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Aksak Maboul

Figures

· par Michel Rondeau

Novembre 1977, les Belges Marc Hollander et Vincent Kenis lancent un premier microsillon sous le pseudo d’Aksak Maboul, Onze danses pour combattre la migraine, où l’on retrouve toutes sortes de musiques – proto-électro évoquant Terry Riley, semblant de jazz, folklore imaginaire, rock prog… – qui ont en commun d’être assez enjouées. Trois ans plus tard le duo remet ça, mais cette fois appuyé par le batteur Chris Cutler et le guitariste Fred Frith du groupe britannique Art Bears croisé en tournée et quelques autres dont Michel Berckmans, ventiste d’Univers Zéro et la vocaliste Catherine Jauniaux. Le disque en résultant, Un peu de l’âme des bandits, beaucoup plus complexe et expérimental, constitue l’un des plus beaux fleurons du mouvement Rock In Opposition. 

En 1981, Hollander fusionne Maboul avec le groupe nettement plus pop The Honeymoon Killers. Mais il vient aussi de mettre sur pied le label Crammed Discs et c’est à cette nouvelle entreprise qu’il consacrera dorénavant ses énergies comme directeur artistique, produisant au cours des décennies suivantes des artistes aussi variés que Tuxedo Moon, Minimal Compact, Karl Biscuit, Bebel Gilberto, Suba, Colin Newman, Taraf de Haïdouks, Konono N° 1, Zap Mama et Hector Zazou, pour n’en citer qu’une poignée. 

Ce n’est qu’en 2014 qu’Hollander redonnera vie à Aksak Maboul en publiant sous le titre Ex-Futur Album les chansons très électro-pop écrites et enregistrées entre 1980 et 1983 destinées au troisième disque de la formation. À la suite de l’accueil favorable réservé au disque, un Aksak Maboul ad hoc est formé et donne une trentaine de concerts.

Mai 2020 arrive ce double album, Figures, enregistré avec l’aide de quelques anciens membres et d’invités tels que Fred Frith, Steven Brown de TuxedoMoon et des membres d’Aquaserge. Alors, qu’en est-il? Il demeure fidèle à l’esprit qui animait le groupe à l’origine. On y retrouve la même inventivité et le même ton enjoué. Évidemment, comme le genre éclectique que pratiquait Aksak Maboul a depuis fait florès, il a inévitablement perdu un peu de sa fraîcheur, mais à peine. Ses 22 pièces et préludes se présentent comme un joyeux bric-à-brac où sont nichées quelques perles. Comme cette Taciturne qui évoque le Frank Zappa de Hot Rats ou cette Dramuscule mêlant saxo et Rhodes jazzy, basson et une rythmique électro sur des textes français et anglais en chassé-croisé. Foisonnant, un peu brouillon par moments, avec son lot de pièces un peu longuettes ou au contraire qu’on aurait aimé plus développées, ce Figures respire la liberté et le plaisir de faire de la musique pour s’amuser.

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