Rebecca Jean : Haïbécoise pure laine

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : Chanson francophone / kompa / zouk

renseignements supplémentaires

Rebecca Jean est Haïbécoise, comme elle le dit elle-même. Cette identité unique, basée sur une double appartenance, s’est construite au fil des années. Mais elle est désormais bien établie et fièrement revendiquée. 

Un concert dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique 2023, le 20 juillet, n’est que le prélude à plusieurs autres à venir un peu partout au Québec durant l’été. Celle dont les grands-parents « ont labouré la terre« , comme ceux de Mes Aïeux (qu’elle cite dans une chanson) n’est que trop heureuse d’aller à la rencontre d’une des deux moitiés de son peuple culturel, celui des immigrants haïtiens et celui du Québec des régions.

Notre avis, chez PAN M 360, c’est qu’une artiste comme elle devrait également avoir sa propre scène aux Francos. Le fait que ce ne soit pas le cas démontre qu’il reste encore du travail à faire pour décloisonner plusieurs artistes de la dite « diversité ». Il y en a de plus en plus, c’est vrai, mais encore trop nombreux sont ceux et celles qui restent injustement sur les lignes de côté. Mais bon, passons…

J’ai rencontré la jeune dame et nous avons parlé de racines culturelles, de chansons françaises (par lesquelles son enfance a été bercée) et de langue qu’il fait bon protéger et faire découvrir aux jeunes générations.

PAN M 360 : Bonjour Rebecca. Vous avez sorti l’an dernier l’album Antidote avec lequel vous tournez un peu partout au Québec depuis. L’album témoigne d’une belle qualité mélodique dans vos chansons, ainsi que des clins d’œil à la chanson québécoise et française. Par exemple, vous citez Mes Aïeux dans Haïbécoise…

Rebecca Jean : Oui, c’est vrai. J’aime rappeler le fait que mes grands-parents ont, eux aussi, labouré la terre! Nous avons tellement de choses en commun. Il faut redire ces choses, car nous sommes trop souvent submergés par des détails qui nous divisent. J’ai aussi fait une adaptation de La langue de chez nous de Duteil et de Hier encore d’Aznavour. J’aurais aimé faire entendre ma version de Hier encore à M. Aznavour, mais ce fut trop tard. Par contre, j’ai envoyé ma version de La langue de chez nous à Yves Duteil et il a beaucoup aimé. J’en suis ravie.

PAN M 360 : Pourquoi est-ce important pour vous? 

Rebecca Jean : J’ai grandi dans cette musique, dans l’amour du texte recherché. Ça m’a nourri durant toute ma jeunesse. Je veux redonner cet amour aux jeunes générations. En plus de toutes mes propres compositions bien sûr, qui constituent l’essentiel de ma production, et où le français est très important.

PAN M 360 : Vous avez donc grandi dans un contexte familial très francophile…

Rebecca Jean : En effet. Cela veut dire également que mes racines haïtiennes créoles n’étaient pas très présentes chez moi. Mon père écoutait quelques chansons haïtiennes, mais dans le style de la grande chanson française. Je n’ai pas connu le Konpa, le Zouk et ces autres styles plus typiquement haïtiens. C’est à l’âge adulte que j’ai dû rattraper le temps perdu, découvrir ces rythmes, les artistes, etc. Je me suis aperçu à ce moment que tout cela m’habitait sans que je ne le sache! 

PAN M 360 : Pour plusieurs enfants d’immigrants, la double identité québécoise et celle des parents constitue un déchirement, ou une valse entre l’une et l’autre. Dans votre cas, du moins en écoutant entre autre Haïbécoise, on a l’impression que c’est très harmonieux et pleinement assumé. Ça a toujours été ainsi, ou c’est le résultat d’un processus?

Rebecca Jean : Oui, ce fut un processus. Quand je vais en Haïti, on ne me prend pas pour 100% haïtienne. Au Québec, on me demande encore d’où je viens! Pour se faire une place sur scène, on a l’impression que l’on doit y consacrer beaucoup plus d’efforts. Il faut toujours faire nos preuves. Mais Antidote, j’en ai fait un album de guérison! J’y parle de réconciliation : entre les hommes et les femmes, entre les hommes et la nature, entre les parents et les enfants. Finalement, c’est une réconciliation entre les deux pôles fondamentaux de mon identité.

PAN M 360 : Cette paix et cette sérénité, bâtie toute seule, a-t-elle été accompagnée par une pression familiale concernant la « viabilité » d’une carrière artistique?

Rebecca Jean : Oh oui absolument! C’est classique : quand on vient d’une famille immigrante, on est poussé à faire des métiers comme avocat, médecin, etc. L’art n’est pas perçu comme un métier. C’est une activité naturelle, que l’on peut faire au quotidien, pour s’amuser. Mais on ne gagne pas sa vie avec ça. J’ai dû faire mes preuves. Quand j’ai eu ma première subvention, ça a commencé à changer! C’était un montant conséquent et ma mère a senti qu’elle devait moins s’inquiéter. Mais, je comprends très bien son sentiment : elle a tellement sacrifié, tellement travaillé fort et rushé pour nous offrir les meilleures options d’avenir qu’elle a une peur bleue de me voir être dans la misère. Maintenant, elle comprend et elle est même la première à envoyer mes vidéos à toutes ses amies.

PAN M 360 : Vous avez d’autres projets sur le feu?

Rebecca Jean : J’aimerais sortir un album de musique pour les enfants. J’aimerais que les jeunes d’aujourd’hui aient des modèles de la diversité, un peu comme moi j’ai été touchée par Passe-Partout. J’aimerais qu’ils voient la même chose, mais avec un regard sur le quotidien des familles issues des communautés culturelles. Montrer toutes les choses qui sont, au fond, semblables à celles des familles québécoises « de souche ».

J’ai également un projet en marche avec l’artiste Jean Jean Roosevelt, une star de la culture haïtienne. Nous partons un mois en Afrique à la fin août pour travailler là-dessus.

PAN M 360 : Imaginons le prochain spectacle de la Saint-Jean, pour lequel vous seriez sur scène avec vos artistes idéaux de la scène québécoise. Le line up ressemblerait à quoi?

Rebecca Jean : Oh, wow… quelle belle question… Attendez. Je dirais les Cowboys fringants. Ils ont une très belle poésie, et de superbes mélodies. Mes Aïeux bien sûr, puis Louis-Jean Cormier et Karkwa. Puis, Elisapie et Sarahmée.

Rebecca Jean se produira le 20 juillet à 20h30, au Club Balattou, dans le cadre du festival international Nuits d’Afrique. INFOS ET BILLETS ICI!

Tout le contenu 360

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

La renaissance musicale de Mantisse

La renaissance musicale de Mantisse

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

SAT | Matias Aguayo et la résistance collective par la danse

SAT | Matias Aguayo et la résistance collective par la danse

31e Festival de musique de Chambre de Montréal: la communauté mondiale de Denis Brott

31e Festival de musique de Chambre de Montréal: la communauté mondiale de Denis Brott

Classica 2026 | Karina Gauvin est profondément émue par les Quatre derniers lieder de Strauss

Classica 2026 | Karina Gauvin est profondément émue par les Quatre derniers lieder de Strauss

Des violons sous nos toits : l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal racontée par sa directrice générale

Des violons sous nos toits : l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal racontée par sa directrice générale

La relève en habit de jury: Ana Drobac nous cause de l’expérience du Jury de la relève au Concours musical international de Montréal

La relève en habit de jury: Ana Drobac nous cause de l’expérience du Jury de la relève au Concours musical international de Montréal

SAT | Flore et ses chapeaux de DJ, productrice, pédagogue

SAT | Flore et ses chapeaux de DJ, productrice, pédagogue

Nuits d’Afrique : le legs d’un festival devenu incontournable

Nuits d’Afrique : le legs d’un festival devenu incontournable

Classica 2026 | Elisabeth Pion, Arion Orchestre Baroque, 3 concertos pour piano de Beethove

Classica 2026 | Elisabeth Pion, Arion Orchestre Baroque, 3 concertos pour piano de Beethove

Duo BoMi : la musique classique du Liban et du Kurdistan prend racine au Québec

Duo BoMi : la musique classique du Liban et du Kurdistan prend racine au Québec

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné