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Le 13 février, la pop éclectique et flamboyante de Kat Pereira sera jouée au Verre Bouteille dans le cadre du taverne Tour. Ses années de formation jazz ainsi que les tournées avec des noms tels que Laura Niquay et Alex Nevsky auront été la prémisse à ce nouveau projet où Kat prend maintenant la place à l’avant-scène.
Son premier album paru en octobre dernier démontre une maîtrise dans le mariage des harmonies complexes avec une esthétique foncièrement pop. C’est en cherchant à aborder plus en détail son processus de composition que la conversation s’est amorcée.
COMPLEXITÉ ET MAXIMALISME
PanM360 : On a qualifié ta performance aux demi-finales des Francouvertes de 2025 de « maximaliste et ambitieuse » ; on l’observe notamment dans certaines de tes pièces présentant des contrastes énergétiques drastiques entre les diverses sections. Cette approche de la composition dérive-t-elle d’une intention esthétique particulière ?
Kat: Non, c’est vraiment comme ça que j’écris. Par exemple, la pièce monk matcha a beaucoup de sections et elle est en 11/8. Toutes les sections sont venues naturellement, je les ai chantées comme ça. Je pense que dans mon cerveau, j’entends le maximalisme un peu partout… Dans les vibes que j’ai envie de créer dans une même chanson, dans les univers qui pour moi ont leur place dans une seule chanson. Même si j’ai longtemps étudié en musique, j’écris de façon très intuitive. Je ne vais jamais m’imposer de limites d’avance. Je l’ai écris comme ça, pour moi ça a du sens et je me dis qu’il y a bien quelqu’un dans l’univers qui va y trouver un sens aussi!
PanM360 : On est donc loin d’un processus rationnel où tu tenterais volontairement de complexifier certains matériaux musicaux.
Kat: Au contraire ! Mon but, c’est d’écrire des mélodies catchy, bien que je puisse les entendre avec une harmonie un peu plus étoffée ou des rythmiques plus complexes. Au final, on dirait que ce sont elles que j’aime. Après, en dessous, ça peut brasser un peu, tant qu’on puisse se rattacher à quelque chose d’un peu plus familier et accessible.
Je ne savais pas du tout comment allait être la réception du projet et ma plus grande crainte, c’était qu’on m’étiquette jazz. J’étais comme: « il ne faut jamais que je nomme ce mot-là »!
Je ne savais vraiment pas quel genre de personne le projet allait rejoindre et en fin de compte, ça rejoint des jeunes qui écoutent de la pop et autres musiques auxquelles je ne m’attendais pas du tout. Je trouve ça fun que les gens soient vraiment plus curieux qu’on ne le pense. Même s’il se passe des trucs plus complexes, l’auditeur peut trouver quelque chose à quoi se rattacher et demeurer ouvert.
PanM360 : Tu peux avoir du contenu musical assez complexe sans nécessairement rejoindre une niche très jazz.
Kat: Ouais, ça a réparé quelque chose en moi, je pense, de voir que ça se peut.
MIXAGE ET COHÉSION
PanM360 : Tu as déjà mentionné avoir voulu mettre en valeur certaines dualités conceptuelles dans ton projet, notamment celles du numérique/analogique et du vivant/non-réel.
Kat: Oui, exact.
PanM360 : À mon avis, les matières sonores de nature électronique cohabitent très bien avec les instruments. Il me semble que le mixage très poli participe au caractère futuriste et surréel de la musique en plus d’amener cette cohésion au tout.
Kat: Je suis contente que tu le soulignes, parce que le mix pour moi est très important. J’entendais dans ma tête comment je voulais que ce soit: une esthétique très léchée, pop, très compressée, très saturée, qui va parfois à l’encontre des musiques influencées par le jazz. Je voulais que cette approche très pop du mix ressorte dans le projet, oui.
INTERLUDES
PanM360 : Tu as quatre interludes à ton album, en comptant l’introduction. Des petits bijoux à mon sens! Dans leur structure linéaire et leur forme écourtée, ils ont une force de mouvement vers l’avant qui à mon sens contribue grandement au rythme d’écoute de l’album.
Kat: C’est important pour moi que l’album soit un univers imagé par des couleurs, des textures. Il me fallait être en mesure de construire une histoire, de lier les chansons avec les interludes ou alors de changer la vibe drastiquement. Dans le show, presque toutes les chansons s’imbriquent les unes dans les autres et donc on joue les interludes pour faire des transitions. Elles font partie de l’histoire que je raconte dans l’album. Je sais pas si t’as entendu celle qui est un peu folle, mamamanmedit?
PanM360 : C’est ma préférée!
Kat: Pour une pièce complète, on s’entend, je le ferais peut-être pas comme ça… Mais une interlude, on dirait que je peux vraiment faire ce que je veux, j’ai la liberté totale d’aller dans la direction qui me plaît. Au pire, ça dure trente secondes pis ça va, je ne perds pas trop de monde.
PanM360 : Avec mamamanmedit, j’aimais particulièrement ton approche phonétique envers les mots, avec des paroles du genre « croquons dans les concombres ». Ça m’a rappelé Raôul Duguay dans ce jeu avec le mot en écartant momentanément la facette sémantique.
Kat: Ça, ça vient d’une résidence qu’on a fait il y a longtemps… Ça fait cinq ans? Non, quatre ans, peut-être? On passait des heures à jouer non-stop et on enregistrait toute la journée. Quand ça fait des jours que t’es coincée dans un petit espace à jouer sans cesse, on dirait qu’il y a des moments où tu perds un peu la carte.
C’était donc un jam ou je ne sais même pas quoi, on s’est juste mis à jouer et moi à dire n’importe quoi, puis c’était tapé. Quand j’ai réécouté la résidence pour déceler des idées, je me souviens de m’être dite, en entendant ça: « c’est tellement niaiseux, ça serait tellement drôle que ça se ramasse sur l’album! ».
Et puis quand le mix de l’album était terminé et qu’on s’apprêtait à envoyer au master, je me suis souvenue de ça, t’sais, quatre ans plus tard! J’ai réussi à le retrouver, on a mis ça dans un lecteur cassette pour le cruncher et c’était tout. Je trouve ça plaisant d’avoir des petits bijoux niaiseux, des moments où je ne me prends pas trop au sérieux.
PanM360 : J’ai trouvé que le côté ludique et le ton plus léger balançait bien avec les autres pièces. C’est pour moi un aspect fascinant de la création que quelque chose qui a été créé il y a des mois ou des années te revienne en tête, pour qu’il s’intègre admirablement bien à ce que tu es en train de développer dans le présent. Des idées comme ça, on ne peut pas les expliquer rationnellement.
Kat: Totalement! La plupart des interludes proviennent de jams enregistrés qui ont été ré-amplifiés à travers un lecteur cassette ou joué à l’envers. Ce sont des petits bouts qui avaient été joués comme ça, pendant une résidence, mais qui n’étaient pas réfléchis comme tel.
PanM360 : Y a-t-il des segments que vous avez essayé de ré-enregistrer plus « proprement »?
Kat: Oui. Avec mamamanmadit, on entendait un gros clic de métronome parce qu’on jouait avec ça et on enregistrait avec peu de micros. Je m’étais dit qu’on pourrait ré-enregistrer et j’avais essayé, mais c’était vraiment impossible. Tu ne peux pas te prendre au sérieux et tenter de recréer cette affaire-là, la spontanéité ne se retrouvera jamais.
On la fait aussi en show, mais c’est complètement différent. La forme reste tout de même inspirée de l’originale.
PanM360 : Ça a été dur à adapter en performance?
Kat: Pas si mal, j’ai tenté de ne pas trop me prendre la tête, de faire une forme en fonction de ce que j’entendais. Elle vient aussi au moment du spectacle où on cherche à se défouler, à donner un regain d’énergie: je fais un gros solo de keytar et c’est super intense avec beaucoup de distorsion. Tout de même, on tente de conserver le contexte « niaiseux » d’origine.
EN SPECTACLE
PanM360 : À quoi peuvent s’attendre les gens qui viendront te voir au Taverne Tour?
Kat: L’aspect visuel de l’album est important pour moi et j’ai tenté de l’amener dans le show. On va avoir nos écrans avec projections choisies spécifiquement avec les chansons, des caméras qui filment en direct avec plein d’effets. On peut donc s’attendre à du maximaliste partout, jusqu’au visuel! Beaucoup d’énergie mais aussi des belles vagues, on amène les gens dans notre univers et on les porte avec nous dans les vagues de l’album.
Crédit photo: Benoit Paillé























