Moi et l’ami Alain Brunet étions jeudi soir à la soirée des Finales des Sylis d’Or 2026, au National. Trois bands étaient en lice : Zalam Kao et leur métissage de latino, groove, hip-hop, Bastin Band et leur efficace dégaine de raï fusion et Tamboréal Samba Bloco avec leur spectaculaire énergie festive et carioca, mêlée de rythmes du nordeste et même de riffs de rock (Smoke on the Water comme un clin d’oeil rigolo dans une des pièces). Le résultat du vote (une combinaison du choix du public et de l’évaluation d’un jury professionnel) a donné la palme d’or à Zalam Kao, l’argent à Tamboréal et le bronze à Bastin Band.
Moi et l’ami susmentionné sommes pour le moins étonnés de ce classement, car nos oreilles n’ont pas perçu les trois performances de la même manière que le résultat annoncé.
L’exécution de Zalam Kao souffrait de voix sans grande tenue, souvent fausses. Du moins deux des trois, car celle de Mohamed Magri était très solide. Le garçon, il me semble, vient du jazz. En plus d’offrir quelques tours de chant réussis, il jouait aussi du clavier, de la flûte et un cornet piccolo! Il s’agit assurément du musicien le plus accompli du groupe. La guitare, la basse et la batterie étaient corrects, sans avoir dû montrer des habiletés techniques particulièrement exigeantes. L’avantage de Zalam Kao, peut-être, est d’avoir présenté du matériel totalement nouveau. On peut certainement les féliciter, mais il faudra peaufiner plusieurs détails d’interprétation pour aspirer à en faire quelque chose de durable.
Bastin Band a offert une prestation plus solide dans un National mal sonorisé. La projection manquait de définition des détails et des couleurs. Lors des demi-finales au Balattou, j’ai entendu beaucoup plus de choses. Hier, j’avais l’impression, plus souvent qu’autrement, de recevoir une sorte de grosse bouette phonique. N’empêche que les Algéro-Kebs de Bastin Band ont donné pas mal d’énergie, centrée en grande partie sur des reprises du répertoire, de Sympathy for the Devil en version arabe à Cheb Mami. Plein de trucs qu’on pourra entendre au prochain mariage nord-africain. Pas tellement original, mais ils le font bien.
C’est la phalange d’une bonne quinzaine de musiciens et musiciennes de Tamboréal qui, à priori, nous avait semblé la plus apte à remporter le grand prix. Essentiellement des percussions de style samba, du genre qu’on entend au Carnaval de Rio ou dans le Nordeste ! Le leader Carlos Enrique Feitosa y a ajouté de la basse et du cavaquinho. Ici encore, le manque d’originalité (il s’agissait essentiellement de samba « classique ») a probablement joué en défaveur du groupe. C’est dommage dans le sens ou c’est lui qui nous est apparu comme celui qui est le plus apte à animer un concert complet, en extérieur ou en intérieur, en satisfaisant des standards de qualité musicale minimaux, et pas seulement un principe de nouveauté à tout prix (ce qui n’enlève rien à notre appréciation de l’originalité, en général).
Le public et le jury ont fait leur choix. Voyons voir ce que l’avenir en décidera.
Crédit photo : Peter Graham























