Un tout jeune quatuor à cordes (formé en 2024) qui a pour mission de jouer la musique de ses contemporains, aussi jeunes que lui, qui plus est sur un tout nouveau label, Mnémosyne, dont la mission est convergente, ça ne peut que nous plaire énormément, chez PanM360! Trois jeunes artistes québécois de la plume sonore sont mis de l’avant ici : Florence M. Tremblay avec Insides, Louis-Michel Tougas avec le Quatuor à cordes no 2 et Olivier St-Pierre avec Chronos, Kaïros et Aiôn, la pièce titre de l’album.
Dans Insides, Florence M. Tremblay jongle avec les techniques de l’intonation juste, des accords microtonaux et des glissandos qui servent de ponts sinueux entre elles, alors que Louis-Michel Tougas propose son très récent Quatuor à cordes no 2 (2024), pour lequel il pose une toile de fond texturée où les gibbosités et autres aspérités sonores semblent apparaître et disparaître au gré de flots d’énergie mouvants, mais rarement menaçants. L’écriture de Tougas favorise la création de décors délicats et finement tracés.
Chronos, Kaïros et Aiôn d’Olivier St-Pierre est l’œuvre la plus substantielle du programme, avec plus de 34 minutes. St-Pierre a étudié la philosophie, ce qui explique le titre, une référence aux trois concepts du Temps chez les anciens Grecs. Chronos est le temps mesurable, en jours, heures et minutes. On le représente volontiers comme un fleuve qui s’écoule. Kaïros est le ‘’moment opportun’’, celui, idéal, pour agir. L’image souvent évoquée est celle d’une créature ailée qu’il fait attraper par les cheveux lorsqu’elle passe. Et puis Aiôn est le temps cyclique, qui se confond avec l’éternité, l’éternel recommencement. On imagine un cercle, comme l’écriture des extra-terrestres dans le film Premier Contact (Arrival) de Denis Villeneuve.
J’ai écouté la pièce en tentant de faire des liens avec les concepts évoqués ci-haut, mais j’avoue ne pas avoir été en mesure de bien identifier les différentes marques thématiques, sinon peut-être de fugaces passages chantants au violon vers la fin. Symbolique de l’éternité cyclique? Mmm, possible. Mais ça demeure une hypothèse. Cela dit, on perçoit l’évolution de l’écriture de St-Pierre au long de la partition, avec une première moitié (grosso modo) parcourue d’agitations très pointillistes, voire atomistes, un quart suivant plutôt statique qui devient plus lyrique et post-impressionniste dans la dernière partie. St-Pierre demande une grande précision aux interprètes et ce de façon soutenue pendant plus d’une demie heure. Une exécution probablement très prenante, que les quatre membres du Quatuor Mémoire réalisent avec conviction.
Assurément, une musique absorbante en termes de qualité d’écoute, donc plutôt pour des oreilles aguerries. Cela dit, un niveau d’expression intellectuelle et artistique aussi élevé ne peut faire l’impasse de ce genre d’investissement appréciatif.
Si cette première entrée réussie du label Mnémosyne et du quatuor Mémoire est un indicatif de ce qui s’en vient, les mélomanes seront choyés.























