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Pays : Canada Label : Collection QB Genres et styles : classique / drone / musique contemporaine Année : 2020
Quatuor Bozzini

Alvin Lucier : Navigations

· par Steve Naud

Avec Navigations, le Quatuor Bozzini nous offre une bien belle fenêtre sur l’univers d’Alvin Lucier.

Depuis sa création il y a une vingtaine d’années, le Quatuor Bozzini a su développer des relations privilégiées avec plusieurs créateurs importants de l’époque actuelle. C’est à la demande du seul et unique Alvin Lucier que l’ensemble montréalais fait aujourd’hui paraître ce disque constitué de pièces jouées dans le cadre d’un concert sur les planches du Gesù en 2015. Elles ont été réinterprétées l’été dernier à l’église Sainte-Théodosie de Calixa-Lavalée pour les fins de cet enregistrement qui nous présente différentes facettes de l’œuvre du compositeur américain. 

Le disque s’ouvre avec Disappearances, une pièce créée en 1994 qui s’inscrit dans la portion plus drone du répertoire de Lucier. Soutenant des bourdons sonores qui se déploient sur plusieurs minutes, les membres du Quatuor Bozzini font preuve d’une adresse et d’une endurance colossales. Les mélomanes qui prisent ces faisceaux musicaux horizontaux en savoureront toute la profondeur avec beaucoup de plaisir.

Group Tapper (2004) nous transporte dans un tout autre univers. Les quatre musiciens utilisent leurs violons comme des instruments à percussion en les frappant avec leurs archets. L’auditeur a l’impression de se retrouver dans une caverne où aurait lieu un rituel païen invoquant de mystérieuses divinités. Ce sentiment d’étrangeté s’accentue à l’écoute des vingt-quatre courtes séquences d’Unanumo (1994) aux cours desquelles le chant des instrumentistes se marie au frottement des cordes. La musique qui en résulte déconcerte autant qu’elle fascine.

En guise de conclusion, Navigations for Strings (1991) nous ramène sur les berges des rivières drone. Pour maîtriser ces courants sonores continus, le Bozzini se montre aussi habile que le réputé Quatuor Arditti qui a, lui aussi, endisqué cette œuvre il y a quelques années. Sa performance est, une fois de plus de très haut niveau, mais le travail de l’ingénieur de son Carl Talbot, qui nous permet d’en apprécier chaque détail avec une clarté cristalline, doit également être souligné. 

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