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Quinsin Nachoff

Pivotal Arc

· par Steve Naud

En 1957, le compositeur américain Gunther Schuller désignait pour la première fois sous l’appellation « Third Stream » la synthèse opérée entre la musique classique de tradition européenne et le jazz. Depuis, de nombreux créateurs nous ont proposé leur version de ce mariage. Une des plus récentes expériences du type est le nouvel album du saxophoniste Quinsin Nachoff, le très ambitieux Pivotal Arc. Cette entreprise colossale a nécessité les services de musiciens new-yorkais, torontois et montréalais.

Le disque s’ouvre avec un concerto pour violon dont la soliste principale est la violoniste québécoise Nathalie Bonin, qui livre ici une performance époustouflante. Elle traverse les trois mouvements de cette œuvre avec un aplomb et une créativité qui impressionnent. Son jeu extrêmement coloré est mis en lumière par le travail de l’infatigable section rythmique composée du contrebassiste Mark Helias et du batteur Satoshi Takeishi. Ces deux jazzmen de haut niveau impriment une cadence de tango déconstruit à cette composition qui évoque à la fois Béla Bartók, Igor Stravinski et la musique des Balkans. L’apport de la section de vents et de cordes dirigée par JC Sanford est également à souligner.

La deuxième pièce au programme est un quatuor à cordes que Nachoff a créé pour le quatuor Molinari. Les membres de l’ensemble montréalais ont visiblement pris beaucoup de plaisir à jouer cette œuvre qui rappelle, encore une fois, Bartók, mais aussi la seconde école de Vienne. Nachoff nous y démontre hors de tout doute qu’il est un créateur qui n’a rien à envier aux compositeurs contemporains d’allégeance classique bien qu’il soit issu du milieu du jazz. 

Un superbe solo de Helias amorce la pièce-titre, un morceau plus près du jazz qui offre une splendide conclusion à l’album. Takeishi et le vibraphoniste torontois Michael Davidson y sont particulièrement imaginatifs. L’atmosphère mystérieuse que la musique dégage est résolument moderne bien qu’on y décèle par moments l’influence de Duke Ellington et Billy Strayhorn. La pièce termine sa rotation sur elle-même avec un autre solo de Helias qui conclut de belle façon cet opus fort réussi de Quinsin Nachoff.

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