Dina Gilbert, cheffe d’orchestre liée de près à l’OSM depuis plusieurs années déjà (elle y fut cheffe adjointe de 2013 à 2016) , dirigeait cet ensemble réduit afin de faire voyager « de Vienne au Grand Nord ». Elle s’est présentée samedi sans une Cinquième Salle à peu près pleine.
L’idée était de séparer le programme en deux parties distinctes pour un même ensemble : violon, contrebasse, clarinette, basson, trompette, trombone et percussion. Cette instrumentation correspond à celle choisie en 2008 par maestro Kent Nagano afin de tourner dans le Nunavik avec l’OSM. Une commande à la compositrice inuite Alexina Louie avait alors été passée, puis exécutée dans différentes localités arctiques.
Dans un premier temps, donc, l’arrangement de Gilles Bellemare d’Une petite musique de nuit de Wolfgang Amadeus Mozart, plus précisément la Sérénade no 13 pour cordes en sol majeur), pièce archi-connue que tout être humain d’Occident a déjà entendu. L’effet est plutôt moyen en petite formation devant public et cela n’a rien à voir avec son exécution. On a l’impression d’être devant une mini fanfare militaire de l’époque pré-industrielle et que le choix de l’œuvre complémentaire à l’œuvre principale aurait pu être tout autre. On a beau vouloir faire de la vulgarisation auprès de ces mélomanes débutants qui applaudissent systématiquement entre les mouvements (personne ne leur a dit de faire le contraire, remarquez), lier musique de création contemporaine et un tel mégatube de Mozart, imaginé au 18e siècle, me semble discutable dans ce contexte précis.
Un meilleur complément aurait été préférable pour accompagner la pièce de résistance, soit une œuvre autochtone imaginée par une compositrice inuite. Alexina Louie est parmis ces compositeurs.trices éduqué.e.s dans les facultés de musique occidentale et soucieux.ses de relayer leur culture indigène. Dans le cas qui nous occupe, c’est l’évocation de la nature arctique, le traîneau à chien, les moustiques l’été et autres éléments du quotidien traditionnel inuit sont mis en sons par la compositrice, qui joint à cet ensemble classique deux chanteuses de gorge : Taqralik Partridge et Julie Larouche ont été appelées à la dernière minute car leur collègues n’ont pu faire le voyage en avion ce week-end pour les raisons qu’on imagine.
Il faut rappeler à quiconque que le chant de gorge des femmes inuites est d’abord un jeu que les ethnologues et compositeurs du XXe ont jugé très musical. Depuis, l’intérêt pour le jeu de gorge est resté grand puisqu’on voit régulièrement des projets les mettant en vedette – Oktoecho le faisait il y a quelques jours à peine à Présence autochtone.
Les chanteuses de gorge ne représentent plus cette curiosité exotique des années 70 et 80, elles ont fait évoluer leur jeu, la variété de leurs textures gutturales, des rythmes de leur exécution et des motifs de leurs phrasés a relativement évolué. Mais cela reste un matériau sonore assez sommaire, les potentialités musicales du jeu de gorge demeurent limitées. Enfin… il faudra encore bosser fort pour faire évoluer le langage. Côté instruments du « Sud », on était au service d’un œuvre plutôt consonante, empreinte de motifs répétés et laissant place aux expressions individuelles. Digne d’intérêt, certes…
ARTISTES
Taqralik Partridge, chant de gorge
Julie Larouche, chant de gorge
Marianne Dugal, violon
Ali Yazdanfar, contrebasse
Alain Desgagné, clarinette
Mathieu Harel, basson
Paul Merkelo, trompette
James Box, trombone
Serge Desgagnés, percussions
Œuvres
Wolfgang Amadeus Mozart (arr. G. Bellemare), Une petite musique de nuit (16 min)
Alexina Louie, Take The Dog Sled (21 min)























