Stéphanie Boulay: album guérison, album reconstruction

Entrevue réalisée par Marilyn Bouchard
Genres et styles : chanson keb franco / indie pop

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On la connaît depuis toujours comme la moitié blonde de son duo Les Sœurs Boulay » avec Mélanie, mais ça faisait depuis 2018 qu’on avait pas entendu Stéphanie en solo, alors qu’elle nous avait présenté son premier souffle individuel,  Ce que je te donne ne disparait pas. Elle revient cette année avec un nouvel album introspectif et sans filtres: Est-ce que quelqu’un me voit? 

Elle y explore les thèmes de l’amour, de son rôle de femme et de la définition du bonheur, pour ne nommer que ceux-la. Avec des teintes résolument pop dans ses arrangements, mélangeant les synthés et des lignes de basse bien définies à la guitare intemporelle, l’album nous emmène sur les rives de l’acceptation de soi, de l’envie de prendre sa place, du besoin de libération mais aussi de l’attente et de la patience, un des moteurs de l’album.

Réalisé par Alexandre Martel, complice de longue date, les 10 pièces furent d’abord esquissées lors d’une pré-production assez concise en studio où l’attention au détail de son collaborateur aura permis de trouver la direction sonore de celles-ci.

Fait saillant pour elle dans cet album : elle voulait sortir de sa zone de confort et se mettre à son propre diapason, en se prouvant qu’elle pouvait aussi faire les choses toute seule, sans avoir à s’appuyer sur quiconque. Marilyn Bouchard  a recueilli ses réflexions sur ce nouveau chapitre qui s’entame. 

PAN M 360: De quel besoin, dirais-tu , est né cet album? Quel feu a nourri sa création?

Stéphanie Boulay: Je venais de me séparer et en même temps, j’étais dans le processus  d’un diagnostic de neuro-divergence. Alors c’était une période où j’avais besoin de faire le point, à la fois sur ce que les autres/la société attendent de moi qu’au niveau de ce que moi j’attends de moi-même. J’avais besoin de m’assumer dans ce que je suis. J’étais chez moi toute seule avec mon chien et, comme mon rapport à l’écriture est très honnête, c’est tout ce qu’il me restait pour me rattacher à cette phase-là. J’ai eu besoin d’écrire. Et je me suis rendue compte que ça a toujours été ma bouée au final, l’écriture.

PAN M 360: Quelques chansons assez mélancoliques sur l’album,  Si l’essentiel c’est d’être aimé, Est-ce que quelqu’un me voit? , J’aurai pas d’enfants  et La nuit dure depuis trop longtemps  : avais-tu un surplus de tristesse à évacuer? Est-ce un album guérison?

Stéphanie Boulay: Définitivement. C’est un album guérison, un album reconstruction. J’avais besoin de dire le vrai et pas juste le beau, le négatif aussi, pour y faire face, pour m’en libérer. D’abord pour moi, un peu égoïstement, mais aussi pour les autres qui passent par des émotions similaires.

PAN M 360: De quelle manière as-tu voulu pousser plus loin la recherche amorcée dans  Ce que je te donne ne disparaît pas, paru en 2018?

Stéphanie Boulay: Tout d’abord, j’ai développé plusieurs nouvelles aptitudes dans le cadre de la création de cet album. J’ai fait de la recherche d’archives, à la fois vidéo et audio. J’ai aussi appris le montage et la photographie avec Alex Martel. Au niveau de la conception dans Ce que je te donne ne disparaît pas, on était vraiment dans une recherche de vibe, alors que pour celui-ci il y avait une attention particulière portée au choix et à la texture des sons. Alexandre est quelqu’un de très précis, de très minutieux, et on pouvait passer une heure à écouter un son. J’ai tout écrit et ensuite, on s’est enfermés en gang dans un chalet pendant 6 jours. Pendant la conception j’écoutais beaucoup de pop américaine, à la fois parce que j’en avais envie et ça me faisait du bien mais parce que j’avais envie que cet album-là soit plus pop. 

PAN M 360: Contrairement à ton premier album solo, on ne retrouve pas de collaboration sur celui-ci, est-ce parce qu’il est plus intime, plus personnel?

Stéphanie Boulay: Oui, définitivement. Aussi, puisque je viens d’un duo et que toute ma vie j’ai eu d’autres personnes pour me supporter, c’était vraiment important pour moi de me prouver que je pouvais faire les choses par moi-même. L’envie était forte par moments d’envoyer le matériel à d’autres personnes ou de recueillir des avis, parce que c’est ma zone de confort, mais j’ai voulu en sortir pour me donner le droit de prendre mon propre pouls. Il y a bien des choses sur cet album-là que je n’aurais même pas dites à mes amies, parce que j’aurais été gênée ou j’aurais eu honte, et  je ne voulais pas d’autocensure.

PAN M 360: Tu fais de la musique depuis toujours avec Mélanie en tant que l’une des sœurs Boulay, alors comment c’est de se dissocier de « ton autre moitié » et de vraiment mettre l’attention sur ton individualité musicale? Est-ce que ça te donne plus de liberté ou certains droits?

Stéphanie Boulay: Oui complètement! Il y a un certain registre plus cru ou tranchant que moi j’ai et que je ne me serais pas nécessairement sentie à l’aise d’exploiter aux côtés de ma sœur, vu que j’aurais voulu la protéger. Je suis une personne très bouillonnante, voire sans filtres, et je n’aurais pas voulu que ça puisse avoir de répercussions sur les autres. Je me garde une petite gêne, finalement, lorsque ce n’est pas solo. Aussi, on travaille beaucoup dans le compromis et là, il n’y en avait aucun à faire.

PAN M 360:  De quelle manière Alexandre Martel et toi avez trouvé la direction de l’album ? Il y a une belle exploration des synthés dans les arrangements, était-ce une direction 80’s recherchée?

Stéphanie Boulay: On avait déjà trouvé durant le pré-prod que les synthés étaient une direction qu’on voulait prendre sur l’album, mais ça a vraiment été avec l’apport de ma claviériste Camille Gélinas que tout ça s’est défini. Elle a tellement de sons cools, c’est une vraie fan de gear et on s’accompagne musicalement depuis longtemps alors c’est pas le biai de Camille que les synthés de l’album se sont mis en place.

PAN M 360: J’ai vraiment aimé découvrir Ces photos de moi qui apportait une touche sensuelle et surprenante à l’album, bien qu’en restant au diapason de l’œuvre. Serait-ce un aspect de toi que tu te permets moins d’explorer ou de nous partager?

Stéphanie Boulay: C’est une chanson qui me fait encore un peu peur, même si elle est sortie. Mais oui c’est un angle de ma personne que j’expose moins souvent et avec lequel j’ai encore un certain degré d’inconfort, mais qui est là. Tout comme sa partition vocale où j’utilise plus la voix de tête. C’est une des chansons sur l’album où on a figé la partition de basse durant la pré-prod et ensuite, tout le reste s‘est conçu autour. Je la vois un peu comme l’ovni de l’album hihi!

PAN  M 360: Les notions de patience et d’attente reviennent beaucoup tout au long de l’album. Dirais-tu que c’est le moteur de l’album? 

Stéphanie Boulay: La patience, oui. La résilience aussi. La capacité à accepter que tout n’est pas parfait dans le moment, et d’apprivoiser cet inconfort. Quelqu’un m’a dit : « Le bonheur, c’est d’avoir de bonnes heures ». Je trouve que c’est une belle manière de voir ça et que ça le rend peut-être plus simple.

PAN M 360: Qu’est-ce que tu planifies pour la suite de 2025?

Stéphanie Boulay: J’ai une tournée de spectacles planifiée qui se met en branle le 17 avril jusqu’en 2026. J’ai très hâte de donner vie à ces chansons-là sur scène avec ma gang.

PAN M 360: As-tu l’impression d’être parvenue à prendre ton espace, à exister à ta pleine mesure, à ce que « quelqu’un te voie » avec cet album?

Stéphanie Boulay: Totalement. Parce que je vais mieux, je suis plus solide. Cet album m’a permis de laisser-aller certaines choses et de m’en réapproprier d’autres.

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