Pop Montréal : Saine Ambroise

Entrevue réalisée par Luc Marchessault
Genres et styles : chanson / folk

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Il y a dans le Larousse deux acceptions du mot « Ambroisie » : « Selon les anciens Grecs, substance à base de miel servant de nourriture aux dieux et qui leur procurait l’immortalité » ou bedon « Liqueur obtenue par macération de coriandre, de clous de girofle et d’anis vert dans un mélange de vieille eau-de-vie et de vin blanc vieux ». Tout ça vient renforcer notre conviction qu’Eugénie Jobin a choisi avec soin son alias artistique, Ambroise. C’est que son expertise réside – entre autres – dans le soupesage des mots, puis des notes, et ensuite dans leur union prosodique. Ambroise est versée dans les vers qu’on fait vivre à plein en les chantant. Bienvenue, son plus récent recueil, a été bâti avec comme matériau de base les poèmes de Geneviève Desrosiers, poétesse disparue beaucoup trop tôt. Elle a répondu aux questions de Pan M 360 deux petites journées avant sa prestation au Ritz PDB, à l’occasion de Pop Montréal.



Pan M 360 : Le potentiel musical de la poésie te fascine, manifestement. Tu as musicalisé les poèmes de Paul-Marie Lapointe et de Marie Uguay, puis ceux de Geneviève Desrosiers sur Bienvenue, lancé en mars dernier. Y a-t-il là-dedans un désir de faire rayonner davantage des textes qui le méritent?

Ambroise : Je me souviens d’avoir entendu un poète dire que, pour lui, la poésie devait être déclamée, pour qu’on en entende toute la musicalité et le rythme. Ça m’est resté, cette notion selon laquelle les poèmes ne sont pas tellement faits pour être lus dans notre tête. Donc, les chanter constitue une autre façon de les dire à voix haute. Ça met en valeur leur musicalité, ça nous donne le moyen d’extraire les mots. Comme musicienne et chanteuse, je trouve ça fascinant et enrichissant de travailler avec les mots de quelqu’un comme Geneviève Desrosiers, de les amener en chansons. Je ne sais pas ce que les poètes en penseraient, car je n’ai jamais travaillé avec des poètes vivants.

Pan M 360 : Il y a une longue tradition de mise en musique; si on se limite à la chanson populaire relativement récente, Léo Ferré avait chanté Baudelaire, Verlaine et ainsi de suite. Ici, il n’y a pas si longtemps, Sylvie Paquette a chanté Anne Hébert.

Ambroise : Et même avant, les compositeurs classiques ou romantiques mettaient des poèmes en musique, comme les lieder et tout ça. Ça remonte à il y a très très longtemps, donc.

Pan M 360 : De quelle manière as-tu mis en musique les poèmes Geneviève Desrosiers? Crées-tu une trame à la guitare ou au synthé, pour ensuite faire du peaufinage prosodique?

Ambroise : Parfois, je pars de la guitare, comme pour Bienvenue, où je l’ai fait pour toutes les pièces sauf deux au piano. Ou souvent dis le poème, je pars de la voix, j’essaie d’improviser une mélodie. C’est important pour moi de ne pas trop étirer le texte, de ne pas trop le couper, de mettre les accents aux bons endroits. Ensuite, je construis une chanson autour de la forme du texte, souvent à la guitare.

Pan M 360 : En matière d’ornements et d’arrangements, on sent un parti-pris minimaliste visant sans doute à faire ressortir sa parole?

Ambroise : Oui, en général comme musicienne je penche plus vers le minimalisme. Pour ce projet en particulier, ça tenait à quelque chose de plus cru. Ce sont des poèmes qui ont été publiés après le décès de Geneviève Desrosiers, et plusieurs d’entre eux n’étaient pas terminés. Donc, pas nécessairement destinés à être publiés. Il y a un aspect assez brut dans cette poésie. C’est donc la manière que j’ai trouvée pour les traduire en musique. On a tout enregistré en direct, tout le monde ensemble, les voix aussi. C’était très direct, à découvert.

Pan M 360 : Rayon genres ou sous-genres musicaux, tes œuvres ratissent assez large : ça s’étend du jazz au grunge, en passant par le folk et le lo-fi. Y a-t-il des époques ou des mouvements musicaux qui t’influencent particulièrement?

Ambroise : Oui, je ratisse assez large dans mes goûts, dans ce que j’écoute. Mais je ne me suis pas concentrée sur une époque. Puis, j’ai étudié en jazz, comme la plupart des musiciens avec lesquels je joue. Ça fait donc partie du langage. Sinon, j’écoute de la chanson, du folk, du rock, de la musique électronique, contemporaine, minimaliste. C’est assez varié, en fait.

Pan M 360 : Outre tes études en jazz, quelle est ta formation musicale, notamment en matière vocale? Tu maîtrises bellement ta voix.

Ambroise : J’ai étudié à McGill en vibraphone jazz et à l’Université de Montréal en chant jazz.

Pan M 360 : Olivia Faye Lathuillière a réalisé un clip très touchant pour Elle. Dans ce poème, Geneviève Desrosiers dit « Elle a construit mille et un navires qu’elle a déposés sur vos rives ». Quelles rives voit-on, dans la vidéo?

Ambroise : Olivia a tourné le clip en France, sur le bord de la mer. Elle ne voulait pas que ce soit trop référentiel, donc on n’y voit pas de repères français. En fait, même si le clip avait été tourné au Québec, j’aurais aimé qu’il n’y ait pas de repères non plus.

Pan M 360 : Quelle sera la configuration du concert du vendredi 30 septembre à Pop Montréal? Seras-tu accompagnée de musiciens ou solo?

Ambroise : On sera quatre, formule groupe complet. J’en suis super contente, parce que j’ai fait beaucoup de trucs en solo au cours des dernières années. Il y aura Gabriel Drolet à la basse, on joue ensemble depuis longtemps, il est sur tous mes albums. À la batterie et aux percussions, ce sera Mili Hong, qui est très douée. Et à la guitare, Gabi Tome, qui est avec nous depuis le lancement en mars.

Pan M 360 : Merci énormément Eugénie, bon concert à Pop Montréal vendredi!

Photo : Francis Leduc.

AMBROISE SE PRODUIRA AU RITZ PDB AVEC OUI MERCI + ALEXIA AVINA + HIS HIS, LE VENDREDI 30 SEPTEMBRE 2022, À L’OCCASION DE POP MONTRÉAL. INFO ET BILLETS ICI.

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