Un 20 août à la Virée classique : Boucle d’or et les trois ours, Fauré, Monteverdi, Trio Débonnaire et plus encore!

par Rédaction PAN M 360

L’équipe de PAN M 360 est très présente à la Virée classique, présentée par l’OSM. Nos contributeurs.trices rapportent quotidiennement ce qu’ils.elles ont vu et entendu aux concerts présentés à Montréal jusqu’au 20 août.

Trois choeurs se rencontrent pour chanter le Requiem de Fauré

Crédit photo : Antoine Saito

Sous la baguette de Rafael Payare, l’OSM a dévoilé une interprétation nuancée du Requiem de Fauré qui résonnait à la fois d’une clarté et d’une profondeur lumineuses. Présentant cette œuvre phare en collaboration avec trois chœurs amateurs et un organiste de concert, la performance de cet après-midi s’est alignée plus étroitement sur l’intention originale de Fauré, permettant d’entendre le contrepoint plus clairement qu’avec un accompagnement orchestral complet.

Le programme débute avec Prière pour Orgue de François Morel, une courte pièce pour orgue seul qui donne allègrement un ton respectueux mais tout aussi grave dans les salles de la Maison Symphonique. C’est dans le silence qui a suivi que le chœur, composé de trois sections, chacune avec son chef de chœur, est monté sur scène avec une interprétation du Cantique de Jean Racine de Fauré. Souvent interprétée en parallèle de son Requiem, cette mise en texte est un des premiers signes de la vision musicale et religieuse singulière de Fauré.

Les textes de Fauré marquaient une rupture avec la sévérité et le drame des musiques de messe traditionnelles, et cela ne peut être représenté plus fidèlement qu’avec le mouvement « In Paradisum ». Le chef d’orchestre, le chœur et l’organiste ont fusionné pour créer une sublime ascension dans les royaumes du paradis. La musique flottait, en apesanteur et sereine, alors qu’un sentiment de clôture tranquille nous enveloppait dans l’auditorium.

Varun Swarup

Jeremy Denk, ou comment lier JS Bach, Ravel et Ligeti

Jeremy Denk est considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs pianistes de concert américains sur la planète classique, on a pu confirmer cette affirmation à la Virée classique. Qui plus est, il fait aussi partie de ces virtuoses intéressés à mettre les époques en relation intime, c’est ce qu’on a pu savourer sur la scène reconfigurée de la salle Wilfrid-Pelletier, dimanche matin.

Au programme, JS Bach, Ravel et Ligeti, compositeurs respectivement issus des périodes baroque, moderne et contemporaine.  Ainsi nous avons eu droit d’abord à la Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825, qui fait partie de ces « suites allemandes » reconnues notamment pour le génie contrapuntique de leur concepteur dont le style avait atteint sa pleine identité à l’époque de leur conception, soit plus ou moins deux décennies avant la mort du compositeur – la Partita n°1 le fut en 1731.

Quant au style de Jeremy Denk, on peut dire grosso modo qu’il n’est ni trop délicat ni trop brusque. Ce centrisme peut aussi porter le défaut de sa qualité, au point parfois de ressentir une certaine froideur académique dans le jeu de la Partita de Bach jouée en premier. Or, les perceptions changent lorsque le pianiste joue Gaspard de la nuit de Maurice Ravel, œuvre  composée en 1908 et inspirée de poèmes d’Aloysius Bertrand. Répartie en trois « poèmes pour piano », l’œuvre devient de plus en plus dense et grimpe en intensité, particulièrement au dernier (Scarbo), on peut alors contempler les pleines capacités de l’interprète. Nous sommes alors prêts à absorber les études pour piano IV (Fanfares) et V (Automne à Varsovie) du compositeur hongrois György Ligeti.

Il n’y a pas si longtemps, un tel programme n’était pas envisageable, « l’acceptabilité sociale » négative aurait repoussé toutes les directions artistiques des sociétés de concert à mettre de l’avant une telle combinaison, ce qui n’est visiblement plus le cas. Bien au contraire, ce programme proposé par Jeremy Denk correspond désormais à ce qu’il faut faire afin de nourrir les mélomanes comme il se doit en 2023.

Alain Brunet

Apprendre la musique dans le plaisir à la Virée classique

Crédit photo : Antoine Saito

La programmation pour la famille et les enfants est indissociable de la Virée classique. Chaque année, plusieurs concerts et activités pour les plus jeunes donnent l’occasion à l’OSM de faire rayonner la musique à travers le jeu, les histoires et les contes. Cette année, on a pu voir en salle Les créatures fantastiques avec Rafael Payare, ainsi qu’une série d’activités à objectif de médiation musicale, telles que la Forêt enchantée, qui était une énigme musicale jumelée à l’exploration des décors, ou un nombre d’ateliers participatifs où le public composait avec les ensembles, tout en découvrant divers instruments.

Dimanche matin, dans le superbe espace du Piano Nobile du foyer de la salle Wilfrid-Pelletier, on faisait découvrir aux enfants les enchantantes sonorités des bois de l’orchestre. Par le médium du conte classique de Boucle d’or et les trois ours, les musiciens (Vincent Boilard au hautbois, Alain Desgagné à la clarinette et Mathieu Harel au basson) ainsi que la comédienne invitée (Gabrielle Marion-Rivard) ont appris aux enfants comment la musique pouvait évoquer des objets, des personnages ou des scènes précises, tout en abordant les familles d’instruments de l’orchestre. 

Les morceaux de Jacques Ibert, Joseph Canteloube, Alexandre Tansman, Jean Françaix, Ange Flégier, de Mozart et de Jacques Hétu se sont prêtés au jeu, illustrant tantôt la forêt idyllique, tantôt la rêverie. La sonorité du trio de bois était magique et il est sûr que les familles présentes ont apprécié leur petite évasion chez les trois ours.

Alexis Ruel

Rencontres autour du chant de gorge inuit

Le projet Les grands espaces, en collaboration avec la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), a été présenté sur la rue Sainte-Catherine dans une formule participative. La compositrice et cheffe d’orchestre du groupe Oktoecho, Katia Makdissi-Warren, est à l’origine de ce projet, destiné principalement aux jeunes. Idéalement, la pièce aurait été dirigée par un enfant dans le public, mais seulement une jeune fille se porte volontaire pour le faire, accompagnée de sa mère. Les enfants semblaient gênés et un peu intimidés. Quoi qu’il en soit, le résultat était très réussi, malgré cela. Le concept est de créer une trame sonore en chœur, en chantant de courts motifs mélodiques simples et en ajoutant des percussions corporelles, pour imiter des sons de la nature (la pluie, le vent, le hibou, les oies). Pendant ce temps, deux femmes interprètent le katajjaq, et produisent les motifs vocaux correspondants dans cette tradition musicale. Il s’agit donc d’ouvrir un espace de rencontre, où deux traditions musicales se rencontrent dans le plus grand des respects.

Le chant de gorge inuit est une compétition entre deux femmes, mais également un jeu. Les personnes qui assistent à cet atelier ont droit à une démonstration et à des explications sur les manières de produire les sons. Le public est curieux et pose beaucoup de questions, auxquelles répondent les deux chanteuses présentes sur scène avec beaucoup de générosité. Les grands espaces est un projet qui permet d’aller à la rencontre d’une tradition musicale qui a longtemps été interdite de pratique, mais qui connaît une résurgence dans les dernières années.

Elena Mandolini

Un vent de fraîcheur au Complexe Desjardins

Les vents de l’île de Montréal est une harmonie composée de jeunes provenant de plusieurs écoles secondaires montréalaises, dirigée par Éric Levasseur. Les pièces présentées allaient des trames de musique de film au répertoire plus classique pour harmonie. Les œuvres présentées étaient originales, audacieuses même (on a droit à une pièce un peu dissonante, interprétée avec beaucoup d’assurance par les jeunes). L’assurance avec laquelle les œuvres ont été interprétées est à saluer. Le son produit par ces jeunes musiciennes et musiciens était puissant, précis et assuré. On note une largesse dans le son de l’ensemble et une direction remarquable pour un ensemble de ce niveau. Le public a accueilli les œuvres avec enthousiasme, et a eu droit à des moments musicaux solennels, triomphants et percutants!

Elena Mandolini

Le divertissant et charismatique Trio Débonnaire nous fait voyager à travers les époques

Un des grands succès de la programmation gratuite de la Virée classique, le Trio Débonnaire s’est produit à chaque reprise devant une salle pleine. Un succès qui témoigne de la complicité entre ses membres. L’ensemble est composé de Laurence Latreille-Gagné au cor, de Simon Jolicoeur au trombone et de leur porte-parole Frédéric Demers aux trompettes. Et oui, aux trompettes parce qu’un des grands attraits de ce concert est le tour d’horizon qu’ils font des trompettes et des sourdines grâce à l’arsenal étalé sur la scène. Avec des extraits de Bach, de Beethoven, d’Edith Piaf et des Beatles (eh oui!), le public est emmené dans un survol des possibilités que la trompette offre. Frédéric Demers a la médiation à cœur et s’efforce de communiquer son amour envers son instrument aux spectateurs. 

Deux mots bien simples peuvent être utilisés pour décrire le concert. Intéressant, et surtout divertissant. On ne voit pas le temps passer et l’animation est à la fois charismatique, instructive et amusante. La Place des Arts résonne avec les timbres chauds et nobles du cor et du trombone qui supportent la trompette à la mélodie. L’explication et l’utilisation des sourdines est une excellente idée. On regrette tout de même que la démonstration ne se soit pas étendue aux autres instruments, dont l’usage de la sourdine est tout aussi important.

On se sent transportés à travers les époques, on passe un bon moment et on apprend, le tout en un clin d’œil!

Alexis Ruel

Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi : beauté et recueillement

Crédit photo : Antoine Saito

Une trentaine de musiciens se partageaient la scène de la salle Wilfrid-Pelletier pour interpréter les Vêpres de la Vierge de Monteverdi, mais l’espace ne semblait pas chargé pour autant. L’effectif musical était à son strict minimum et cela était bienvenu. Cela a permis à l’ensemble, dirigé par Eric Milnes, d’offrir une interprétation intime, délicate et lumineuse de l’œuvre de Monteverdi.

Ce compositeur est surtout connu pour sa maîtrise de l’art polyphonique. Dans les Vêpres de la Vierge, on a droit à des lignes musicales majestueuses, aux basses enveloppantes et aux harmonies complexes. Les interprètes jouent avec beaucoup de sensibilité et savent appuyer les délicieuses dissonances présentes dans la partition. La musique passe aisément du mode majeur au mode mineur, et l’on se sent transporté par la musique. Les mouvements s’enchaînent, passant d’un ton triomphal à un ton douloureux en une fraction de seconde. On a l’occasion, dans cette interprétation, de voir et d’entendre des instruments anciens, par exemple la saqueboute, la dulcianne et le luth.

Petit bémol à cette interprétation : l’acoustique. En effet, le son se perd et s’étouffe dans cette disposition de la salle. Cette musique, conçue pour être interprétée dans une église, aurait été encore plus belle si le son avait pu résonner dans la salle et tout autour du public. Cependant, l’ensemble sait utiliser l’espace et spatialiser le son. À la moitié de l’œuvre, le chœur commence à se redisposer pour diversifier l’acoustique. Des musiciens et des chanteurs se déplacent en coulisse, pour jouer dans l’espace et offrir de nouvelles conditions d’écoute au public. Le son de l’ensemble est, malgré les lacunes acoustiques du lieu, rond et puissant. On assiste à une interprétation émouvante et lumineuse de cette œuvre de Monteverdi.

Elena Mandolini

Les danses de la campagne de Bohème avec l’Orchestre symphonique des jeunes de la Montérégie

L’Orchestre des jeunes de la Montérégie a offert samedi et dimanche la 8e symphonie de Dvořák au public et aux passants du Complexe Desjardins. Une œuvre qui rappelle à la fois des passages de Mozart, des aspects de Beethoven et les airs folkloriques de la Bohème natale du compositeur, elle a fait danser les petits et grands et a marqué en beauté la fin de la Virée classique dimanche après-midi.

Mieux adapté aux orchestres à vents ou aux harmonies, le Complexe a été peu favorable aux subtilités et nuances de la symphonie, notamment durant le second mouvement, avec une acoustique un peu trop volumineuse et un bruit ambiant un peu trop présent. On admire en revanche l’énergie avec laquelle l’orchestre a su surmonter ces embûches lors du premier mouvement et durant les derniers. Les rythmes dansants des troisième et quatrième mouvements étaient quant à eux parfaits pour la situation.

L’orchestre nous fait vivre une épopée à travers la campagne, du lever du soleil jusqu’aux célébrations qui s’étendent dans la nuit. On y entend les oiseux et les cigales qui chantent, on s’imagine les forêts et les paysages pastoraux qui ont bercé Dvořák durant sa vie. On semble partager avec lui le plaisir d’entendre les airs populaires et les joies de son enfance. 

L’Orchestre des jeunes de la Montérégie enchante avec sa précision et sa fougue. Une belle vitrine de la relève musicale, il offre une vision encourageante et plaine d’espoir envers l’avenir de la musique symphonique en Montérégie et au Québec.

Alexis Ruel

Sortie 210 : Direction Big Band pour destination plaisir

La dernière prestation sur l’Esplanade tranquille de la dixième édition de la Virée classique s’est conclue aux sons cuivrés du Big Band Sortie 210. Fondé en 1992, cet ensemble réunit « des musiciens professionnels, des enseignants de musique, des étudiants en musique de niveaux collégial et universitaire ainsi que des amateurs sérieux » originaires de Victoriaville et de ses alentours dans la région de Bois-Francs. Habitués des événements musicaux et de plusieurs festivals internationaux, la vingtaine de musiciens réunis sur scène, dirigés par Guillaume Allard, ont livré une performance tout à fait sympathique où chacun a pu briller. Le programme présenté a été éclectique. Point d’enfilade de grands standards du répertoire jazz, mais plutôt un mélange de genre et de style constitué principalement de succès du répertoire de la musique classique et populaire arrangé pour une formation de big band. Ainsi, en ouverture, nous avons eu droit à une Toccate et Fudge (arrangement autour de la Toccate en mineur de Bach) ; un Blues pour Elise et à une version jazzy de la Danse hongroise no 5 de Brahms. Intercalé entre ces arrangements des pièces aux expressions différentes. Nommons entre autres ; Central Park West de John Coltrane, seule pièce issue des standards jazz, avec ses couleurs et timbres feutrés et Bar Talk, une pièce d’une énergie folle qui contrairement à ce que son nom indique, ne cadre pas avec le fait de « contempler un verre d’alcool de façon mélancolique ». Au niveau des solistes, la performance de Dominique Rancourt au violon et d’Yvon Tardif au saxophone dans la composition originale Hot and Blues nous à particulièrement de par leur échange et leur complicité. À en juger par le nombre de personnes qui tapaient du pied et se déhanchaient, le passage de Sortie 210 a été tout à fait réussi.

Alexandre Villemaire

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