La prémisse des Quatre Nations est prometteuse : la redécouverte dans des archives oubliées de concertos vivaldiens descriptifs. À l’instar des saisons mais cette fois pour des pays. Le résultat n’est pas aussi révélateur, en plus d’être légèrement trompeur. En effet, à l’exception d’un seul des quatre concertos présentés, nous avons ici des reconstructions (certes très habiles) effectuées par Matthias Maute. L’histoire débute avec le Lord écossais Robert Kerr, un flûtiste de l’époque de Vivaldi qui a ramené chez lui la partition du quatrième des concertos de ce programme, Il Gran Mogol, partition retrouvée en 2010 par un musicologue dans les archives de la famille. Il Gran Mogol est une évocation assez peu ‘’exotique’’ de l’Inde (à l’époque, l’Empire Moghol). On sait que ce concerto a été écrit vers la fin de la vie de Vivaldi, avec trois autres, inspirés eux aussi de pays, ou nations, étrangères à l’Italie : la France, l’Angleterre et l’Espagne. Vivaldi espérait répliquer le succès de ses quatre saisons et ainsi, peut-être, réaliser quelques profits afin de subvenir à ses besoins. Ces derniers demeurent toutefois introuvables, mais qu’à cela ne tienne, Matthias Maute a entrepris l’exercice périlleux de reconstruire les partitions perdues en respectant rigoureusement le style vénitien de Vivaldi. D’où le terme de ‘’trompeur’’ employé plus haut, bien que sans aucune méchanceté.
Le résultat est à s’y méprendre tellement Maute est fidèle à son modèle. Cela dit, les particularités nationales demeurent très subtiles, voire hermétiques pour le mélomane non spécialiste. La Francia (France) a certes un côté pompeux, comme dans une Ouverture Lulliste, l’Inghilterra (Angleterre) dégage un caractère tempétueux, typiquement vivaldien, et qu’on peut relier à l’aspect maritime du royaume. La Spagna (Espagne) donne, peut-être quant à elle, l’impression de quelques ‘’coups de talons’’ (dixit Maute), mais cela reste de l’ordre de la suggestion délicate, voire timide. Ce qui est certain, c’est que la maîtrise du style évoqué par Maute est impeccable et réalisée avec beaucoup d’attention, en plus d’être interprétée avec le panache requis par le compositeur d’origine.
À côté du véritable concerto de Vivaldi redécouvert en 2010 (Mogol), les vrais-faux de Matthias Maute font bonne figure et nous laissent rêver d’un concert imaginaire quelque part dans les années 1730 à Venise.























