Nuits d’Afrique | Las Karamba, entre sororité et militantisme

Entrevue réalisée par Michel Labrecque
Genres et styles : latino / rumba / salsa / son

renseignements supplémentaires

Las Karamba est un groupe féminin de Barcelone, formé majoritairement d’immigrantes d’Amérique Latine.

Deux Vénézuéliennes, deux Cubaines, une Argentine et une Catalane. Après deux albums, Las Karamba sera aux Nuits d’Afrique pour la première fois le 20 juillet, à la Scène TD du Quartier des Spectacles, à 20h15. C’est gratuit. Michel Labrecque s’est entretenu, en espagnol, avec deux membres de ce groupe festif et militant à la fois. Natacha Arizu, Argentine et claviériste et Ayvin Bruno Vénézuélienne et chanteuse, répondent à ses questions.

PANM360 : Racontez moi la genèse de ce groupe féminin, comment Las Karamba s’est-il formé ?

Ayvin Bruno : Je peux dire que je suis l’initiatrice, nous étions en 2018. À Barcelone, il y a toute une scène musicale ouverte, qui permet des jam sessions, où beaucoup de gens issus de nombreux pays peuvent se rencontrer. C’est dans ce contexte que nous avons formé ce groupe féminin, pour raconter nos histoires de migration, de l’Amérique latine à l’Europe. Nous nous sommes rapidement rendu compte que nous vivions beaucoup de choses en commun même si nous venions de pays différents. En 2021, Camino Asi, notre premier disque est paru et en 2024, notre second, Te lo Digo Cantando, sera en grande partie ce que nous allons vous présenter à Montréal.

PANM360 : Il me semble que le dénominateur musical entre vous six, c’est l’amour pour la musique cubaine : salsa, rumba, son, etc. Je me trompe ?

Natacha Arizu : Non, bien que je sois Argentine, j’ai grandi en écoutant beaucoup de musique cubaine et c’est pareil pour les autres. Le groupe compte aussi deux musiciennes cubaines. C’est donc notre base musicale, mais, après, chacune apporte un peu la couleur de son pays et son expérience personnelle.

Ayvin Bruno : Mais nous avons toutes cette affinité avec le son cubain. C’est une musique dansante, qui est reconnue au niveau international. Et ça nous unit.
PANM360 : C’est une musique dansante, mais vous voulez aussi faire réfléchir. Qu’est-ce que vous voulez raconter dans vos chansons ?

Ayvin Bruno : Vous savez, dans l’ensemble, la musique latine est écrite dans une perspective masculine, voire patriarcale. Parce que la grande majorité des compositeurs étaient des hommes. Nos chansons racontent notre version de l’histoire. Ça raconte nos luttes, notre quotidien, notre vie de mère, nos anxiétés, aussi la perspective de nos mères ou de nos ancêtres. Je crois que c’est une nécessité sociale de faire cela.

Également, nous avons écrit une chanson en catalan, puisque nous habitons Barcelone et que c’est la langue de la majorité. Mais, à part une Catalane qui est avec nous, nous racontons notre perspective de migrantes, venues ici pour apprivoiser une nouvelle société et lui offrir le meilleur de nous. Et maintenant, nous avons la possibilité de raconter nos histoires à l’échelle internationale en tournant à l’étranger.

PANM360 : Vous êtes Latino-Américaines, pourquoi avez-vous choisi d’immigrer en Espagne plutôt qu’aux États-Unis, comme le font tellement de gens ?

Natacha Arizu : Pour ma part, j’étais attirée par les similarités culturelles, la langue commune. Pour moi, les États-Unis ne représentaient pas forcément un idéal. L’Argentine est largement peuplée d’immigrants européens. Et ce qui se passe aux États-Unis en ce moment renforce mon choix.

Ayvin Bruno : De mon côté, j’ai un passeport italien depuis l’âge de 9 ans, grâce à ma grand-mère. C’était beaucoup plus facile de venir en Europe. C’est pourquoi ma sœur, qui fait aussi partie de Las Karamba et moi sommes ici depuis bientôt 20 ans. J’ai beaucoup d’amis vénézuéliens qui vivent aux États-Unis et leur situation se complique beaucoup actuellement avec la nouvelle administration. Je suis très contente de mon choix.

PANM360 : Et en ce moment, l’économie espagnole va plutôt bien et le pays semble très content d’accueillir des immigrants de langue et de culture commune. Revenons à la musique: qu’allez vous nous présenter à Montréal ?

Natacha Arizu : Ce seront à 100% des compositions originales. Vous allez pouvoir danser tout en réfléchissant. C’est un mélange de choses. 

Ayvin Bruno : Vous allez aussi ressentir notre complicité, notre solidarité, que nous vivons à fond puisque nous sommes constamment ensembles dans le cadre de cette tournée. Notre première en Amérique du Nord. 

PANM360 : A très vite à Montréal, sur la Scène TD, le 20 juillet !

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