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Ce dimanche 22 février, 16h, Salle Pierre-Mercure, le premier concert Cartes Blanches de l’organisme Pro-Musica met en lumière le pianiste albertain Jan Lisiecki. Précédé d’une causeri animée par Maurice Rhéaume, ce programme , met en lumière deux thèmes : d’abord celui de la saison 2026 Les grands romantiques, puis un second réunissant 14 danses imaginées par des compositeurs romantiques et modernes. Ce programme a été conceptualisé et interprété par le principal intéressé, joint à Calgary pour nous en expliquer les tenants et aboutissants.
PAN M 360 : On connaît votre carrière depuis longtemps, même si vous avez à peine 30 ans. Enfant, dès 2010, vous étiez déjà connu! Comment alors résumer votre longue progression ? Artistiquement et professionnellement?
Jan Lisiecki : J’ai été très chanceux car j’ai commencé à jouer très jeune.
PAN M 360 : Cela dit, on sait aussi qu’il est difficile voire dangereux pour un virtuose de subir toute cette pression de l’enfant surdoué.
Jan Lisiecki : Je pense avoir oublié ces enjeux. J’ai plutôt essayé de rester honnête envers moi-même, j’ai voulu continuer à apprendre des autres, à recevoir des conseils de l’autre, à écouter. En ce sens, j’ai été très chanceux parce que même si j’ai commencé à donner des concerts à un très jeune âge, j’ai pu vivre l’expérience de travailler avec les meilleurs musiciens sur Terre, de partager avec eux. Et lorsque tu gardes tes yeux bien ouverts, ça te permet vraiment de créer quelque chose de neuf en restant toi-même. C’est comme ça que j’ai vu ma propre évolution.
PAN M 360 : Donc il vous fallait trouver votre propre essence et l’alimenter, n’est-ce pas?
Jan Lisiecki : De plusieurs façons, je suis resté le même. J’ai appris à un très jeune à me découvrir moi-même, à essayer de savoir qui j’étais. Je pense que c’est très important pour n’importe quel artiste qui doit se présenter au concert. Car nous sommes comme les athlètes olympiques. Il nous faut nous présenter lorsque le moment l’indique. Il y a le même type de stress, le même type de défi, et aussi la même pression exercée sur vous.
PAN M 360 : Bien entendu, l’évaluation d’un artiste et d’un sportif diffèrent profondément.
Jan Lisiecki : Oui, absolument, et je pense qu’une des principales différences entre un interprète classique et un athlète olympien, c’est que le soliste classique est davantage laissé à lui-même. Bien sûr, il a un professeur… et c’est tout. Tu n’as pas cette incroyable équipe de soutien pour un athlète de haut niveau. Donc, tu dois compter sur toi-même, il te faut être capable de t’enseigner toi-même, compter sur tes propres moyens lorsque tu voyages…
PAN M 360 : La compétition existe néanmoins, mais on est jugé selon des critères fort différents.
Jan Lisiecki : Les concours demeurent pour moi un outil incroyable, cela m’a procuré plusieurs occasions de concerts. C’était toujours mon objectif de jouer avec un orchestre. Je ne faisais pas les concours d’abord pour la bourse ou pour le prix, mais surtout pour jouer avec un orchestre. À la fin, je pense que l’aspect intéressant est de jouer pour toi-même. Bien sûr, tu joues pour ton public, mais tu joues d’abord pour toi-même, tu dois être convaincu de tes idées d’interprétation. Si tu fais ça pour plaire à quelqu’un, tu erres.. J’ai eu un prof qui me disait que d’essayer de répéter ce qui a déjà été fait est une caricature pour épater la galerie.
PAN M 360 : Tu deviens alors un crowd pleaser.
Jan Lisiecki : Exact.
PAN M 360 : Comme joueur, où vois-tu tes améliorations et accomplissements récents ?
Jan Lisiecki : En tant que pianiste, je suis très heureux de découvrir le répertoire, c’est une source quasi illimitée. Par exemple, j’ai joué assez récemment un concerto de Prokofiev pour la première fois. C’était un peu étrange pour moi, très différent de ce que j’avais fait auparavant.
Pour moi, en termes de technique, je pense que le dernier grand pas était quand j’ai fait des cours avec le professeur Marc Durand, qui était à l’époque à l’École de Musique de Glenn Gould, à Toronto. Il m’avait vraiment aidé à créer des sons. J’étais toujours concentré sur la beauté des sons. J’aimais le pianissimo, mais la projection n’était pas vraiment mon objectif.
Je ne voulais pas jouer très fort. Marc Durand m’avait alors aidé à créer quelque chose de plus grand.
PAN M 360 : Quels sont vos prochains défis en tant que joueur ?
Jan Lisiecki : Honnêtement, je ne vois pas quelque chose qui me fasse peur. J’ai travaillé avec des chanteurs, avec des violonistes, j’ai joué avec de grands chefs, des orchestres symphoniques, des orchestres de chambre, de petits ensembles… Il faut aussi savoir comment travailler avec un chanteur, comment respirer avec lui ou elle, découvrir des langues avec lesquelles vous n’êtes pas complètement à l’aise.
PAN M 360 : Où êtes-vous basé?
Jan Lisiecki : Je suis encore en Calgary, j’ai aussi un lieu en Pologne. Ma grand-mère de 93 ans y vit et est encore en bonne santé.
PAN M 360 : Quelques mots sur chacune des 14 pièces au programme de Montréal? C’est un programme ambitieux et diversifié, de Piazzolla à Martinu.
Jan Lisiecki :
Bohuslav Martinů, 3 Danses tchèques, H. 154 : Martinu est un compositeur tchèque. Très agréable. Cette musique t’emmène toujours devant. Vous pouvez aussi ressentir les éléments folk. C’est assez angulaire, je dirais. Contemporain dans ce sens, mais vous pouvez toujours sentir la ligne mélodique. Pour moi, c’est une découverte.
Manuel De Falla, Danza Española N° 2, N° 1: L’arrangement de cette pièce provient du compositeur lui-même ou approuvé par lui. C’est intéressant, parce qu’il y a cet incroyable son orchestral, cette énergie orchestrale. Et en même temps, c’est écrit pour le piano. On peut s’imaginer en Espagne. C’est le but de ce programme, un voyage à travers le monde des danses.
Karol Szymanowski, 4 Danses polonaises, M60 : Dans mon programme précédent, j’avais un ensemble de pièces de Szymanowski qui n’était pas si difficile à jouer mais très difficile à mémoriser, tellement d’étonalité et d’harmonies compliquées . Ce ne me semblait pas toujours logique mais ici, c’est plus simple. C’est un mélange de dissonance et de consonance, et nous avons ce rythme de danse polonaise au milieu de tout ça. Ça m’a pris un peu de temps à y trouver ma propre voix.
Franz Schubert, 16 Danses allemandes, D. 783 : On n’associe pas Schubert à la musique de danse, peut-être n’est-ce pas sa force. En fait, ces 16 danses sont de très courtes pièces et comportent beaucoup de répétitions. J’ai pu lire tout ça assez facilement en un jourm après m’être questionné : « Oh! Que vais-je faire musicalement avec ça? » Néanmoins, c’est pour moi l’un des meilleurs moments du programme, parce qu’il y a tellement d’énergie, d’élégance, et aussi, il y a tellement d’espace pour faire des changements à cause de la répétition. Je peux m’amuser en concert et décider de faire spontanément quelque chose de différent.
Béla Bartók, Danses folkloriques roumaines, Sz. 56 : D’aucuns sont familiers avec ces danses. Or, souvent, les arrangements ne sont pas très bons alors qu’ici, nous avons la version originale. Je pense que la clé ici, c’est la transition : quand on passe de Schubert à Bartók, on reste dans la même clé, et on continue avec le même flux de la danse. On n’a pas l’impression d’être dans un monde complètement différent. Et je pense que pour cette raison, Béla Bartók fonctionne très bien.
Alberto Ginastera, Danzas Argentinas, Op. 2: Ginastera est un compositeur fantastique pour le piano, et ce sont ici trois grandes danses. Dans la première danse, on a un style incroyable d’écriture, la deuxième est à mon sens une des plus belles pièces de ce programme avec à la fois a cette élégance étoffée par l’adversité, à défaut de quoi ce serait trop kitsch. Et ça débouche sur une danse du hors-la-loi. Très technique, très exigeant … C’est juste fou! Frédéric Chopin, Grande valse brillante, Op. 18 : Cette valse est absolument magnifiques. Qui plus est, très amusante à jouer. Puisqu’ il y a beaucoup de répétitions dans cette pièce, vous avez beaucoup de flexibilité dans la façon de l’exécuter. C’est l’un des morceaux que j’ai le plus joués.
Johannes Brahms, Valse, Op. 39 N° 3: De Chopin, on passe directement à l’une des deux valses de Brahms que j’ai souvent jouées. Quand j’ai joué la N°3 à Vienne plus tôt cette année, on m’a demandé si c’était Chopin. Cela repose sur un montage délicat dans ce programme et cela constitue un interlude charmant pour ce qui suit
Frédéric Chopin, Valses, Op. 34, N° 1 et N° 2 & Johannes Brahms, Valse, Op. 39 N° 15:
Ces morceaux ont été composés dans la même période. Bien sûr, mais vous ne pensez pas vraiment à Brahms et Chopin. Brahms est plus sombre, plus grave alors que Chopin a toujours été romantique. Or, cette alternance montre aussi les points communs, l’assemblage de ces pièces importe aussi, au-delà de la préparation de l’exécution. Les deux morceaux de Chopin sont merveilleux. Chopin avait mis de l’avant sa propre vision, son monde de couleurs et d’émotions qui n’existent que dans sa musique.
Astor Piazzolla, Libertango: J’ai toujours aimé le tango, mais aussi le bandonéon que j’aimerais apprendre à jouer, ce serait tout un défi d’y parvenir. Pour l’instant, c’est le plus loin que j’ai pu me rendre avec cette musique. Cette transcription intègre le piano et le bandonéon, les lignes communes de l’écriture et l’improvisation, ce qui le rend très délicate à jouer techniquement parlant. Astor la jouait lentement et maintient une tension magnifique bien avec son quartette (piano, bandonéon, contrebasse, violon). Pour ma part, je continue d’expérimenter avec cet arrangement de Nikola Kuznetsov. C’est un tango argentin très dissonant, très énergique. ntin très dissonant, très énergique, très moderne.
Isaac Albéniz, España, Op. 165 n° 2: Tango: Nous avons ici, encore une fois dans ce programme, un contraste entre la pièce précédente et celle d’Albéniz, avec moins de tension, sorte de danse élégante.
Manuel De Falla, Danse du feu (Ritual Fire Dance) : Encore une fois, nous avons cette grande énergie espagnole. Super!
Frédéric Chopin, Polonaise en la bémol majeur, Op. 53 : C’est un travail de Chopin réalisé tard dans sa vie. Je pense que l’audience va l’apprécier, c’est un bon moyen de conclure..
PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi les danses comme thème principal de ce programme?
Jan Lisiecki : Mon dernier programme était fondé sur les préludes, le précédent sur les nocturnes, et voici les danses. C’est une sorte de continuité et aussi une façon de créer un programme original. Bien sûr, réunir des oeuvres merveilleuses que les gens adorent, c,est très bien mais c’est aussi très bien et différent de concevoir un tel programme, créer un arc, une cohésion thématique
PAN M 360 : En somme? Jan Lisiecki : J’ai cherché à atteindre un équilibre intéressant, trouver le moyen de montrer non seulement les Beethoven, les Chopin, les Mozart, mais aussi de trouver ces perles et les présenter au public.























