise).
PanM360 : Les plus fameuses. Et plus que le Songe…
Guillaume Côté : Du Songe, j’utilise seulement la Wedding March, pour les noces de Hermia et Demetrius. Je fais du mix en fait. J’utilise les morceaux dans l’ordre que je veux, afin de soutenir les mouvements et la narration. Ce que je veux c’est servir l’histoire. J’utilise aussi Johann Strauss, (le Danube Bleu) pour finir le premier acte, quand c’est le nectar de l’amour qui tombe sur l’assemblée. On est alors dans quelque chose de fabuleux et de très rêveur. Je trouvais intéressant aussi de transférer les codes de la pièce de Skakespeare au ballet. C’est un monde très rigide, avec beaucoup de codes et d’interdits. Mais ça évolue. Alors, j’ai souhaité traduire ça dans le ballet. Du coup, on commence avec Mendelssohn, classique ‘’traditionnel’’, puis plus le spectacle avance, plus on entend une musique plus contemporaine. Quand on ouvre le deuxième acte, on entend Max Richter avec November, qui nous transporte dans un environnement de forêt magique. Quand les amoureux reviennent, on revient à Mendelssohn, mais après on va vers Satie, orchestré par Debussy. C’est plus fluide, plus ondoyant.
PanM360 : Et il y a également la musique électro du Montréalais Tommy Lunaire..
Guillaume Côté : Oui, je voulais lui donner une chance. Ce qu’il fait, c’est qu’il prend des sons, il les transforme et ça devient complètement autre chose. Par exemple, il prend des sons de grillons, de grenouilles, des sons de forêt, tout ça, puis il remixe toute l’affaire. Ça fait quelque chose de fabuleux, bizarre, mais en même temps, tu sens qu’il y a des références à la nature, mais tu ne les sens pas trop explicitement non plus.
Je trouvais super intéressant de mettre ça. Au début, c’était seulement pour faire des transitions entre les pièces classiques. Éventuellement, c’est devenu l’illustration du rêve de Titania et Oberon. Il a créé une pièce de 11 minutes qui est tout électro. Premièrement, électro avec du rythme électronique et des choses plutôt contemporaines.
Mais c’est aussi une annonce pour nous dire que, dans le rêve, on est dans un univers musical très différent. Et puis dans cette pièce-là, il y a l’orchestre qui est tout de même en dessous de tout ça, qui va jouer avec un clic-track. Tout été orchestré par François Vallière, qui est l’orchestrateur des Grands Ballets. Puis une fois qu’on est au summum du chaos, de l’absurdité du rêve et tout, et que ça se termine, le spectacle se conclut avec l’Adagio de la Troisième symphonie de Mendelssohn, qui est absolument fabuleuse. Un retour aux sources.
PanM360 : Ce ne sont pas les œuvres telles qu’elles doivent être jouées habituellement, et en plus dans le désordre, ainsi qu’une section avec click-track, comme au cinéma. Ce doit être un bon défi pour l’orchestre…
Guillaume Côté : Oui, c’est un défi, mais Dina (Gilbert, cheffe), justement, hier, était ici, et elle disait que ce sont toutes des belles pièces, et que ça donne beaucoup de matériel à l’orchestre pour jouer des icônes du répertoire, mais d’une façon inusitée. Et puis, la musique de Tommy apporte quelque chose d’inhabituel, bien sûr, mais il a eu un bel instinct en gardant des liens très forts entre ses sons et les thèmes de l’univers de Mendelssohn. Il aurait pu plonger dans un environnement très dark, contemporain électro, mais il a eu la sensibilité de conserver une atmosphère rêveuse, positive, fabuleuse, et qui s’enchaîne bien avec l’orchestre. Je trouve que ça ajoute un genre d’instrument de plus.
PanM360 : Une fusion organique entre l’électro et l’orchestre, comme pour Apache avec l’OSM.
Guillaume Côté : Exactement. J’étais là!
PanM360 : Vous avez été compositeur. Quelle sorte de vision, ou de perception de la chorégraphie, cela vous donne?
Guillaume Côté : En tant que chorégraphe, mon idéal, c’est de toujours travailler avec des nouveaux compositeurs, mais il n’y a pas toujours les budgets. Dans un monde parfait, il y aurait toujours une nouvelle composition avec une nouvelle création de danse. Quand j’ai fait le Petit prince au National Ballet, j’ai choisi un compositeur qui n’avait jamais créé autant de musique de toute sa vie (Kevin Lau). Deux heures de musique orchestrale, c’est fantastique. Ce sont des opportunités incroyables.
Je pense que j’ai une affinité naturelle avec la musique, avec le pacing de la musique, avec l’orchestration, avec la dynamique de l’orchestre. Je pense d’une façon très musicienne. Quand je programme la musique, je me dis que les musiciens n’aimeront pas jouer ça, ou ça. Ou encore, après ça, ils vont me tuer! C’est vrai que je recherche beaucoup des choses qui sont aussi intéressantes en termes de musique et de danse. Dans un monde parfait, les deux sont tout aussi indispensables l’une envers l’autre, comme dans Le lac des cygnes. Que ce soit symbiotique.
PanM360 : Et la musique, en général, est souvent à l’origine d’une idée ou d’une envie de chorégraphier quelque chose avec?
Guillaume Côté : Oui, souvent. En ce moment, la musique du Sacre du printemps (de Stravinsky) me trotte dans la tête. D’ailleurs, dans Les songes, la pièce November de Max Richter me titillait depuis longtemps également. Là, elle illustrera la Forêt magique. Je me suis dit, oui c’est le bon moment pour l’utiliser.
PanM360 : Merci!























