Des violons sous nos toits : l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal raconter par sa directrice générale

Entrevue réalisée par Alexandre Villemaire
Genres et styles : classique occidental / concours / violon

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Le Concours musical international de Montréal bat actuellement son plein avec son édition 2026 consacrée au violon. Durant les deux semaines intenses que dure cet événement majeur de la vie musicale montréalaise aux allures de marathon violonistique, les différents concurrents qui ont été invités à Montréal pour s’illustrer dans leur art ont foulé les planches de la Salle Bourgie, enchainant prestation de sonates, œuvres contemporaines et pièce de virtuosité. À cette étape-ci de l’aventure qu’est le concours, la ligne d’arrivée est proche et le carré d’as se précise alors que dix finalistes ont déjà ont été retenue. Quelques jours avant le début du concours, le collaborateur pour PAN M 360 Alexandre Villemaire, c’est entretenu avec Chantal Poulin, directrice générale du Concours, qui pilote avec son équipe depuis un an la réalisation de cette édition. Voici donc un retour sur ce qui anime cette édition et une vue sur qui sont les acteurs en jeu pour les dernières étapes.

PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire des 24 concurrents qui sont arrivés à Montréal pour cette compétition ?

Chantal Poulin : Comme vous le savez, on travaille avec trois disciplines, piano, violon, voix.  Chaque groupe a un profil comme concurrent.  Quand on travaille avec le violon, la tranche d’âge est beaucoup plus large. Cette année, par exemple, on a deux jeunes de 17 ans et on en a d’autres qui ont passé la trentaine.  Mais ils ont tous un point en commun : ils sont tous issus des grandes écoles de musique de par le monde. Ce sont des gens qui se distinguent. Aujourd’hui, le milieu de la musique est tellement compétitif que si un jeune artiste de la nouvelle génération veut percer, il ne peut qu’être excellent. Les 24 candidats ont été choisis parmi 250 candidats et viennent de 17 pays différents. On est assez fiers de cet aspect. Dans un contexte où les frontières sont souvent de plus en plus hermétiques, pouvoir créer par la musique un tel rassemblement est exceptionnel.

Oui, c’est une compétition, mais c’est un rassemblement fraternel qui va au-delà pour permettre à la musique et à l’homme de triompher par ça. Le Concours est, avant tout, une belle aventure humaine. Quand on les voit arriver avec tout leur bagage, leur culture personnelle, c’est très riche comme rencontre.

PAN M 360 : Quelles sont les nouveautés, les éléments qui sont peut-être nouveaux que vous avez voulu implanter cette année dans cette édition de Violon 2026?

Chantal Poulin : Il y a des choses qui restent stables. Nous avons une formule qui est gagnante, qu’on tient à maintenir et à reproduire et qui nous a distingués comme concours montréalais.

Nous sommes aussi attentifs à l’évolution du milieu parce qu’on veut surtout s’assurer que les concurrents qui sont choisis lauréats chez nous soient des gens qui sont vraiment prêts à une carrière internationale. On souhaite toujours donner aux membres du jury toute l’expérience nécessaire pour être capables d’évaluer l’artiste dans toute sa plénitude. Chacune des étapes du concours renvoie et permet aux membres du jury d’examiner puis de juger certains aspects complémentaires. Évidemment, en demi-finale, on retrouve toujours les grandes sonates pour violon.

Mais ce qui est nouveau cette année, c’est qu’on a mis deux épreuves à la finale. On aura cinq concurrents qui seront à la première épreuve, cinq finalistes qui seront à la première épreuve de la finale, et trois grands finalistes qui seront le lendemain, le 4 juin, à la Maison symphonique. Tout ça pour permettre aux membres du jury d’entendre les plus forts de la cohorte dans deux types de concertos.

Il y a quelque chose qui est très fort au concours aussi, c’est le travail avec des présidents de jury qui sont issus de la discipline.

Cette année, la présence de Lucie Robert aux côtés de ma collègue directrice artistique, Shira Gilbert, a permis de revoir la façon de sélectionner, la façon d’écouter, de juger, de choisir les 24 qui viennent à Montréal. Et ce, tant dans les œuvres qui ont été demandées que dans la sélection du programme.

Sinon, il y a toujours ce désir de bien s’ancrer à Montréal. On est très fiers de notre ancrage international qui est sans contredit reconnu dans le milieu musical, mais on est très fiers aussi quand notre concours montréalais peut bien s’ancrer dans l’écosystème montréalais. D’où l’importance pour nous d’avoir ces contacts avec les institutions et avec les autres diffuseurs de musique classique. Le jury de la relève est également de retour.

PAN M 360 : Cette année les Mini Violini sont de retour. Qu’est-ce volet du Concours et à qui s’adresse-t-il ?

Chantal Poulin : C’est une activité qui est complémentaire au concours et qui ne s’inscrit pas dans le cadre de la compétition. Les jeunes qui y participent ne sont pas dans une dynamique de concurrence les uns avec les autres. On ne veut pas ça. C’est une occasion pour le public de voir ces jeunes qui sont au début de leur formation ainsi que leur potentiel. Cette année, ils joueront en alternance des extraits des Quatres Saisons de Vivaldi. Ce sont des jeunes que nous sommes forcément amenés à revoir. Il y a une Australienne, deux Canadiens et une jeune fille qui a la double nationalité américaine et sud-coréenne. Tous étudient dans de grandes écoles.

Nous avons, par ailleurs, parmi les concurrents de l’édition 2026 du Concours, Hannah Tam, qui est une ancienne du Mini Violini de 2017.

PAN M 360 : À quoi ressemble une journée typique d’un concurrent du concours musical international de Montréal ?

Chantal Poulin : C’est très intéressant, parce que, au violon, c’est d’abord une performance physique. Les jeunes qui nous arrivent, ce sont des jeunes qui ont une conscience de ce besoin physique, et qui prennent habituellement soin de leur corps. Évidemment, tous les cas d’espèce existent. Les jeunes vont souvent bien manger pour déjeuner, ils vont sortir s’oxygéner, certains font du yoga, certains font de la course, certains font de la méditation, mais tous ont un moment où ils rentrent dans leur bulle où physiquement, ils vont prendre soin d’eux.

Il y en a qui pratiquent beaucoup, puis il y en a d’autres qui ont pratiqué beaucoup avant d’arriver, et quand ils arrivent, ils sont plutôt posés, ils vont retravailler un peu, revoir certains passages, travailler avec leur pianiste officiel qui leur est affecté, mais pour la plupart, le travail est déjà accompli avant d’arriver, donc ça va être moins dans la répétition. Et, ils vont aussi faire attention pour ne pas se blesser dans les dernières heures. Ce serait bête après avoir travaillé autant de se blesser à une main. Donc c’est un petit peu un mélange de tout ça qui rejoint avant tout une discipline, une rigueur, mais qui rejoint aussi beaucoup la personnalité de chacun. Et après ça, il y a le niveau de stress, et la façon dont chacun le gère. C’est beau de voir comment chacun embrasse ce stress nécessaire dans la performance, mais comment on le dose, on l’apprivoise.

PAN M 360 :  Qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui verrait les publicités de ce concours-là pour le convaincre de venir ?

Chantal Poulin : Une chose est certaine, c’est que le défi est commun à tous les organismes de musique classique à Montréal. Qu’on en parle à nos collègues, nos amis de la Salle Bourgie ou qu’on en parle avec l’Orchestre symphonique de Montréal, qui est notre orchestre officiel. C’est vraiment beaucoup de travail pour emmener les gens en salle, mais à force de conviction et de détermination, on y arrive. Au concours, il y a un défi supplémentaire où les gens ont l’impression que ça peut être un peu élitiste, mais au contraire, ce n’est pas du tout ça.

Assister à une compétition de musique classique, c’est souvent plus accessible qu’un concert plus formel puisqu’on voit sur une même scène, défiler les uns après les autres, des musiciens distincts, qui ont leur propre couleur et qui viennent nous montrer le meilleur d’eux-mêmes. Indépendamment qu’on soit musicien de formation professionnelle, ou qu’on n’ait pas du tout de notions en musique, il n’en demeure pas moins qu’à la fin de chacune des séances, tous les gens ont une opinion. Tous les gens vont dire : « Moi, ce soir, le deuxième concurrent m’a particulièrement touché. » Ou alors d’autres vont dire : « Moi, le troisième, je n’ai pas aimé son répertoire. » Une chose est certaine, tout le monde peut se laisser toucher par la musique. C’est un peu comme les Olympiques ! Je ne m’assois pas dans une estrade pour regarder les coureurs autour d’une piste, habituellement. Mais, quand arrive aux 4 ans le moment du 100 mètres, j’aime bien ouvrir le téléviseur pour les 10 secondes afin de voir courir ces supers athlètes les uns contre les autres. C’est spectaculaire, mais pourquoi c’est aussi tant spectaculaire ? C’est parce qu’ils sont stimulés les uns par les autres. C’est un peu ça le Concours.

Dévoilement des finalistes

Des 24 concurrents sur la ligne de départ au début de la semaine dernière, ils ne sont maintenant plus que cinq ! Après une demi-finale relevée disputée jusqu’à tard le dimanche 31 mai à la Salle Bourgie, le jury international sous la présidence de la violoniste Lucie Robert a fait avancer Laurel Gagnon (États-Unis), Koshiro Takeuchi (Japon), Sara Watanabe (Japon), Aozhe Zhang (Chine) et Bade Dastan (Belgique /Turquie) la pénultième étape de la finale. Ces cinq violonistes se produiront le 3 juin à la Maison symphonique avec l’Orchestre symphonique de Montréal où ils interpréteront chacun un concerto de Mozart. La phalange montréalaise sera dirigée pour l’occasion par le chef autrichien Sascha Goetzel. À l’issue de cette épreuve, trois seront retenus pour présenter un grand concerto du répertoire violonistique le lendemain 4 juin pour la grande finale.

Pour consulter le programme des finalistes, pour revoir les différentes performances des concurrents de l’édition Violon 2026, ou enore pour vos procurez des billets pour les épreuves de finale, rendez-vous sur le site du Concours.

crédits photo : Tam Photography

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