Nuits d’Afrique | Sahad : décoloniser la musique, les esprits et le terroir

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : afro-pop

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Mardi 15 juillet au Balattou, le Sénégalais Sahad, grand ami de Montréal, sera de retour sur scène pour présenter un concert dans lequel nous aurons l’occasion d’entendre en avant-première quelques titres qui seront sur le prochain album, African West Station, et qui sortira cet automne. J’ai parlé avec Sahad du concert, mais aussi de ces différents projets comme la direction d’un label de musique et l’implantation d’un éco village expérimental. 

PAN M 360 : Ma collègue Sandra Gasana a réalisé une belle entrevue avec vous l’automne dernier. Dans celle-ci, on parle efficacement de votre parcours musical. Je ne ferai pas dans la redondance et laisserai les lecteurs et auditeurs consulter l’entrevue en question (voir plus bas). Je creuserai donc ailleurs, comme le fait de vous entendre sur votre désignation par certains critiques comme ‘’l’incarnation du renouveau de la musique sénégalaise’’. Qu’en pensez-vous? Est-ce un poids?

Sahad : Le Sénégal a depuis longtemps un historique de qualité musicale et artistique. Il y a eu une explosion dans les années 70 et 80, avec Baaba Maal, Youssou N’Dour, Ismaël Lo, Cheikh Lo, et j’en passe. Puis, il y a eu la période des années 90 et 2000 où il se faisait surtout du hip-hop. Du moins, c’est ce que les labels ont eu envie de vendre. Les musiques alternatives et indépendantes ont perdu un peu de visibilité. Mais les jeunes qui en sont adeptes ne se sont pas laissé effacer et se sont mis à créer toutes sortes de produits très diversifiés, même s’ils devaient le faire sans soutien. Je me suis inscrit dans ce mouvement et je suis heureux si mon succès donne de la visibilité à cette génération de musiciens. Alors, non, ce n’est pas un poids, mais plutôt une responsabilité. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE DE SANDRA GASANA AVEC SAHAD

PAN M 360 : Vous avez même créé un label, Stereo Africa 432. Quels sont les avantages que cela procure, et quels sont les défis pour ce genre d’entreprise au Sénégal?

Sahad : L’avantage c’est que ça permet de puiser dans un bassin exceptionnel de jeunes artistes. 75 % de la population du Sénégal a moins de 25 ans. Ils ont des choses à dire ces jeunes! Ils veulent s’exprimer! Le foisonnement est impressionnant, alors ça devient un plaisir de prendre les plus intéressants et de les aider à produire des albums. Et puis ça ouvre les esprits et défait certaines oeillères qui existent. Les défis, bien sûr, sont d’ordre financier. L’État sénégalais ne soutient pas la création artistique, comme au Québec. Alors, il faut travailler fort pour atteindre un standard international, et recréer des conditions optimales, comme en Occident. Mais il faut le faire. Nous avons un devoir d’offrir au monde entier l’art que nous créons. 

PAN M 360 : Vous avez aussi contribué à la création d’un éco village dans la campagne sénégalaise. C’est basé sur des principes d’agriculture biologique équitable. Avez-vous rencontré des difficultés, comme Dicko Fils qui s’est impliqué socialement lui aussi, mais qui a dû quitter son Burkina natal pour s’établir à Montréal, après des menaces à sa sécurité?

Sahad : Il y a des difficultés bien sûr. Quand on veut changer des mentalités, ou des façons de faire bien enracinées, certains s’y objectent. Ce qu’il faut surtout, c’est décoloniser les habitudes économiques et l’état d’esprit. L’éco village propose des alternatives qui sont basées sur des savoirs endogènes. C’est donc un modèle sénégalais par les Sénégalais. Penser bio, c’est une décolonisation de l’esprit. En ce sens ça passe mieux dans certains esprits, car c’est une continuation des luttes pour l’indépendance des années 1960. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC DICKO FILS

PAN M 360 : Et quel bilan en faites vous?

Sahad : Le village lui-même est un succès, mais c’est surtout l’impact sur toute la région qui me fait plaisir. Beaucoup d’autres villages aux alentours s’inscrivent dans une relation avec l’éco village, et tout cela devient un réseau bien plus vaste. C’est aussi une prise de responsabilité des habitants, qui n’attendent pas le secours du gouvernement, mais se prennent plutôt en main, et assurent leur développement selon des principes biologiques, équitables et culturels. Je pense que c’est sain. 

PAN M 360 : Pour le concert du 15 juillet, à quoi s’attendre? Le dernier album (Lumma) date de 2023…

Sahad : Un nouvel album est en préparation pour cet automne, alors nous présenterons quelques titres inédits. L’album s’appellera African West Station. 

PAN M 360 : Ah, une belle occasion donc d’avoir quelques privilèges si on est présent au Balattou. À Montréal, vous êtes à la maison, en quelque sorte. Vous y avez de nombreux amis. Il y en aura sur scène avec vous, comme Ilam par exemple?

Sahad : C’est très possible oui!

PAN M 360 : Il faudra y être pour en profiter. Merci!

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