SAT | Amselysen entre fiction politique et culture du produit

Entrevue réalisée par Loic Minty
Genres et styles : ambient / électronique / expérimental

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À l’occasion de son passage à Club S.A.T., Amselysen présente sur scène l’aboutissement d’un projet qui a longuement mûri : American Vulgarities, You’re My Lucky Star. Il affine une proposition plus incarnée, plus frontale. À travers cet entretien, il revient sur l’évolution du live, les influences de ses années en band, ainsi que sur la dimension conceptuelle de l’album, où se croisent fiction politique, ironie et stratégie marketing pensée comme geste artistique.

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La performance comme aboutissement

PAN M 360 : Tu vas présenter ton projet à Club S.A.T. Tu as récemment fait une tournée en Europe avec American Vulgarities, You’re My Lucky Star. Est-ce que c’est ce projet que tu vas présenter à la SAT?

Amselysen : Ça va être vraiment l’aboutissement du matériel de American Vulgarities, You’re My Lucky Star. C’est un album qui est en phase finale et qui se prépare pour parution tranquillement.

J’ai eu la chance de faire la tournée en Europe, ce qui m’a permis de peaufiner une partie du matériel. La première présentation du prototype, c’était le 31 mai 2025. Après, je suis parti en tournée avec l’album et j’ai composé quelques nouvelles chansons.

J’ai pu raffiner tout le processus. À Club S.A.T., ça va être l’aboutissement final de cette tournée-là. C’était un privilège de pouvoir vivre cet album en live avant sa sortie, une chance que je n’ai pas toujours eue avec mes anciennes parutions.

PAN M 360 : Qu’est-ce que la tournée a changé dans ta manière d’aborder le projet?

Amselysen : La première fois que j’ai performé en live, je me suis rendu compte que ce qui m’intéresse et ce qui intéresse les gens, c’est quand je prends le micro. Ça a été la première étape vers le retour à une dynamique plus incarnée. Ensuite, je me suis dit que, maintenant que tout était remis sur la table et que je n’avais plus besoin de respecter un barème technique auto-imposé, c’était le moment de ramener la guitare basse dans ma musique.

J’avais un band auparavant, largement inspiré par le duo californien The Garden, qui m’a donné le courage de publier de la musique. C’était un pastiche de leur formation, guitare, basse, chant et drum.

J’ai repris la basse comme un instrument lead, très frontal sur certaines pièces. Il y a aussi de la percussion live, des mini extraits de beatboxing ajoutés pour donner un peu de saveur à des drums très électroniques, composés à partir d’oscillateurs plutôt que de samples.

J’ai essayé de réinjecter de la vie dans l’ensemble. Beaucoup d’improvisations vocales, quelques interludes un peu ridicules. Par moments, ça devient presque un sketch humoristique.

PAN M 360 : Comment tes années en band influencent-elles ta pratique actuelle?

Amselysen : C’est des années à vivre la musique live à 100 %, et aussi à me planter. Ça m’est arrivé souvent, une bombe absolue sur le stage. Ça sonne comme un post LinkedIn, mais ça t’apprend la gestion du stress, comment vivre l’échec, modérer ses attentes et rattraper des accidents en situation live.

Amselysen est pensé comme un projet de concert, construit en termes de chansons, même pour les instrumentales, plutôt que selon des logiques plus strictement liées au dance music comme la techno.

PAN M 360 : Version encore plus LinkedIn?

Amselysen : Me planter sur scène huit fois m’a appris beaucoup de choses : les interactions B2B avec le public, la gestion de sa démographie et de son audience, les relations publiques, le RP, ainsi que la gestion de la défaite dans un environnement professionnel.

Un album entre fiction et réalité

PAN M 360 : Que représente le titre American Vulgarities, You’re My Lucky Star?

Amselysen : Le nom a été décidé avant les dynamiques politiques actuelles aux États-Unis. Je voulais construire une forme de docu-fiction à travers les noms de pistes, imaginer une réalité politique potentiellement terrible.

Mais plus le temps passe, plus la réalité dépasse ma fiction, qui était pourtant assez dystopique. J’ai ressenti le besoin d’accentuer le côté un peu cave, plus vulgaire du projet dans le processus.

PAN M 360 : As-tu une date de sortie?

Amselysen : Tant que rien n’est béton, je ne veux pas vendre la mèche. Je suis en discussion avec une maison de disques.

Je développe aussi la campagne marketing, qui joue un rôle central dans l’album. Elle a été pensée avec une dimension visuelle, non pas audiovisuelle, mais conceptuelle, inspirée par la théorie de la fétichisation de la musique de Theodor Adorno, La société du spectacle de Guy Debord et La part maudite de Georges Bataille.

Il y a une réflexion sur l’objectification, la commodification et la fétichisation du produit. L’idée est d’en faire presque un item fashion, un objet suffisamment intrigant pour attirer un public qui ne serait pas naturellement intéressé ou qui serait très néophyte.

Je suis en pleine production de ce matériel.

PAN M 360 : Donc le marketing devient aussi un geste artistique?

Amselysen : Écoute, il n’y a rien de plus américain que de faire du marketing une forme d’expression personnelle. Thématiquement, ça s’inscrit parfaitement dans le concept de l’album.

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