Cruzito prolonge l’été aux portes de l’hiver

Entrevue réalisée par Jacob Langlois-Pelletier
Genres et styles : hip-hop / latino / pop / rap

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Alors que les temps froids et enneigés se font de plus en plus fréquents, Cruzito a récemment dévoilé le remède parfait : La Voix du Barrio, son premier projet où le français est à l’avant-plan.

Vétéran de la scène latine internationale, le maître du reggaeton s’est entouré de 13 grands noms d’ici — dont Rymz et Imposs — pour nous transporter là où il fait chaud et où tout devient possible.

Sortant de sa zone de confort, le Québécois originaire du Honduras n’avait qu’un seul objectif : offrir une fusion latine résolument multiculturelle et profondément montréalaise dans son essence. Et force est d’admettre que c’est plus que réussi. Le résultat donne vie à un projet mielleux, cohérent, vibrant, qui unit ses racines et son identité d’ici dans un même souffle. Nul doute, Cruzito a la recette du hit, peu importe la langue.

PAN M 360 s’est entretenu avec lui afin d’en apprendre davantage sur son processus créatif entre latino, pop, rap, R&B et afrobeat, ses motivations derrière La Voix du Barrio, la place de la musique latine au Québec et les projets qui l’attendent.

PAN M 360 : Une semaine après la sortie de La Voix du Barrio, comment vous sentez-vous et comment vivez-vous les premiers retours du public?

CRUZITO : Écoute, so far so good, je suis vraiment content de la réponse jusqu’à maintenant. J’ai reçu beaucoup de bons commentaires sur les réseaux, venant de tous les horizons et de différentes communautés. Même après 20 ans de carrière, je me considère encore comme un artiste émergent, parce que c’est mon premier projet entièrement francophone. D’habitude, je m’adresse surtout à un public latino et hispanophone. Là, je découvre une nouvelle ouverture de la part des gens, qui semblent étonnés – mais positivement – de cette facette de moi. Ça me touche beaucoup. La création est encore toute jeune, donc j’ai hâte de voir comment elle va évoluer dans les prochaines semaines et les prochains mois.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a motivé à sortir de vos habitudes et à tenter une démarche artistique comme celle-ci?

CRUZITO : J’ai toujours été un grand fan de musique francophone. J’habite au Québec depuis longtemps, et pour moi, c’était naturel de vouloir fusionner mes deux cultures. Oui, je suis latino et très attaché à mes racines, mais j’ai aussi grandi ici. Le Québec m’a accueilli, mes amis parlent français, j’écoute la télé en français… L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps, mais je ne voulais pas décevoir mon public latino. Au final, c’était un défi important, mais nécessaire, pour montrer au Québec qui je suis vraiment comme artiste.

PAN M 360 : Comment décririez-vous l’identité sonore de ce disque?

CRUZITO : C’est clairement une fusion latine, parce que je veux toujours mettre de l’avant notre culture. Mais je parle aussi souvent du Montreal Sound, une identité qui vient du mélange des influences et des parcours des artistes d’ici. Ça crée un son authentique, propre à Montréal, et c’est exactement ce que je voulais mettre en avant. C’est un mélange entre mes racines et ce que je vis ici. Le titre La Voix du Barrio reflète ça : c’est à la fois latino, francophone, et très montréalais.

PAN M 360 : Le contraste entre la sortie en plein hiver et la chaleur dégagée par l’opus est frappant. Était-ce intentionnel?

CRUZITO : Oui, totalement. J’ai souvent voulu lancer mes projets en été, parce que c’est là que tout le monde sort, fait la fête, danse. Mais cette fois, je voulais apporter de la lumière pendant une période où beaucoup vivent une certaine lourdeur saisonnière. L’idée était d’offrir quelque chose qui réchauffe les soirées froides. Et malgré la sortie hivernale, je compte bien continuer à faire rayonner le disque l’été prochain.

PAN M 360 : Quelle a été la première pièce créée pour cette aventure, celle qui vous a donné envie de pousser plus loin La Voix du Barrio?

CRUZITO : C’est drôle, parce que la première chanson était entièrement en espagnol, très commerciale et très latino. Puis mon gérant m’a suggéré d’en faire une version francophone et d’inviter un artiste d’ici. On a contacté plusieurs personnes, et Adamo – qui est un ami – a tout de suite embarqué. Ça a vraiment été l’étincelle du projet. À partir de cette collaboration-là, j’ai commencé à imaginer une œuvre plus large, avec plusieurs artistes locaux. C’est ce moment-là, il y a environ un an et demi ou deux, qui a tout déclenché.

PAN M 360 : On retrouve treize collaborateurs sur votre réalisation. Qu’est-ce que cette diversité vous a apporté sur le plan créatif?

CRUZITO : Souvent, les artistes travaillent avec le même cercle et hésitent à partager la lumière. Pour moi, en tant qu’immigrant latino, c’était important de montrer que je suis ici pour collaborer et être un allié. Je voulais que ce soit un projet collectif. Et comme il s’agit de ma première création en français, je tenais à m’entourer de talents d’ici pour atteindre le résultat que je cherchais. Les commentaires des gens sur les collaborations sont vraiment positifs, et ça me rend fier.

PAN M 360 : Si vous deviez choisir une seule collaboration parmi toutes celles du projet, laquelle mettriez-vous de l’avant, et pourquoi?

CRUZITO : Je dirais le morceau introductif, LA VOZ. Il donne le ton à tout ce que les gens vont entendre. Je l’ai créé avec Gabriella Olivo, une artiste mexicano-québécoise qui a récemment été nommée à l’ADISQ. Je crois beaucoup en elle. Il était important pour moi que la première piste soit en espagnol, pour rendre hommage à notre métissage. J’ai une grande affection pour cette chanson.

PAN M 360 : Depuis 2020, vous dirigez Joy Ride Latino, division latine de Joy Ride Records. Quel est votre rôle et quelles sont vos ambitions?

CRUZITO : J’aide le label à trouver des artistes prometteurs et je les accompagne dans leur développement. Je suis aussi chargé de projet dans différents dossiers. Pour l’instant, on a peu d’artistes, mais on espère en signer un ou deux bientôt. On travaille notamment avec Mariana Gueza, une artiste mexicaine installée ici. Joy Ride Latino, c’est vraiment l’idée de mettre en lumière les talents hispanophones d’ici. Il y a énormément de potentiel à Montréal, mais nous n’avons pas toujours les ressources. Notre mission, c’est de d’améliorer ça.

PAN M 360 : Comment percevez-vous l’état actuel de la scène latino au Québec?

CRUZITO : Je suis satisfait des progrès. Il y a cinq ans, un festival comme Fuego Fuego n’aurait probablement pas pu voir le jour ici. Maintenant, on voit des artistes latinos remplir le Centre Bell ou performer dans les festivals. La scène latine explose à l’international, et on le ressent. Au Québec, on accuse un petit retard, mais le soutien grandit. Il faut continuer de travailler, de cogner aux portes. Des projets comme le mien contribuent à mettre nos artistes en lumière. Je suis convaincu que le Québec va rattraper les autres grandes villes nord-américaines.

PAN M 360 : Quelle est la prochaine étape pour vous?

CRUZITO : J’aimerais poursuivre dans cette direction et créer d’autres projets du même type. J’ai hâte de voir comment l’œuvre va vivre en festival, et j’espère recevoir le soutien des programmateurs et des diffuseurs. Je veux faire plus de scène, me faire connaître davantage. Je me croise les doigts pour multiplier les concerts au Québec et continuer de faire briller mon art.

Crédit photo: Le gars des archives

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