SAT | Honeydrip, un détour dub à Making Time

Entrevue réalisée par Loic Minty
Genres et styles : dancehall / dub / dub-techno / électronique

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Honeydrip est l’une des artistes de musique électronique les plus en vue de Montréal, et ce depuis nombre d’années. Si ses sets DJ couvrent un large éventail de genres et d’influences, son style particulièrement dynamique se traduit dans ses propres créations musicales, soit par des morceaux que l’on a envie d’écouter entre 5 et 7 heures du matin. Elle fait partie de la culture underground depuis ses débuts il y a dix ans, et continue de se consacrer à cette scène malgré la demande internationale croissante à son endroit. C’est ainsi que Honeydrip s’est fait un nom, non seulement en créant une identité sonore unique, mais aussi en développant une communauté avec son public et ses pairs. Elle est devenue une DJ influente et une musicienne live innovante, mais aussi une pionnière dans l’organisation de conférences au sein du collectif féminin et queer MORPH, qu’elle a fondé.

Dans cette interview, Honeydrip nous parle de son prochain concert au Making Time XXV, de l’importance des salles DIY et de son dernier projet musical.

PAN M 360 : Vous rentrez de Philadelphie où vous étiez invitée au festival Making Time. Comment décririez-vous l’ambiance générale qui régnait à Fort Mifflin ? Y a-t-il eu des concerts qui se sont démarqués ?

Honeydrip : L’énergie était palpable ! Je pense que nous étions tous très heureux d’être là et de participer à cette expérience. J’ai rarement vécu un festival comme celui-ci, où je ne sais pas où aller parce que la musique est tellement bonne partout et tout le temps. Je n’ai pas pu assister à tous les concerts que je voulais voir, mais mes préférés ont été ceux d’Aya, Conducta et Al Wooton.

PAN M 360 : Pour Making Time XXV au S.A.T., vous allez jouer en live, c’est bien ça ?

Honeydrip : Oui ! C’est génial d’avoir eu l’occasion de mixer au festival Making Time à Philadelphie et maintenant de faire un live ici à Montréal.

PAN M 360 : Lors de votre dernière performance live au MUTEK, vous avez doublé les morceaux, c’est-à-dire que vous avez envoyé les stems vers des pédales d’effets en temps réel. Quel dispositifs musicaux apportez-vous sur scène cette fois-ci, et pouvez-vous décrire brièvement leur fonction ?

Honeydrip : Ma configuration live pour ce spectacle est pratiquement la même que celle que j’ai utilisée au MUTEK : Ableton Push, une table de mixage Venice et un ensemble de pédales. J’ai progressivement intégré de nouveaux éléments à mon set, mais je n’en ai pas encore créé un entièrement nouveau. Cela dit, j’aime beaucoup faire évoluer mes morceaux au fil du temps, car cela me permet de refléter où j’en suis musicalement aujourd’hui et de partager cette évolution constante avec le public.

PAN M 360 : En mars 2025, vous avez publié sur Instagram un message célébrant vos 10 ans de carrière en tant que DJ. Vous êtes passé des rythmes lo-fi fluides à la bass music, au dub et à la techno left-field. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Honeydrip : Ces derniers temps, je me suis intéressée au chant et je vais sortir un single le mois prochain qui marquera le début de cette nouvelle orientation. Je chantais et me produisais sur scène quand j’étais plus jeune, alors revisiter cette partie de moi-même, c’est comme renouer avec l’enfant qui sommeille en moi. Même avec ce changement, ma musique reste ancrée dans les sonorités caribéennes.
PAN M 360 : La musique que vous jouez en live et en tant que DJ est-elle la même que celle que vous écoutez au quotidien ? Quel est votre contexte préféré pour écouter cette musique ?
Honeydrip : J’aime plusieurs styles musicaux, donc je varie en fonction de mes envies. Je préfère écouter le genre de musique que je joue soit sur la piste de danse, soit seule chez moi où je peux bouger librement. Cela m’inspire vraiment à bouger.

PAN M 360 : Vous faites partie de la scène DIY montréalaise depuis le tout début de votre carrière de DJ et vous y êtes toujours très impliqué, comme en témoigne votre prestation à la Parquette le 11 octobre dernier. Selon vous, quelle est l’importance des espaces DIY dans l’écosystème musical, et avez-vous des idées pour assurer la pérennité de cette scène ?
Honeydrip : Je fais partie d’un collectif appelé MORPH Sound System, né du désir de voir davantage de femmes et de personnes queer s’intégrer à la culture des sound systems et, grâce à nos ateliers, leur donner les moyens de se réapproprier les espaces techniques qu’elles méritent. Le 11 octobre aura lieu notre première collecte de fonds, au cours de laquelle nous avons programmé des ateliers, des conférences, de la musique et bien d’autres choses encore. Je me produirai sur scène, mais j’animerai également un atelier interactif avec mon ami Rían Adamian sur le thème « Comment construire un haut-parleur ».

Je pense que Parquette est l’exemple parfait du pouvoir de l’underground et de la façon dont il représente les envies, les besoins, les désirs et les rêves de notre communauté. En menant des enquêtes et en participant activement à la culture DIY, ils ont déterminé ce dont Montréal avait le plus besoin et l’ont créé. Nous sommes donc honorés d’y organiser notre événement. La culture DIY et la culture Sound System vont de pair. Beaucoup de gens travaillent ensemble pour atteindre un objectif et tout le monde en profite, pas seulement ceux qui sont au sommet. On y trouve l’amour, l’amitié, un but et de la magie (sans vouloir paraître ringard). Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait, mais cela vaut la peine de continuer à vivre les moments spéciaux, réels et inspirants que m’apporte la scène DIY.

PAN M 360 : J’ai beaucoup aimé votre définition d’un système audio, où le son correspond aux haut-parleurs et le système à la communauté d’ingénieurs, de selectors et de publics qui gravitent autour du son. En gardant cette définition à l’esprit, quelle est votre vision d’un système audio parfait ?
Honeydrip : Je vais répondre à cette question en quelques mots clés : diversité, logiciel libre (open source), repousser les limites.
PAN M 360 : Pour ceux qui ne le savent pas, Making Time XXV au S.A.T. est une version condensée du festival qui se déroule à Philadelphie, où Honeydrip a joué samedi. Comment ça s’est passé ?
Honeydrip :
Tout s’est très bien passé ! Je jouais sur la scène Lot Radio, donc mon set a été diffusé en direct et sera bientôt mis en ligne pour ceux qui souhaitent le revoir. J’ai été invitée par House of Paurro, qui a acheté tout un tas d’oreilles de lapin et les a distribuées à ses amis et au public. Pendant mon set, j’ai donc moi aussi porté des oreilles de lapin, ce qui était amusant et mignon. La salle était pleine à craq

uer et le public très réceptif !

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Photo: Félix Bonnevie

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