Orchestre symphonique de Laval | Les passions romantiques (et inclusives) selon Andrew Crust

Entrevue réalisée par Alexandre Villemaire
Genres et styles : classique / période romantique

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L’Orchestre symphonique de Laval vibrera aux sons de multiples passions romantiques dans son deuxième concert de saison mettant à l’honneur trois compositeurs emblématiques du XIXe siècle : Robert Schumann, Félix Mendelssohn et Frédéric Chopin avec respectivement  l’Ouverture Manfred, la Symphonie no 4 dite « Italienne » et Concerto pour piano no 1 qui sera interprété par Charles Richard-Hamelin. C’est le jeune chef d’orchestre américano-canadien Andrew Crust, directeur artistique et musical de l’Orchestre de Lima et récemment nommé à tête de l’Orchestre symphonique du Vermont, qui sera au podium. Nous avons pu discuter avec lui du programme de ce concert. Entretien.

PAN M 360 : Parlez-nous des œuvres qui sont au programme de ce concert avec l’OSL. Comment décririez-vous ces pièces? 

Andrew Crust : C’est un programme vraiment intéressant avec trois compositeurs de la période romantique, la plus proche de mon cœur. Dans les périodes précédentes, le classique et le baroque par exemple, l’accent n’était pas mis sur l’artiste individuel, sur l’émotion du compositeur, je pense, mais sur la société collective et les normes sociétales. La musique était créée pour une raison. Mais dans la période romantique, notamment après la Révolution française, les émotions et les idées personnelles du compositeur ont pu s’épanouir. Ce programme avec l’OSL est plein d’émotions et de force dans lequel l’orchestre peut montrer sa finesse et sa virtuosité.

PAN M 360: Des exemples ?

Andrew Crust : La pièce de Schumann, l’Ouverture Manfred est une œuvre rarement jouée comparativement à ses concertos ou ses symphonies. Elle est basée sur une histoire de Lord Byron où le protagoniste est hanté par une culpabilité inconnue, très mystérieuse qui éventuellement finira par le tuer. Le premier concerto pour piano de Chopin est pour moi un exemple parfait de romantisme. Chopin n’était pas juste un compositeur, il était aussi un magnifique interprète de cet instrument, alors cette musique est parfaitement composée pour celui-ci. Nous sommes très chanceux et heureux de collaborer avec Charles Richard-Hamelin qui est un expert de Chopin. C’est vraiment juste un plaisir de pouvoir jouer avec lui. 

Pour la quatrième symphonie de Mendelssohn, c’est un peu différent. Nous sommes encore dans le romantisme, mais un peu plus tôt dans l’époque. C’est une de mes symphonies préférées. Avant de composer sa symphonie Mendelssohn a fait un voyage en Italie, d’où son nom « italienne »  et a été inspiré par les paysages et les sons qu’il a vus et entendus. Cette symphonie, pour moi, est une illustration de quelques petits souvenirs du compositeur. Par exemple, le deuxième mouvement est inspiré par un cortège  funèbre qu’il a vu à Naples et le mouvement final est une tarentella, une danse traditionnelle très énergique, presque frénétique. C’est une musique pleine de jeunesse et d’optimisme.

PAN M 360 : Vous avez déjà dit que votre travail en tant que chef d’orchestre, c’est de pouvoir être en mesure de créer un environnement où les musiciens seront capables de performer, d’interpréter à leur meilleur et que pour ça, ça prend une connaissance approfondie du style, de l’histoire et de s’ immerger dans  la partition pour pouvoir la communiquer. Comment est-ce possible de restituer aux œuvres le style qui leur est propre tout en y donnant une touche de votre propre personnalité? 

Andrew Crust : C’est une bonne question. Pour moi, mes idées, mon interprétation, ce n’est pas ce qu’il y a d’important. Moi, je cherche les idées du compositeur et c’est la même chose pour tous les musiciens.  Évidemment,  tous ces compositeurs sont morts! Donc, ça peut être difficile de se faire une idée, parce que nous n’avons pas  d’enregistrements originaux de Chopin alors que pour les compositeurs contemporains nous en avons. Ce qui amène d’autres difficultés en même temps, car on risque d’être prisonnier de l’enregistrement. Je pense que c’est  une opportunité lorsqu’on travaille avec un nouvel orchestre de trouver la personnalité de l’orchestre et de trouver ses forces et aussi son idée de la musique, en particulier avec  les solistes des différentes sections instrumentales, le piano, les vents, les cuivres et comment est-ce qu’on peut former une interprétation d’ensemble.

PAN M 360 : La même chose doit être vraie pour trouver cette finesse et cette communication quand vous travaillez avec un soliste pour trouver ensemble la bonne cohésion pour l’œuvre?

Andrew Crust : Oui, exactement. Charles est un spécialiste de Chopin. Pour quelqu’un comme lui, qui est vraiment un expert, c’est vraiment un honneur pour nous parce qu’on se nourrit de ses idées. Il est très facile à suivre même si son interprétation est très flexible, avec beaucoup de rubato et des changements de couleurs, tout fait sens. Par la suite, c’est une question d’écoute attentive de tout le monde sur toutes les nuances qu’il crée. 

PAN M 360 : Éloignons-nous quelque peu du programme des passions romantiques pour parler d’une autre passion qui est la vôtre. Vous accordez une grande importance dans la programmation des œuvres, de compositeurs ou de compositrices BIPOC et également de rendre accessible la musique par des initiatives auprès des jeunes, notamment par des concerts pop, etc. Pourquoi est-ce important pour vous de  programmer ce type répertoire et ces pièces  qu’on redécouvre tranquillement depuis quelques années?

Andrew Crust : Pour moi, la musique est pour tout le monde. Ce n’est pas juste pour écouter la musique, c’est important pour le monde de créer la musique. Très souvent, dans notre passé, on a fermé les portes aux compositeurs femmes ou d’origines ethniques diverses. Ce que nous voulons, c’est célébrer l’accès de chaque être humain à la musique. Lorsque l’on regarde le cas de personnes comme William Grant Still, Samuel Coleridge-Taylor ou encore Hildegard Von Bingen et qu’ils ont été en mesure de faire de la musique malgré le racisme et la misogynie de leur époque respective, c’est d’autant plus incroyable. C’est la preuve, pour tous ceux qui en douteraient, que le monde est plein de grands musiciens de toutes sortes.

Si l’objectif est de faire de la musique est de démontrer qu’elle est une chose merveilleuse qui enrichit nos vies, alors nous devons programmer une musique qui inclut tout le monde. Ce n’est pas assez d’interpréter des œuvres par des compositeurs noirs et s’attendre à ce que toute personne noire ou afro descendante se présente en salle. Vous devez vous adresser à eux et, mieux encore, collaborer avec des membres de cette communauté, qu’il s’agisse d’un joueur de tabla indien ou autre. Vous devez le faire d’une manière très significative. Tous les genres de musique sont valables. On ne peut pas mettre la musique classique sur un piédestal et laisser les autres s’effondrer.

PAN M 360 : Si on compare  à il y a quelques années, trouvez-vous que les orchestres construisent de plus en des programmes adaptés et font des démarches pour rejoindre ces communautés et pour présenter ces musiciens qui ont été négligés par le passé?

Andrew Crust : Vous savez, les orchestres et les maisons d’opéras sont parmi les organisations les plus lentes à s’adapter. George Floyd a été un point tournant pour le monde entier et également pour les orchestres et les opéras et il y a des études qui le démontrent. Il y a un centre de recherche, l’Institute for Composer Diversity, qui étudie et recense cette évolution et qui montre qu’il a eu un changement radical au niveau de la diversité dans le répertoire d’orchestre.

L’élément qui me préoccupe, c’est que certaines organisations font ces démarches, non pas parce qu’elles y croient, mais parce qu’elles se sentent obligées de le faire et donc, programme les cinq mêmes compositeurs, ce qui ne résout absolument rien et ne contribue pas à la création d’une nouvelle génération de musiciens. 

Je suis absolument ravi de dire que nous sommes ailleurs aujourd’hui et que, oui, la diversité est plus présente, mais il y a encore du travail à faire. Je crois aussi que nous sommes en train d’atteindre un certain équilibre des genres en direction d’orchestre par exemple, nous avons dans les six dernières années vu plusieurs nouveaux compositeurs ou compositrices être reconnus à travers le monde et dont les œuvres sont jouées partout. Nous sommes sur une bonne lancée, mais nous devons nous assurer que nous le faisons de la bonne manière et d’une manière qui aide réellement les personnes que nous essayons d’aider.

PAN M 360 : Et le faire d’une manière qui va durer.

Andrew Crust : Exactement.

L’Orchestre symphonique de Laval présente son concert Passions romantiques avec  Andrew Crust et Charles Richard-Hamelin demain, mercredi le 8 novembre à 19h30 à la Salle André-Mathieu.

Pour infos, c’est ici.

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