Ensemble Obiora | Une soirée de premières et de découverte réussi

par Alexandre Villemaire

Ce n’est peut-être pas la soirée d’ouverture que l’Ensemble Obiora avait initialement dessiné, mais ce fut néanmoins une soirée de double premières remarquable. Pour le concert d’ouverture de sa saison 2023-2024, « le premier ensemble canadien de musique classique essentiellement composé de musicien.nes professionnel.les dits issus de la diversité culturelle », devait accueillir comme cheffe invitée la Vénézuélienne Glass Marcano. Remarquée pour sa fougue et son énergie lors du Concours La Maestra en 2020 à Paris – où elle s’est vue remettre le Prix spécial de l’orchestre -, la jeune cheffe devait donner son premier concert en Amérique du Nord avec l’ensemble montréalais. Pour des raisons de santé, celle-ci a malheureusement dû annuler sa participation au concert. C’est le chef français Samy Rachid qui a accepté de monter sur le podium à la dernière minute pour la remplacer. Ex-violoncelliste du Quatuor Arod, ce jeune trentenaire qui vient d’être nommé chef assistant de l’Orchestre symphonique de Boston et qui a déjà fourbi ses armes à l’Opéra National du Rhin et au Festival Verbier en était lui aussi à sa première performance en Amérique du Nord.

Le programme de la soirée à mis de l’avant un répertoire romantique et moderne. En ouverture Le Tombeau de Couperin de Ravel, avec ses timbres particulièrement colorés s’inspire des suites de danses de l’époque baroque et rend hommage à la musique française du XVIIIe siècle. Originellement écrite pour piano, Ravel en a extrait quatre des six mouvements (Prélude; Forlane; Menuet; Rigaudon) pour en faire une orchestration. Avec une direction d’une grande clarté menée par des gestes aériens et énergiques pleins de sens, Rachid fait ressortir admirablement les sonorités de l’orchestre avec nuances ainsi que le caractère intrinsèque de chaque danse.

Pièce centrale du concert, le Concerto pour violon no 1 en ré majeur de Florence Price, interprété pour la première fois au Canada, a été une belle découverte. De facture classique avec son organisation en trois mouvements (Tempo moderato, Andante, Allegro) il porte clairement la marque des origines de sa compositrice. Porté par la violon solo d’Obiora Tanya Charles Iveniuk, le premier mouvement notamment, évoque plusieurs des caractéristiques de la musique afro-américaine, telles les inflexions gospel, l’interaction en appel-réponse de l’orchestre et même du blues. Offrant plusieurs moments solos, il a permis de mettre en valeur la technique de la soliste dans des lignes d’une grande virtuosité. Le deuxième mouvement, plus lyrique, était empreint de grande envolée mélancolique, alors que le dernier mouvement retrouve la virtuosité festive et joyeuse où l’orchestre accompagne la soliste par des accents rythmiques et un tapis de notes enveloppant pour terminer dans une finale éclatante. Le concert s’est conclu avec les Variations sur un thème de Haydn par Brahms, une œuvre contrastante où les variations que le compositeur propose autour d’un thème choral tiré de la Feldpartie en si bémol majeur, déploient des caractères allant du dramatique grave au lyrisme dansant pour arriver à une finale au ton claironnant et victorieux.

Tout autant que le jeu de Tanya Charles Iveniuk, la direction de Samy Rachid nous a fait forte impression. Par une direction soignée et des gestes simples, mais immensément signifiants, il communique avec aisance une palette de dynamique et de couleurs. Il est d’une énergie enjouée, mais contenue, jamais dans l’excès avec une direction qui met en relief l’architecture des pièces en modelant finement le son de l’orchestre. Un chef à suivre et surtout à réinviter!

Deux ans seulement suivant sa création et après être passé d’un orchestre de 25 musiciens à plus du double, l’Ensemble Obiora peut assurément se dire qu’avec le programme vivant et original proposé samedi soir, l’intérêt et la diversité du public qui était présent, il est plus que jamais ancré dans le paysage musical montréalais.

Crédits photos : Tam Lan Truong (Tanya Charles Iveniuk) et Therera Pewal (Samy Rachid)

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