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En collaboration avec Sandra Gasana
C’est toute vêtue de rouge qu’Elida Almeida est apparue sur la scène Loto-Québec en cette dernière journée de la 40ème édition du Festival international Nuits d’Afrique. Alors qu’elle était de passage dans la métropole il y a plusieurs mois dans le cadre de la tournée Hommage à Cesaria Evora, ici on la découvrait à travers son propre projet, et elle a pu exprimer son art de manière encore plus authentique.
Accompagnée d’un guitariste, d’un bassiste, d’un batteur et d’un claviériste, elle a débuté comme elle a clôturé, c’est-à-dire avec la chanson “Bersu d’oru”, une chanson qu’Elida a écrite pour rendre hommage au Tabanka, genre musical de l’île de Santiago qui émerge des pratiques culturelles et spirituelles des personnes esclavisées qui étaient amenées au Cap-Vert. Au 19e siècle, ce petit archipel servait de « passage des milieux » pendant la traite transatlantique des esclaves.
On pouvait voir des drapeaux cap-verdiens dans la foule. Cet archipel a attiré beaucoup d’attention durant les dernières semaines grâce à sa participation à la Coupe du monde de soccer. Le gouvernement a décidé de chercher des joueurs à travers le monde pour jouer dans cette Coupe du monde et ils gagnent le cœur des fans du soccer. Les Cap-Verdiens, comme Elida nous l’a dit pendant son entrevue, sont des gens qui voyagent à travers le monde, mais qui ont encore leur cœur et une fierté de leur pays.
« Je suis très contente d’être là avec vous et c’est notre dernière danse au Canada. On retourne aux États-Unis », nous apprend-elle avant de nous proposer de nous emmener en voyage sur son île natale.
Et c’était parti pour une véritable évasion musicale, avec des rythmes capverdiens variés, certains aux allures carnavalesques, des influences latines, alors que d’autres étaient plus mélancoliques ou encore s’apparentaient au kompa ou au zouk.

Sourire aux lèvres, elle avait l’air de tripper à être sur scène, la météo contribuant probablement à sa belle humeur. Elida avait une présence scénique puissante, elle interagissait avec ses musiciens et avec le public, qu’elle faisait chanter à plusieurs reprises. Mais c’est au fur et à mesure qu’on avançait dans le spectacle qu’elle s’est arrêtée pour enlever ses bottes blanches pour annoncer ce qui allait suivre.
« La fête va réellement commencer », avant de se mettre à danser et de voir les festivaliers en faire de même.
Un moment coup de cœur était durant son interprétation de la chanson « Nta Konsigui » qui était tout simplement époustouflante puisqu’on avait l’impression qu’elle vivait la chanson devant nous. Une femme que je voyais au loin avait les larmes aux yeux durant ce moment, m’indiquant que la chanson parlait d’un sujet triste.

La qualité de la performance d’Elida nous a complètement impressionnés, au point que nous voulons la voir en tant que headliner dans une prochaine édition des Nuits d’Afrique. C’est sûr que beaucoup de festivaliers seront contaminés par le charme et le talent d’Elida, les rythmes de Cap-Vert qui d’une manière ou d’une autre nous parlent.
Crédit photo: Juliana Cortes

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La tête d’affiche pour clôturer la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique n’est nul autre que le grand Tiken Jah Fakoly, un habitué. Il avait ouvert le festival il y a quelques années au MTelus mais cette année, c’est sur la scène extérieure TD qu’il a ambiancé les festivaliers.
Alors que les deux premières chansons étaient uniquement avec les musiciens, ce n’est qu’au bout du troisième morceau qu’on a vu débarquer Tiken Jah. Vêtu d’une sorte de poncho à capuche fait d’un tissu africain, il est fidèle à lui-même, toujours prêt à sauter, parcourir la scène d’un côté à l’autre, en faisant parfois des acrobaties tirées des arts martiaux.
Avec ses nombreux musiciens, dont certains étaient vêtus de tenues militaires, et ses deux choristes, il nous a proposé des titres de ses nombreux albums, des plus anciens aux plus récents.
« Est-ce que le peuple est là ce soir ? » demande Tiken devant une marée de festivaliers. En effet, pour cette dernière soirée, la météo était clémente. Et malgré l’heure tardive pour un dimanche soir, tout le monde était au rendez-vous, adultes, enfants et tout ce qu’il y a entre les deux.
J’ai croisé plusieurs artistes qui étaient dans la programmation cette année, et d’autres venus voir le géant du reggae africain.
Il a joué aussi ses morceaux en anglais, « Discrimination » et « Africa wants to be free », avant de poursuivre avec ses titres en français et dans sa langue maternelle. Comme souvent lors de ses concerts, Tiken Jah rappelle la place importante de l’Afrique aujourd’hui tout en évoquant le paradoxe africain : le plus riche continent mais avec la population la plus pauvre.
Le côté militant de Tiken Jah est resté intact. Il invite d’ailleurs les jeunes à revenir construire leur pays après leurs études au Canada.
Un des moments de la soirée était sans aucun doute durant le morceau mythique « Plus rien ne m’étonne ». La foule s’est transformée en véritable chorale. Cela dit, j’ai découvert le morceau « Massa » qui figure dans l’album Braquage de pouvoir mais après cela, il nous a fait un genre de medley de tous ses plus grands succès : « Le balayeur », « Quitte le pouvoir », « On en a marre », et j’en passe.
Autre moment fort, après une petite pause d’hydratation, il revient avec « Africain à Paris » avant de dénoncer les visas refusés aux Africains lorsqu’ils veulent aller en Occident alors que les Occidentaux sont accueillis à bras ouverts en Afrique. Un autre paradoxe.
Une surprise qui a plu aux festivaliers est lorsque Tiken a invité l’artiste Meiway sur scène pour une petite session d’improvisation. Meiway était de passage sur la même scène quelques minutes plus tôt pour chanter l’hymne conçu spécialement pour les 40 ans du Festival.
« Quand le grand frère est là, on laisse la place », dit Tiken avant de céder la scène à Meiway en signe de respect.
Le concert s’est terminé avec « Ouvrez les frontières » sur lequel on a pu apprécier les belles voix des choristes. C’est ainsi que la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique a pris fin, aux alentours de minuit.
En somme, cette édition, qui se voulait ambitieuse de part son chiffre rond, a su relever le défi. Montréal vibrait du 7 au 19 juillet inclusivement et ce sont de nombreux Montréalais et touristes qui ont su en profiter. Rendez-vous l’année prochaine pour une autre programmation tout aussi éclatante !
Le kompa a fait parler de lui ces dernières années avec le succès planétaire de Joé Dwèt Filé ou encore plus récemment l’artiste Naïka qui a enflammé le quartier des spectacles.
Mais tout cela a commencé avec un groupe légendaire, l’orchestre Tabou Combo qui a mis le kompa sur la carte. Fondé en 1968 dans les banlieues de Pétion-Ville par les frères Chancy, Albert à la basse et Adolphe à la guitare, ce groupe en est à sa quatrième participation au Festival international des Nuits d’Afrique, et ont même clôturé le festival en 2014.
Au fil des années, le groupe a évolué, plusieurs nouveaux membres ont rejoint le groupe, d’autres ont quitté en cours de route. Après Haïti, ils se sont installés aux États-Unis et leur chanson « New York City » était au top des palmarès. Ils ont rempli des stades en Europe, en Afrique et en Amérique latine, et même après près de six décennies sur la scène, ils continuent à enflammer les foules.
Pour cette soirée du 18 juillet, un invité spécial était sur scène avec la formation, en remplacement d’un des membres absent en raison des conditions météorologiques plus tôt cette journée-là.
La communauté haïtienne était présente en grand nombre, toutes les générations confondues. Les nostalgiques et les plus jeunes appréciaient tout autant la soirée. Sur la scène, une panoplie de musiciens, un ensemble de cuivres, des percussions, deux guitares, une basse et un clavier, en plus des chanteurs.
Avec le kompa, on peut également remarquer les influences de funk et de soul sur certains morceaux venant de leurs années passées aux États-Unis. Un de leur plus grand succès qui figure dans l’album Sans limites paru en 2000, « Tu as volé », que je connaissais sans savoir que c’était une de leurs chansons, a particulièrement plu à l’audience qui se déhanchaient devant la scène TD. Les chansons étaient parfois très longues, composées de plusieurs sections, avec un changement de rythmes, pour revenir au rythme initial du début. Les classiques tels que « Mabouya » ou encore « Lakay » ont reçu un accueil chaleureux en cette soirée post-pluvieuse.
On peut entendre de l’espagnol également dans le morceau « Fiesta », qui nous donne l’impression d’être à Cuba, démontrant leur lien particulier avec l’Amérique latine, entre autres avec le Panama, où ils sont très populaires. Ils ont d’ailleurs un morceau intitulé « Panama Querida », qui figure dans l’album Fiesta Caribena paru en 2012. Au clavier, un musicien qui animait également la foule, parfois en anglais, parfois en créole. C’est d’ailleurs lui qui a volé la vedette lorsqu’il a repris le morceau « We are the world » pour dénoncer la situation politique et économique actuelle en Haïti. Durant cette chanson, les cellulaires avaient tous leur lumière allumée et nous vivions un moment de communion que seule la musique peut créer.
« Nous avons besoin de la lumière pour éclairer les mauvais esprits », annonce le claviériste, avant de brandir le drapeau haïtien sur la scène.
Après la tristesse, place à la joie. Le groupe enchaine avec « Feel Good », comme pour consoler l’audience qui venait de vivre un moment de recueillement, avec une touche de rap et la participation du public sur certaines mélodies.
Quelques chorégraphies étaient au menu, les musiciens et chanteurs faisant quelques pas synchronisés tout en animant la foule avant de faire une dédicace spéciale pour le peuple du Congo, plus particulièrement à l’un de ses pionniers, Patrice Lumumba. C’est ainsi qu’ils ont poursuivi avec un titre iconique « Indépendance Cha Cha », une bonne rumba congolaise.
Deux femmes à côté de moi, qui ne se connaissaient pas, l’une qui semblait Haïtienne et l’autre Blanche, ont tout simplement commencé à danser ensemble. Sans se parler, sans s’expliquer, juste danser.
C’est aussi ça la force de la musique: elle rapproche les gens, elle crée des moments de communion et soulage les coeurs. Tabou Combo a fait tout cela et plus encore pour son public venu le voir en grand nombre.
Crédit photo: André Rival
Ceux qui y étaient en parlent encore. Parmi les très, très grands moments de Nuits d’Afrique, on compte le spectacle de Tiken Jah Fakoly à l’occasion de la clôture de la 14e édition du festival en 2000, accompagné de musiciens montréalais (les meilleurs!). Ce fut le début d’une histoire d’amour réciproque avec, dit-il, « le festival ambassadeur de l’Afrique culturelle » (Radio-Canada, 2022). Chacun de ses spectacles subséquents a témoigné de la chimie entre l’artiste et son public montréalais. Il était donc tout naturel que la star internationale remette ça pour le 40e anniversaire. Doté d’une présence scénique époustouflante, le fougueux et influent reggaeman réveille les consciences, s’élève contre le pouvoir illégitime et l’injustice. Il milite pour l’unité, célèbre la richesse de l’Afrique. Sans relâche. Comme une mission qu’il s’est donnée. Et le public embarque. Parce que ça bouscule, que ça vient chercher. Parce que c’est vrai, senti et que ça résonne. Et parce que les cuivres irrésistibles, les lignes de guitares tranchantes et les riddims bien balancés donnent furieusement envie de chanter et de danser. De s’exprimer.
Those who were there are still talking about it. Among Nuits d’Afrique’s many highly memorable moments, Tiken Jah Fakoly’s closing concert of its 14th edition in the year 2000 is way up there, accompanied by Montreal musicians (they’re the best!). It marked the beginning of a mutual love affair with, as he put it, “the festival that serves as an ambassador for African culture,” (Radio-Canada, 2022). Each of his subsequent performances demonstrated the rapport between the artist and his Montreal audience. So, it is only natural for the international star to want to help celebrate the Festival’s 40th anniversary. With an astonishing stage presence, this fiery and influential reggae artist raises people’s awareness to counter illegitimate power and injustice, a self-driven mission. He advocates for unity and celebrates Africa’s diversity. Relentlessly. As if it were a mission he has set himself. The audience becomes hooked. Because he shakes things up, strikes a nerve. Because it’s true, heartfelt and resonates deeply. And because the irresistible brass, the sharp guitar riffs, and the well-balanced riddims make you desperately want to sing and dance. To express yourself.
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Diblo Dibala n’est rien de moins que le créateur du soukous et l’un des artisans des grandes heures de ce genre musical si entraînant. Une véritable légende respectée, qui a inspiré plusieurs générations de jeunes artistes. Chacune de ses apparitions, sans exception, au Festival international Nuits d’Afrique ces 40 dernières années a fait le buzz. Naturellement, il répond présent pour cette édition anniversaire. Et aucun doute qu’une fois de plus il ensorcellera le public avec ses rythmes effrénés! Surnommé Machine Gun pour sa dextérité à la guitare et ses sébènes affolants, Diblo Dibala livre un soukous explosif qui fait monter la température en crescendo, défiant quiconque de résister à l’envie d’onduler du bassin. Autre légende – et pilier de groupes de référence comme Bella Bella (avec Kanda Bongo Man), Loketo (avec Aurlus Mabélé) et Matchatcha, Diblo Dibala continue de laisser sa marque après plus de 50 ans de carrière.
Diblo Dibala is none other than the creator of soukous and one of the architects of the golden age of this infectious musical genre. A true and respected legend, he has inspired several generations of young artists. Without exception, every single one of his appearances at the Nuits d’Afrique International Festival over the last 40 years has caused a sensation. Naturally, he’ll be there for this anniversary edition. And there is no doubt that once again he will cast a spell over the audience with his frenetic rhythms! Nicknamed ‘Machine Gun’ for his dexterity on the guitar and his maddening seven-beat rhythms, Diblo Dibala delivers an explosive soukous that builds the energy to a crescendo, challenging anyone to resist the urge to sway their hips. Another legend – and a mainstay of leading bands such as Bella Bella (with Kanda Bongo Man), Loketo (with Aurlus Mabélé) and Matchatcha – Diblo Dibala continues to make his mark after a career spanning more than 50 years.
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« Un projet musical à la fois festif et inclusif » (La Presse, 2025). On vous invite à danser ? Un parfum de carnaval de Rio embaumera la nuit montréalaise. Surdo, conga, caisse claire, tamborim, repique, chocalho : les percussions sont reines dans l’univers de ce joyeux cercle, récipiendaire du Syli d’argent des musiques du monde 2026, qui égraine avec puissance et à une cadence élevée les samba de roda, cabula, maracatu et autres rythmes afro-brésiliens. Relevée d’impros jazzistiques et de chants entraînants, la musique foisonnante de ce collectif énergétique, fondé en 2022 par Carlos Henrique Feitosa, concurrence sans l’ombre d’un doute celle des réputées écoles de samba brésiliennes.
“A musical project that is both festive and inclusive,” (La Presse, 2025). Would you like to dance? Get ready for a Montreal night to be filled with the aromas of a Rio Carnival. Surdo, conga, snare drum, tamborim, repique, chocalho: percussions reign supreme with this joyful band of musicians—winner of Silver at the 2026 Syli des Musiques du Monde awards—that energetically renders samba de roda, cabula, maracatu and other Afro-Brazilian rhythms at an impressive tempo. Full of jazz-inspired improvisations and catchy tunes, the exuberant music of this dynamic collective—founded in 2022 by Carlos Henrique Feitosa—is undeniably on par with that of Brazil’s renowned samba schools.
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Un orchestre sur scène, des chœurs puissants et une histoire fascinante : découvrez Les contes d’Hoffmann d’Offenbach, un voyage lyrique rempli de magie, de passion et de mystère. Une production exceptionnelle présentée par l’Institut canadien d’art vocal et l’Orchestre de la Francophonie, dans une mise en scène de Nathalie Deschamps et sous la direction de Julien Proulx.
A live orchestra, powerful choruses and a fascinating story: discover Offenbach’s Les contes d’Hoffmann, a lyrical journey brimming with magic, passion and mystery. An exceptional production presented by the Canadian Vocal Arts Institute and the Orchestre de la Francophonie, staged by Nathalie Deschamps and conducted by Julien Proulx.
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Fort de près de cinquante ans de carrière musicale, le chanteur et compositeur Chris Combette était de passage au Festival international Nuits d’Afrique 2026. Il était sur la scène du Balattou le 15 juillet dernier, avec ses ‘’Angels’’, Patrick Plénet à la basse, Aymeric Létard aux claviers et Éric Valérius à la batterie.
INTERVIEW DE CHRIS COMBETTE AVEC ALAIN BRUNET
C’est un savoir faire et un savoir vivre complet, authentique et expérimenté que Combette présente dès les premières notes. On entend un panorama pas mal complet des titres qui ont fait son succès d’un demi-siècle, de La Danse de Flore à Maroni en passant par Salambô, Lè siel si ba, Lévanjil dan bouch (critique acerbe de la colonisation religieuse, sur des ruthmes chaloupés – ‘’ils nous ont laissé la bible, et sont reparti avec l’or’’), Les Enfants de Gorée, et plein d’autres. Un programme très généreux sur deux sets de plus d’une heure chacun.
Des chansons qui parlent de la vie, de l’amour, du quotidien en Guadeloupe, en Guyane ou ailleurs dans les Antilles, des histoires qu’on y raconte, un peu comme un troubadour provençal le faisait dans la France médiévale. Tout cela sur des rythmes afrodescendants du 20e siècle, reggae, cumbia, folk créole, un peu de zouk.
L’homme présente ses chansons avec un humour tranquille et une classe que l’on remarque chez tous ces artistes d’une génération de gentlemen qui savaient s’exprimer avec retenue et beaucoup d’honnêteté. En le voyant et en l’écoutant, j’ai pensé au grand Henri Salvador, qui avait ce genre de charme éduqué.
Si vous avez envie d’avoir une (très) bonne idée du concert, écoutez son album Chris Combette & Angels – le Live paru en janvier dernier. C’est presque exactement ce qu’on a eu mercredi soir.
J’avais entendu parler du groupe Systema Solar mais j’étais loin de réaliser à quel point ils étaient des vedettes aux yeux de la communauté colombienne mais également en Amérique latine en général. Composé de 4 membres, ce collectif mêle hip hop et électro de manière très naturelle et ont transformé la place des arts en une gigantesque discothèque à ciel ouvert.
Avec une batterie au centre de la scène et une station pas loin pour le DJ du groupe, les deux autres artistes animaient la foule en occupant tout le reste de l’espace. D’ailleurs le DJ se joint aux deux autres par moments pour rapper, danser ou les deux.
J’ai reconnu le drapeau colombien et un groupe de danseurs et danseuses apparaissaient sur scène à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre qu’ils fassent partie de la formation ou s’ils sont Montréalais. Une chose est sûre : entre leurs danses en tenues traditionnelles colombiennes ou encore celles plus contemporaines avec des chorégraphies bien maitrisées, ils sont à l’image du groupe.
Partant d’instrumentaux électros aux rythmes dansants, sur lesquels ils rajoutent le rap ou le chant, ainsi que la batterie, le résultat est tout simplement magique.
« On a besoin que la terre respire », mentionne l’un d’eux, faisant allusion à quelques reprises à l’importance de la terre, à ce que l’on mange et aux fermiers, mais en le faisant à travers la musique, l’humour, la danse. Bref, on a vraiment l’impression qu’ils s’éclatent sur scène, tout en étant complémentaires.
Ils font participer la salle, ils dénoncent la corruption, rendent hommage aux personnes afro-caribéennes de la Colombie, tout en nous faisant voyager dans le temps. Par moment, on aurait dit qu’on était dans les années 90, lorsque le hip hop, le break-danse et le beat-box étaient à la mode. Même dans les habillements des danseurs, on était dans une autre époque, optant pour des couleurs vives et lumineuses.
Le DJ occupait le rôle de MC à plusieurs reprises, allant et venant entre son ordinateur et la scène. Un morceau de leur nouvel album a particulièrement plu à la foule, il s’agit de « Futuro Primitivo » sur laquelle on pouvait se défouler mais les morceaux tels que « Rumbera » ou encore « Quien es el Patron ? » ont aussi reçu un bel accueil.
J’ai même reconnu un peu de raggamuffin sur une chanson, un indicateur de leur ouverture d’esprit en termes de musique, osant faire des mélanges inattendus. La soirée s’est terminée aux alentours de 23h30, dans la joie et la bonne humeur, sous une température idéale. Un autre pari réussi pour ce festival!
Crédit photo: André Vial
Je suis arrivée sur la scène Loto Québec un peu avant le show et j’ai pu assister au test de son du groupe originaire de Somaliland qui allait suivre. Et déjà, je reconnaissais plusieurs Somaliens dans la foule, tous venus voir ou découvrir leur sœur artiste et activiste Sahra Halgan.
Cette dernière était vêtue d’une tenue traditionnelle somalienne, une longue robe que l’on retient autour de la taille puisqu’elles sont habituellement très longues, par-dessus quoi elle avait rajouté une écharpe jaune. Avec son micro, le drapeau de Somaliland qu’elle n’a pas lâché de tout le concert.
Dès le début du concert, on reconnaissait dans ses mélodies millénaires une modulation typique de cette région. Cela me faisait beaucoup penser aux chants venant d’Ethiopie, d’ailleurs Sahra puise dans l’ethio-jazz, en y insufflant du blues touareg, des percussions et des riffs.
Les musiciens, qui semblent être français, faisaient les chœurs sur la plupart des chansons et maitrisaient la langue maternelle de la chanteuse, qui s’adressait à la foule dans cette même langue.
Le spectacle a commencé avec des chansons plus douces et plus ça allait, plus le rythme s’accélérait. Les interactions avec le public étaient plus rares mais lorsqu’elle a pris la parole, c’était surtout pour parler de la situation politique de son pays. En effet, et grâce à mes échanges avec certains festivaliers, le Somaliland veut son indépendance du reste de la Somalie. Avec un français impeccable, Sahra a expliqué pourquoi c’était important de reprendre son pays et que la musique a joué un grand rôle dans sa vie puisque « c’est la seule chose qui nous réunit ».
Sahra a rajouté une petite maraca sur quelques morceaux, alors que la batterie, la guitare électrique et une sorte de claviers venaient agrémenter le tout.
On pouvait reconnaitre d’autres drapeaux de Somaliland dans la foule, et sur certains morceaux, les musiciens mettaient leurs instruments de côté pour applaudir et encourager la foule à le faire. On pouvait lire la fierté dans le visage des compatriotes présents dans la foule, certains semblaient connaitre les paroles de certaines chansons, alors que d’autres découvraient Sahra.
Lors de mon entrevue avec Suzanne Rousseau, co-fondatrice du Festival international des Nuits d’Afrique, je lui avais fait la remarque qu’il n’y avait pas beaucoup d’artistes d’Afrique de l’Est dans la programmation. C’était avant de voir le nom de Sahra Halgan, mais il en faudrait d’autres comme elle, venant de la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique. Je vais en faire ma mission.
Crédit photo: André Rival