Travis Laplante est un saxophoniste états-unien qui fait entre autres partie du duo Subtle Degrees avec Gerald Cleaver. Voici un album étonnant et extrêmement séduisant de quatuors à cordes qu’il a écrit et qui sont interprétés avec force et conviction par l’ensemble new yorkais JACK Quartet.
Les quatuors sont écrits en partie selon le principe de l’intonation juste, un système dans lequel, en principe, tous les intervalles, en particulier toutes les consonances, sont justes. C’est-à-dire qu’elles correspondent en théorie à des rapports de fréquence simples, 2/1 pour l’octave, 3/2 pour la quinte, 4/3 pour la quarte, 5/4 pour la tierce majeure et 6/5 pour la tierce mineure. Il est difficile d’imaginer à partir d’une définition académique la nature sonore du résultat. Disons qu’à certains moments, c’est un peu comme si la musique semblait se distordre subtilement, comme une cassette audio dont la vitesse de rotation diminue ou accélère. Des parallèles avec les musiques microtonales arabes et indiennes peuvent être avancés.
Pour sa part, Laplante calibre parcimonieusement son écriture de façon à ce que les ‘’étrangetés’’ auditives soient disséminées à travers ses partitions qui sont, en général, consonantes de manière ‘’traditionnelle’’ et écrites dans le style post-minimaliste avec utilisation du rythme pulsé.
Le résultat est un univers franchement attrayant qui, de temps en temps, nous surprend et semble se dérober à notre attention, ou vouloir tromper nos sens. Un équivalent sonore de l’effet Bullet Time de Matrix. Ou encore, à d’autres moments, comme si deux mélodies parfaitement tonales mais décalées d’un demi-ton, se chevauchaient.
Ce qui convainc le plus dans la démarche de Laplante, c’est qu’il n’abuse pas de ce système. Il veut manifestement écrire de la bonne et belle musique, pas un exercice cérébral de mise en valeur d’un concept. En ce sens, c’est tout à fait réussi.
Un album qui étonne l’esprit tout en nourrissant le cœur.























