MUTEK | Replikas d’Alexis Langevin-Tétrault: état des lieux

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Invité à se produire dans le programme A/Visions2 présenté ce samedi au Théâtre Maisonneuve, le Montréalais Alexis Langevin-Tétrault est un artiste interdisciplinaire  très respecté dans son réseau international : compositeur et commissaire d’œuvres.  Son travail repose sur concept de « corporalité » c’est-à-dire une recherche esthétique s’inspirant du corps en tant que tel  et ses mouvements dans  l’espace. On lui doit notamment les œuvres Aubes, Interférences, Hypercube et Pharmacologie

Il s’applique ainsi  à imaginer le design de dispositifs audiovisuels très sophistiqués, ce qui lui permet d’exploiter la performance physique devant public  à travers une scénographie et une théâtralité singulières. Son travail a été applaudi  dans plus de 110 événements internationaux , revoici notre tour, mutékiennes et mutékiens, de nous nourrir de son œuvre inédite: Replikas

PAN M 360 : Est-ce le résultat d’une commande de MUTEK  ou bien tu fais ton propre nouveau set? Comment ça marche? ?

Alexis Langevin-Tétrault : Non, ce n’est pas une commande. C’est vraiment moi qui avais envie de faire ce projet-là. Je le faisais un peu en parallèle sans forcément savoir que j’allais le diffuser. Puis, il y a eu cette opportunité :  j’ai contacté MUTEK et ils m’ont ouvert la porte.  

PAN M 360 : Raconte-nous la genèse de ce projet, de quelle manière l’inspiration première est venue, puis après ça, le premier échafaudage, puis après ça, le développement plus charnu.

Alexis Langevin-Tétrault : C‘est un projet qui s’inscrit en continuité de ce que j’ai déjà fait précédemment, c’est-à-dire que je construis des dispositifs qui me permettent d’interagir physiquement pour générer du son, de la musique ou de la vidéo en temps réel et être capable d’interpréter avec une nuance, un peu comme on le ferait avec un instrument musical. Donc, j’étais dans cette réflexion-là, puis il y a eu la pandémie.

PAN M 360 : Et l’inspiration du projet?

Alexis Langevin-Tétrault : J’ai vécu des épreuve personnelles, différents deuils. Ces deuils peuvent être des choses dramatiques, mais des fois aussi, c’est juste des fins de cycle qui me  forcent à me réorienter et me laissent finalement m’ouvrir à autre chose. Mais oui, des deuils de tous niveaux. Au niveau des relations, des gens qui ont été malades ou qui sont morts.Des deuils à plusieurs niveaux.

PAN M 360 : Comment es-tu organisé pour créer?

Alexis Langevin-Tétrault : J’habite mon studio dans le Mile-Ex, donc je vis un peu à travers les décombres de mes anciens projets, mes anciennes performances. Pendant la pandémie, ça commençait à ressembler à un cimetière d’objets! Ce sont des dispositifs, des trucs physiques, ça prend de la place.  Ce sont des objets un peu industriels, un peu trash, mais je suis  libre d’en faire ce que je veux. 

PAN M 360 :  Alors on devine que tu as joué là-dedans. Comment?

Alexis Langevin-Tétreault : J’arrive à la mi-carrière, je vis comme tous les artiste la difficulté d’obtenir du financement, mais j’ai quand même la volonté de mener des nouveaux projets. Alors si je déconstruisais mes anciens dispositifs pour en récupérer non pas du contenu, mais des pièces techniques (morceaux de métal, vis, capteurs, etc), je pourrais mettre en  commun mes avancées précédentes.

PAN M 360 : C’est-à-dire?

Alexis Langevin-Tétrault : Je me suis créé un vocabulaire  technique au fil des dernières  années, je me suis dit que si je mettais  en commun les éléments de ce vocabulaire et reconstruire quelque chose de neuf à partir des vestiges de mes anciens projets. Ça, c’est un peu ça, l’intention de départ. Ça venait aussi avec une idée de rituel païen et technologique,    sorte de rituel funéraire.

PAN M 360 : Et de quelle façon le résultat se démarque-t-il des projets précédents ?

Alexis Langevin-Tétrault :  Avant, e show commençait et j’avais déjà un dispositif au miliieu de la scène,  un peu comme un instrument  avec lequel je jouais. Cette fois,  il n’y a pas de dispositif central; en fait, je le construis progressivement. C’est un peu ça la nature de ce show. Ce que ça me permet, en fait, c’est que ça change complètement la scénographie. Et aussi ça change mes déplacements sur scène.

PAN M 360 : Mais encore?

Alexis Langevin-Tétrault : Je peux utiliser tout l’espace sur scène. Je suis moins centré autour d’un objet, ce qui me permet de développer un nouveau vocabulaire,  une autre façon d’aborder la temporalité. C’est le nouveau terrain du show, qui est quand même, comme je l’ai mentionné, en continuité ave ce que j’ai déjà fait. C’est une nouvelle configuration, disons. 

PAN M 360 : Une configuration synthèse, dans tous les sens du terme, c’est-à-dire que c’est la synthèse de tes démarches antérieures, et aussi la synthèse de tes anciens dispositifs et objets.

Alexis Langevin-Tétreult : C’est exactement ça. J’ai 41 ans, je suis rendu là, à faire l’état des lieux. Ça correspondait vraiment où j’étais. Et je ne savais pas forcément qu’il allait y avoir une diffusion. 

PAN M 360 : Et cemment cela s’est-il concrétisé? 

Alexis Langevin-Tétrault : J’ai commencé à travailler chez moi, et j’ai eu l’intuition de pousser plus loin l’affaire. Puis, il y a eu le centre Perte de Signal, à Montréal, duquel je suis membre, qui a donné l’occasion d’y faire des mini-résidences pour y faire notamment un film d’art sur un projet de notre choix. J’ai profité de cette occasion pour y concevoir un prototype de répliqueur de ce projet-. J’ai travaillé avec Andréanne Roussel, qui a fait un vidéo d’art sur le processus, ce qui m’a permis d’en jeter les bases techniques et esthétiques. Ce n’était pas très long au début, j’avais fait 4 minutes en  décembre dernier.

Mais ça m’a permis de confirmer que j’avais un filon, un projet à travailler.À partir de là, j’ai travaillé en parallèle dans ma tête et dans mon studio. C’est surtout au cours des trois dern  Ça s’est conclu il y a à peu près une semaine, j’ai terminé à la Serre Art Vivant, sur le boulevard Gouin, qui dispose d’un très grand studio. Cet espace est plus utilisé côté du théâtre et performance. Ça m’a permis de reproduire les dimensions similaires à ce que je vais avoir sur la scène du Théâtre Maisonneuve.

PAN M 360 : Et quelles seront les nouvelles avancées? 

Alexis Langevin-Tétrault : Les technologies des deux décennies ont propulsé cet art ailleurs. C’est-à-dire que  nous sommes capables d’interagir beaucoup mieux en temps réel ou différé, de créer des nouveaux instruments de musique beaucoup plus rapidement, exploiter de nouvelles possibilités au niveau du 3D.

À l’échelle de ma petite carrière, j’ai vu l’évolution des technologies. Ce que je faisais il y a 20 ans, c’était très difficile de générer ça sur scène. Ce sont des trucs qui étaient généralement en fix et qui ont été pris dans une certaine temporalité. Il n’y avait pas beaucoup de flexibilité. Tandis que maintenant, la matière devient très plastique et on peut, en temps réel, vraiment changer de direction, improviser, changer de durée et manipuler plusieurs mesures en même temps. 

PAN M 360 :  Peut-on ici parler également d’installation ?

Alexis Langevin-Tétrault : Oui, il y a ce côté installatif. À la limite, ça ne serait pas très difficile d’en créer une version muséale. Il y aurait quelque chose à faire, ça pourrait être intéressant.

PAN M 360 : Comment peut-on visualiser sommairement le résultat sur scène?

Alexis Langevin-Tétrault : Par exemple, je dispose d’un  d’un système d’éclairage LED que j’ai construit avec un collègue, qui est Lucas Pally; la lumière qui est générée en temps réel et est déduite du processus sonore qui lui aussi est créé en temps réel. L’essentiel de tout ça est d’en étudier mes mouvements. Pource, j’ai des capteurs de mouvements, des accéléromètres qui sont capables de déduire ma position ou l’inclinaison. J’ai aussi des capteurs qui utilisent aussi des micros. Tout ça ensemble, ça permet de créer du son, de créer de la lumière. J’ai aussi un système de lumière robotisé. Ça, c’est une nouveauté. Ça vient créer des silhouettes derrière moi,  comme s’il y avait des entités relativement autonomes et d’autres  vraiment contrôlées par moi. Tout le mouvement de ces lumières robotisées-là est dérivé de mes propres mouvements en temps réel. Ce genre de choses-là, il y a une dizaine d’années, je ne pensais pas que ça aurait été possible. Ça n’aurait jamais été aussi fluide.

PAN M 360 : Ça modifie donc ta manière de travailler devant public, donc.

Alexis Langevin-Tétrault : Oui. Maintenant, je peux complètement improviser. Et sans prtendre être danseur, j’ai travaillé sur des chorégraphie. Je peux vraiment bouger, être libre,  improviser. Ça donne une totale fluidité et une totale confiance aussi que le système va me suivre. Ce terrain de jeu a de moins de moins en moins de limites.

PAN M 360 : Et te motiver à poursuivre l’aventure!

Alexis Langevin-Tétrault : Oui! J’ai  encore envie de continuer,  de progresser, de créer.

La création sur scène de Replikas est prévue ce samedi 23 août, 19h, au Théâtre Maisonneuve, dans le cadre de A/Visions2

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