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Le multi-instrumentiste jazz Julien Fillion captive l’imaginaire avec ses pièces instrumentales cinématographiques et immersives. Nous nous sommes entretenus avec lui à la veille de son concert du 14 février prochain au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour.
PAN M 360 : Je tiens d’abord à te féliciter pour ta musique, que je qualifierais de savante, grandiose et profondément inspirante.
Julien Fillion : Merci, c’est trop gentil.
PAN M 360 : Tu as fait paraître un excellent EP intitulé ego en 2024, suivi en 2025 d’une version LP, ego.alt. Quel était l’état d’esprit derrière l’EP ego, et en quoi diffère-t-il de celui de l’album qui en découle, ego.alt?
Julien Fillion : Pour moi, ego.alt, c’était vraiment un second souffle à ego. Une fois l’EP terminé et avec l’idée du projet du film/live session qui arrivait, j’ai eu l’impression que je n’avais pas encore complètement fini l’œuvre. Le fait de devoir présenter cette idée-là à une équipe m’a forcé à pousser un peu plus loin ma réflexion, et assez naturellement, de nouvelles idées d’arrangements sont apparues. J’ai eu beaucoup de plaisir avec Ghyslain Luc au mix aussi à amener les chansons ailleurs.
Au fond, c’est essentiellement la même musique, les mêmes arrangements, mais le fait de tout jouer live change vraiment la donne. Il n’y a aucun montage, aucun edit, et je dis bien aucun, et ça donne quelque chose de beaucoup plus raw. Pour moi, c’est plus vivant, plus honnête, et au final, meilleur.
PAN M 360 : Tu es multi-instrumentiste : saxophone, claviers, guitare et production électronique sont autant de cordes très fortes à ton arc. Que représentent ces différents instruments pour toi en tant que compositeur et directeur musical?
Julien Fillion : Tout a commencé avec la guitare quand j’étais gamin, et le saxophone est arrivé un peu par hasard, lors d’une audition au secondaire. Mais mon vrai amour pour l’instrument est vraiment apparu au cégep. J’étais ce jeune ado aux cheveux longs qui jouait du rock et de la guitare électrique, haha.
Au final, tous ces instruments sont pour moi des façons différentes de m’exprimer. Je me considère chanceux de pouvoir jouer autant de choses, parce que ça m’empêche de m’ennuyer et ça me permet d’explorer plein de textures différentes.
Cela dit, je dois avouer que le saxophone reste MON instrument. C’est celui avec lequel j’ai passé le plus d’heures, celui avec lequel je suis le plus exigeant, et c’est aussi celui qui me demande le plus de courage. Quand je joue du sax, j’ai toujours ce sentiment de laisser une partie de mon intimité accessible aux autres. C’est à la fois l’instrument que je maîtrise le mieux et celui qui me met le plus au défi.

PAN M 360 : Parle-moi un peu de tes collaborations avec Bobby Bazini, Diane Tell, Adib Alkhalidey et Les Louanges. Comment ces rencontres se sont-elles faites, et quelles formes ont-elles prises artistiquement?
Julien Fillion : Je me considère vraiment chanceux d’avoir croisé ces artistes, parce qu’ils et elles ont vraiment nourri et inspiré le musicien, l’artiste que je suis devenu. Difficile de dire exactement comment ces rencontres se sont faites… La musique, c’est un petit milieu : tu remplaces quelqu’un ici, quelqu’un parle de toi là, et pouf, tu te retrouves sur une tournée ou en studio.
« La seule chose que je peux contrôler, c’est mon éthique de travail. Je me suis toujours super bien préparé, parce que je crois beaucoup qu’on n’a qu’une seule chance dans ce métier, et que la première impression est hyper importante. »
PAN M 360 : Ta musique possède une forte dimension cinématographique. On a l’impression que tu cherches à nous entraîner dans de vastes univers contemplatifs, parfois désertiques, parfois cosmiques (v(.)id, sahara, supernova). Quelles sont tes sources d’inspiration lorsque tu composes? Films, jeux vidéo, romans, arts visuels… ou autre chose encore?
Julien Fillion : Je suis vraiment content que tu voies ça, parce que c’est un peu mon but, haha. J’aimerais pouvoir donner une réponse super poétique, mais en vrai, je ne peux pas vraiment pointer une source précise qui m’inspire à chaque fois. C’est plutôt un mélange de mon humeur au fil des semaines de création, de la production, des essais…
J’ai le sentiment que mon cerveau finit par faire une sorte de synthèse de tout ce qui m’entoure et me renvoie des idées. Pour moi, composer, c’est vraiment un travail d’artisan : on façonne petit à petit, on teste des textures, des ambiances, jusqu’à ce que ça prenne forme. Et parfois, ces univers contemplatifs ou désertiques sortent tout seuls, comme si la musique avait sa propre vie.

PAN M 360 : Sur le plan musical, j’entends des échos de Pink Floyd, d’Ennio Morricone, mais aussi des influences très diverses, venant d’un peu partout dans le monde. Quelles sont les influences musicales liées à ton projet (jazz, musique de film, etc.)?
Julien Fillion : J’écoute vraiment de tout, et je fonctionne par phases. Je peux passer deux mois à n’écouter que de la chanson québécoise, puis virer dans une phase Coltrane ou Broïl. Par contre, mes fondations — la musique de mon enfance — c’est du Led Zeppelin, du Pink Floyd et Hendrix. Je pense que ça restera à jamais en moi. Tout ça se mélange dans ma tête et finit par réapparaître dans mes compos, souvent d’une manière intuitive.
PAN M 360 : Enfin, à quoi peut-on s’attendre lors de ta prestation du 14 février au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour?
Julien Fillion : Ça va brasser, c’est sûr ! J’ai super hâte de jouer à Montréal, surtout qu’on n’a pas joué ici depuis le lancement en octobre 2024. Mes amis et moi, ça fait genre 10 ans qu’on joue ensemble — l’énergie est énorme et on s’amuse tellement sur scène. Le show va être intense, vivant, parfois doux, parfois complètement déchaîné… mais toujours sincère. Mon but, c’est que le public ressente notre plaisir à jouer et reparte avec la tête pleine de musique.
Julien Fillion sera en concert le 14 février au Verre Bouteille dans le cadre du Taverne Tour.























