MikeZup tire sa révérence avec Compte à Rebours

Entrevue réalisée par Jacob Langlois-Pelletier
Genres et styles : hip-hop / rap / rap keb / trap

renseignements supplémentaires

Le compte à rebours est terminé pour MikeZup : il est temps d’accrocher le micro et de laisser place à la prochaine génération, a annoncé le rappeur dans une publication Instagram, en marge de la parution de son dernier projet.

Plutôt qu’un geste impulsif, cette décision découle d’une réflexion entamée il y a déjà plusieurs années. « En 2019, je m’étais promis que si je n’atteignais pas un certain niveau avant mes 30 ans, je devrais envisager de passer à autre chose », explique-t-il. Aujourd’hui, l’artiste choisit donc de concentrer son énergie sur l’accompagnement de la relève qu’il développe au sein de son label 630MG, un rôle dans lequel il se sent pleinement à sa place.

Pour ce dernier tour de piste, le trentenaire dévoile Compte à Rebours, un projet percutant — le plus raffiné et abouti de sa carrière. Entouré d’une brochette d’artistes marquants de son parcours musical, le natif de Saint-Michel brille dans un univers résolument drill et trap. Nouvelle réalité de vie oblige, MikeZup s’éloigne un peu de ce gangsta rap plus brut qui a longtemps défini son œuvre, et explore des sonorités plus légères, notamment sur l’excellente Cavale avec Souldia.

Avec cette dernière offrande, il ouvre une ultime fenêtre sur un vécu perturbé, mais bien réel. Fidèle à son habitude, les textes y sont percutants, vrais et sincères. Une quarantaine de minutes qui s’écoutent d’un trait et qui lui permettent de tirer sa révérence en grand.

Quelques heures avant la sortie, Pan M 360 a jasé avec lui de sa récente annonce sur les réseaux sociaux, la création de Compte à Rebours, ses ambitions futures et bien plus.

PAN M 360 : Avant toute chose, parlez-moi de votre publication sur les réseaux sociaux dans laquelle vous annoncez qu’il s’agit de votre dernier projet en carrière. Qu’en est-il de cette décision?

MIKEZUP : Ça faisait un bon moment que j’y pensais. J’ai eu 30 ans cette année, et quand j’ai sorti MAUVAISE HUMEUR en 2019, je m’étais promis que si je n’atteignais pas un certain niveau dans ma carrière avant mes 30 ans, je devrais envisager de passer à autre chose. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses : j’ai ouvert un label, je m’occupe d’autres artistes… J’ai moins de temps pour moi, et je suis davantage concentré sur les carrières des autres. Et j’aime vraiment ça.

PAN M 360 : Et justement, quel était ce niveau que vous visiez à l’époque?

MIKEZUP : Moi, j’aurais voulu aller en Europe. Je me suis tout de même rendu à un point honorable, mais j’aurais souhaité quitter le Québec et vivre à 100 % de ma musique. Aujourd’hui, je dois faire davantage de collaborations avec d’autres artistes pour en vivre, et c’est correct aussi. Mais je pense que je vais me concentrer de plus en plus sur mes artistes. C’est gagnant-gagnant.

PAN M 360 : Dans votre publication, vous affirmez qu’il est temps de laisser la place à la prochaine génération. D’où provient cette réflexion? Votre rôle au sein du label y est-il pour beaucoup?

MIKEZUP : Exact. Les artistes que je gère sont tous plus jeunes, dans la vingtaine. Quand j’ai commencé à prendre la musique au sérieux, j’avais à peu près cet âge-là. Aujourd’hui, je sais quoi faire et quoi éviter. Je connais les erreurs que j’ai faites. Je pense être un bon leader pour la génération qui arrive.

PAN M 360 : Revenons-y un peu plus tard. Parlons d’abord de votre nouvelle offrande, Compte à Rebours. Quel est le fil narratif de ce projet?

MIKEZUP : Compte à Rebours, juste le titre annonce la thématique : c’est mon dernier album. Le compte à rebours est terminé. Comme je disais, je m’étais fixé une date butoir à 30 ans, et on y est. Les collaborations, ce sont surtout des gens avec qui j’ai travaillé par le passé et que j’apprécie. C’était une manière de boucler la boucle avec les artistes qui ont été importants dans mon parcours.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui rendait ce projet-là si significatif pour en faire potentiellement votre dernier?

MIKEZUP : Contrairement à mes autres projets où j’étais très productif — je pouvais enregistrer trois ou quatre albums dans une année — celui-là a pris énormément de temps. On a commencé en décembre 2024 et on l’a terminé le mois dernier. Ça ne m’était jamais arrivé. Je me suis appliqué, j’y ai mis beaucoup de cœur. J’aime le résultat, ce sont des sonorités très récentes. Avant, je mettais parfois des morceaux plus vieux, issus de mes archives. Pas cette fois. Tout est récent. J’en suis fier.

PAN M 360 : Quel morceau avez-vous le plus hâte que votre public découvre?

MIKEZUP : J’en ai deux. D’abord, Pierre Tombale avec Izzy-S. Cette collaboration était très attendue. Tout au long de ma carrière, on me disait de faire une chanson avec lui, et ça n’avait jamais donné. C’est finalement la dernière chanson qu’on a enregistrée pour l’album. Le son est mortel, et Izzy-S a un parcours qui ressemble au mien. On a tous les deux traversé une grosse perte de poids, alors on s’est fait un beat pour le gym, quelque chose de solide.
Et il y a Cavale avec Souldia. J’adore l’univers de ce morceau. C’est une chanson qui peut s’écouter partout et par tout le monde. Je dirais ces deux-là.

PAN M 360 : Est-ce que cette collaboration avec Souldia reflète les nouvelles sonorités que vous explorez sur l’album?

MIKEZUP : Oui, exactement. Et même si je dis que c’est mon dernier album, je vais continuer à faire de la musique ici et là. J’ai envie de poursuivre dans ces sonorités plus grand public. Tout ce qui était plus dur, gangsta rap, hardcore… je laisse ça derrière.

PAN M 360 : Et pourquoi ressent-on un jour le besoin de tourner la page sur ce type de sonorité?

MIKEZUP : Mes enfants grandissent. C’est surtout ça. Mes anciennes chansons reflétaient un mode de vie que je n’ai plus. J’ai changé : je suis rendu à d’autres choses, plus tranquille dans ma vie. Je suis père de famille. Mes enfants écoutent mes chansons et commencent à comprendre ce que je dis. Ça amène une réflexion. J’aime faire de la musique, mais je veux faire une musique que tout le monde peut écouter.

PAN M 360 : Quel mot résume le mieux le processus de création de Compte à Rebours?

MIKEZUP : Émotions. Il y en a eu beaucoup. On s’est obstiné ici et là avec les producers — rien de grave — mais il y a eu beaucoup de logistique, beaucoup d’ajustements. On a parfois refait un mix 15 fois. On s’est appliqué. Des détails qu’on aurait laissés passer avant, on ne les a pas négligés cette fois.

PAN M 360 : Qu’est-ce que vous diriez au MikeZup qui débutait dans le métier?

MIKEZUP : Quand j’ai commencé, je n’avais aucune attente, et je pense que c’était la meilleure manière de faire de la musique. Quand tu commences à avoir des attentes, tu finis inévitablement par être déçu. Quand c’est devenu trop sérieux et que je devais vendre des albums pour payer mes affaires, ça a commencé à nuire à ma créativité. Si je pouvais me parler, je me dirais : continue, pense juste à faire de la musique. Et au pire, fais-toi un plan B à côté pour continuer de créer librement.

PAN M 360 : Votre meilleur souvenir de carrière, en tant qu’artiste?

MIKEZUP : Il y en a tellement. J’ai fait de grandes scènes, j’ai collaboré avec des figures importantes du rap québécois, des gens que j’écoutais quand j’étais petit. Mon featuring avec Sans Pression, par exemple, ça a été un moment marquant dans ma carrière d’artiste. C’est un artiste que j’écoute depuis toujours. C’était symbolique, presque magique. Je vais toujours m’en souvenir.

PAN M 360 : Après la musique, qui est MikeZup? Est-ce que ça vous effraie un peu?

MIKEZUP : Oui, un peu. Je suis inquiet, parce que je fais de la musique depuis que j’ai 11 ans. On m’a toujours connu comme MikeZup le rappeur. Là, c’est comme si j’enlevais cette étiquette pour passer à autre chose… que je ne connais pas encore. Mais je me dis que la vie est bien faite. Oui, ça crée du stress, mais c’est un stress positif.

Crédit photo: JRDN PHOTOGRAPHY

Tout le contenu 360

VoixMonde au 9e : découvrir les traditions du Rwanda avec Deo Munyakazi

VoixMonde au 9e : découvrir les traditions du Rwanda avec Deo Munyakazi

Flux 2026 | Bob Stewart, le doyen des tubistes à Montréal

Flux 2026 | Bob Stewart, le doyen des tubistes à Montréal

Flux 2026 | Liberté-Anne présente Frotae vol. 2

Flux 2026 | Liberté-Anne présente Frotae vol. 2

Flux 2026 | No Hay Banda invite Erika Angell et rend hommage à Suoni per il popolo

Flux 2026 | No Hay Banda invite Erika Angell et rend hommage à Suoni per il popolo

Nicolas Ellis, Elizabeth St-Gelais et l’Orchestre de l’Agora à Bourgie : Sous le regard de la Lune, des anges passent

Nicolas Ellis, Elizabeth St-Gelais et l’Orchestre de l’Agora à Bourgie : Sous le regard de la Lune, des anges passent

Waahli | « Soap Club Vol. 1 », l’art de sortir des sentiers battus

Waahli | « Soap Club Vol. 1 », l’art de sortir des sentiers battus

SAT / Making Time | Lorsqu’une amitié devient un événement

SAT / Making Time | Lorsqu’une amitié devient un événement

SAT/ Making Time | « Hardware live set » à venir côté Aurora Halal

SAT/ Making Time | « Hardware live set » à venir côté Aurora Halal

Flux 2026 | 1er week-end expliqué par Peter Burton

Flux 2026 | 1er week-end expliqué par Peter Burton

OM | Entre Chostakovitch et improvisation, Gabriela Montero raconte la liberté

OM | Entre Chostakovitch et improvisation, Gabriela Montero raconte la liberté

25e Mois du Créole | La grande Jocelyne Béroard pour une première fois en solo à MTL

25e Mois du Créole | La grande Jocelyne Béroard pour une première fois en solo à MTL

MUZ 2026 | Jour 4: Soirée de clôture signée Djely Tapa

MUZ 2026 | Jour 4: Soirée de clôture signée Djely Tapa

QMP 2026 | Fantômes et partitions d’Érick d’Orion

QMP 2026 | Fantômes et partitions d’Érick d’Orion

QMP 2026 | Le Québec est parallèle, du 30 septembre au 25 octobre

QMP 2026 | Le Québec est parallèle, du 30 septembre au 25 octobre

Palais Montcalm | Joep Beving, d’abord l’imagination et la réflexion

Palais Montcalm | Joep Beving, d’abord l’imagination et la réflexion

MUZ 2026 | Jour 3 : Dernière escale musicale entre Méditerranée, Amériques et Afrique

MUZ 2026 | Jour 3 : Dernière escale musicale entre Méditerranée, Amériques et Afrique

Codes d’Accès | Battements: Geneviève Ackerman présente « Rimes défaites par le Sphinx »

Codes d’Accès | Battements: Geneviève Ackerman présente « Rimes défaites par le Sphinx »

SAT / Making Time | Olof Dreijer, au-delà de The Knife… le bâton, le tambour, l’immersion

SAT / Making Time | Olof Dreijer, au-delà de The Knife… le bâton, le tambour, l’immersion

MUZ 2026 | Jour 2: De l’inanga à la trompette, en passant par le slam

MUZ 2026 | Jour 2: De l’inanga à la trompette, en passant par le slam

QMP x FLUX x Vivier 2026 | Quatuor Bozzini joue les quatuors d’un pilier du jazz d’avant-garde : George Lewis

QMP x FLUX x Vivier 2026 | Quatuor Bozzini joue les quatuors d’un pilier du jazz d’avant-garde : George Lewis

Palais Montcalm | Alain Lefèvre joue Consolation

Palais Montcalm | Alain Lefèvre joue Consolation

Les concerts ‘’Apportez votre vin’’ du Quatuor Voxpopuli : là où l’écoute sérieuse se fait dans le plaisir

Les concerts ‘’Apportez votre vin’’ du Quatuor Voxpopuli : là où l’écoute sérieuse se fait dans le plaisir

MUZ 2026 | Jour 1 : Du Brésil aux Balkans en passant par Drummondville

MUZ 2026 | Jour 1 : Du Brésil aux Balkans en passant par Drummondville

MUZ 2026 | Le métissage musical, une histoire de rencontres

MUZ 2026 | Le métissage musical, une histoire de rencontres

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné