Voici, selon la description de l’album Music for Physically Modeled Piano, de la musique pour piano hyper virtuose qu’un artiste humain ne peut physiquement jouer. L’exploit est rendu possible par le recours à un logiciel qui permet d’exprimer des sons de piano acoustique d’un réalisme confondant (ou ‘’hyperréaliste’’, selon le modèle Pianoteq, un outil de création sonore basé sur des instruments réels), et ce avec une interface MIDI. Ceux qui ont écrit cela ne connaissent probablement pas Marc-André Hamelin, car pour la plupart des choses que j’entend, je l’Imagine capable de relever le défi. Je dis la plupart, car il y a des passages où les notes (plutôt les sons) engendrées s’étirent et se contractent en changeant de fréquence résonnante, comme si un vinyle perdait ou augmentait lentement sa vitesse de rotation. Évidemment, ce genre de chose est tout bonnement impossible avec un vrai piano.
J’aime beaucoup ce que j’entend sur cet album. Il s’agit de véritable musique contemporaine, à mi-chemin entre l’électronique et l’acoustique, et qui réussit à apporter un caractère honnêtement nouveau et rafraîchissant dans la musique savante.
Les Agnostic Luddites ci-haut nommés sont un collectif de compositeurs associés à cette méthode de composition hyperréaliste.
Il y a cinq compositions sur Music for Physically Modeled Piano, dont deux par Manuel Morales, deux autres par Brian Abbott et une par Paul Newman (non, pas l’acteur qui, de toute façon, aurait dû être ressuscité pour avoir accès à cette technologie relativement récente). Les deux pièces de Morales sont en vérité une seule, de style minimaliste post-Reich, mais en deux versions différentes, soit une pour le piano hyperréaliste et l’autre pour un synthétiseur ‘’classique’’. L’univers de différences qui est témoigné par les sonorités des deux instruments est tout bonnement impressionnant. Abbott, lui, travaille ses pièces de manière plus audacieuse. C’est à lui que l’on doit les glissements qui font penser à un vinyle ralenti ou accéléré (la pièce Greatest Hits for Bent Piano), alors que Newton’s Cradle de Paul Newman est d’ordre répétitif minimaliste sans donner l’impression, du moins aux oreilles, d’être particulièrement difficile à jouer.
Tout n’est pas également attrayant, mais quelques titres de cet album sont tout bonnement fascinants.























