deep house / électronique / house / tech-house

Off Piknic avec Gorgon City, Dennis Ferrer, Riordan et Linska

par Marc-Antoine Bernier

Samedi dernier, le parc Jean-Drapeau vibrait au rythme des sonorités club britanniques lors d’une soirée thématique organisée par Realm Records. Si vous ne connaissez pas encore cette maison de disques, elle a été fondée en 2018 par le duo anglais Gorgon City, qui était justement la tête d’affiche de ce OFF-Piknic, accompagné de Linska, Riordan et Dennis Ferrer. Bien que Ferrer ne soit pas affilié à Realm, mais plutôt à Defected Records, sa présence ajoutait une touche de légende à cette soirée déjà bien relevée. 

Pour ouvrir l’événement, Linska a livré un set ancré dans une tech house/techno sombre et entraînante. Ses textures épaisses et ronflantes évoquaient l’âge d’or de la house britannique des années 90, tout en puisant dans l’electro-house des années 2010, époque marquante de son adolescence. Des choix de samples comme Dare de Gorillaz nous transportaient dans un univers résolument britannique — une empreinte sonore qui marquera toute la soirée. L’énergie contagieuse de Linska derrière les platines, sous un soleil de juillet éclatant, contrastait joliment avec les tonalités nocturnes de sa musique. Le rythme soutenu de son set n’a pas manqué d’entraîner les festivaliers sur le plancher modulaire en bois dressé devant la scène. Dans les dernières minutes de son set, Bad Boy, sa pièce la plus connue aux sonorités de melodic techno, annonçait clairement que cette artiste prometteuse de la nouvelle génération n’en est qu’à ses débuts.

La relève fut assurée par Riordan, DJ originaire du Sussex, en Angleterre. La première moitié de son set explorait une veine plus traditionnelle de la house, portée par des build-ups mélodiques et une structure plus aérée. Rapidement, l’énergie monte d’un cran : on perçoit une vibe high energy, caractérisée par un groove entraînant et des hi-hats plus doux, moins compressés que ceux typiques de la techno. L’ouverture du set, marquée par des samples à l’énergie de type MC, réaffirme l’identité britannique des clubs, omniprésente ce soir-là. Les basses profondes et timbrées de Linska se transforment ici en textures plus mélodiques et rythmiques sous la main de Riordan. À mesure que de nouveaux festivaliers arrivaient sur le site, ils semblaient rapidement happés par le groove contagieux du DJ. À mi-parcours, Riordan fait culminer l’énergie, menant le public vers un moment de tension collective intense, libérée dans un drop euphorique qui fait littéralement décoller la foule. La seconde moitié de son set naviguait entre morceaux plus sombres, rappelant l’ambiance de Linska, et passages plus énergiques et uptempo, maintenant la dynamique à son sommet.

Après le set de Riordan, l’arrivée sur scène du vétéran américain Dennis Ferrer a marqué un changement de ton notable. Avec lui, le groove prenait racine dans une deep house classique, teintée d’éléments tech house qui permettaient à la transition musicale de se faire sans accroc. Dès les premières minutes, certains samples utilisés par Ferrer nous plongeaient dans l’univers de la house européenne des années 2000 — un clin d’œil nostalgique qui s’accordait parfaitement à cette belle journée d’été. Le choix d’inclure Dennis Ferrer à la programmation était particulièrement judicieux. Actif depuis plus de 30 ans, ce DJ chevronné apportait une perspective unique à une soirée principalement axée sur la relève. Pour le public plus jeune venu applaudir Gorgon City, c’était l’occasion de découvrir un pilier de la scène house mondiale. Et cette expérience s’est fait sentir tout au long de son set, notamment à travers ses références au disco, visibles dans ses sélections de morceaux aux lignes de basse funky, mêlant disco et electro-disco. Des titres comme Lay Your Love On Me d’ABBA ou Upside Down de Diana Ross résonnaient sur le site, touchant aussi bien les jeunes générations que les amateurs plus âgés, moins nombreux, mais tout aussi présents. À plus de cinquante ans, Dennis Ferrer déborde d’énergie. On l’a vu danser du début à la fin, tapant parfois sur les haut-parleurs près de lui, levant les bras en l’air et interagissant constamment avec la foule. Sa présence scénique charismatique ajoutait une dimension humaine et festive à sa performance, et prouvait que la passion pour la musique électronique n’a pas d’âge.

Pour clore cette soirée immersive, le duo londonien Gorgon City a fait son entrée sur scène, orné de leur emblématique visuel à l’effigie du Parthénon d’Athènes. Accueillis chaleureusement par le public, ils ont amorcé leur performance en douceur, installant progressivement leur univers House aux accents pop, une signature sonore plus accessible et fédératrice. Ce sentiment de communion se faisait notamment sentir par l’utilisation récurrente de passages chantés, qui insufflaient une atmosphère chaleureuse et émotive au sein de la foule. Ces passages vocaux étaient souvent suivis de drops aux sonorités typiquement tech house, portés par des basses-médiums profondes et rugissantes — ce fameux « rumble » qui donne du corps et de la puissance au morceau. À mesure que le set avançait, le rythme se faisait plus appuyé : les beats frappaient plus fort, la basse drivait l’ensemble, créant une sensation de mouvement irrésistible, particulièrement palpable sur des morceaux comme 5AM at Bagley’s. Leur formule reposait sur une alternance maîtrisée entre titres doux et chantés, et séquences plus énergiques et dansantes — un équilibre bien rodé qui maintenait l’attention et l’élan du public pendant les deux heures de leur performance.

La seconde moitié du set s’est teintée d’une énergie plus contemplative, avec plusieurs instants touchants où le duo chantait en chœur avec la foule, créant une intimité rare pour un événement en plein air. Certains morceaux faisaient écho à la house des années 90, dans ses déclinaisons les plus pop — diva house, garage house — ramenant un souffle rétro et festif pour finir en beauté. À 22h précises, ce voyage musical s’est achevé sous les applaudissements nourris d’un public conquis, qui a eu droit à une soirée idéale au parc Jean-Drapeau, entre communion, groove et célébration électronique.

Pour les amateurs de Defected Records, l’une des plus vieilles maisons de disques indépendante du Royaume-Uni, réconfortez-vous puisque les programmateurs du Piknic Électronik ont prévu une soirée thématique le 10 octobre prochain avec MVNGO, DJ Holographic, Melé et Meduza.

Photo: Big Laur Photographie

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breakbeat / électro / house

Piknic Electronik | DJ Fuckoff met le feu pour le Pep Rally

par Julius Cesaratto

Alors que le coucher du soleil envahissait l’île Sainte-Hélène, une foule enthousiaste s’est rassemblée devant la scène principale du Piknic Électronik pour assister à un Pep Rally, et DJ Fuckoff ne nous a pas déçu.

L’artiste née en Nouvelle-Zélande et basée à Berlin (de son vrai nom Zoe « Stella » Flyger) a apporté son style caractéristique mêlant plusieurs genres, fusionnant ghettotech, breakbeat, latin house et électro dans un set résolument énergique pour cette édition spéciale du rituel de danse en plein air du dimanche à Montréal, organisé par Pep Rally, le collectif rave torontois qui repousse les limites et met à l’honneur les personnes noires, autochtones et de couleur (BIPOC) et les femmes.

Son mélange éclectique, sa présence scénique effrontée et sa voix provocante ont transpercé l’air chaud de juillet, tandis que les corps bougeaient en synchronisation avec les morceaux aux basses puissantes. Connue pour ses paroles bruyantes et souvent provocantes, Fuckoff a pris le micro pour interpréter son titre phare Boy U Nasty, tandis que la foule rugissait à chaque ligne du refrain.

Alors que la lumière de l’après-midi réchauffait la foule, elle a mis le feu avec un savant mélange de techno influencée par Detroit et de morceaux récemment sortis de son deuxième grand projet solo, Fucktopia : Character Chronicles. Hello?, ce morceau électro-pop sombre aux accents psytrance, a transformé l’ambiance du festival en une rave débridée, tandis que le soleil chaud de l’après-midi teintait le ciel de nuances roses.

La synergie entre les voix live, les pulsations de la 808 et les breakbeats chaotiques a créé une atmosphère à la fois ludique, rythmée et innovante, en parfaite adéquation avec la piste de danse ensoleillée et le public énergique du Piknic.

À la fin de son set, alors que le jour faisait place à la nuit, DJ Fuckoff avait fait plus que réchauffer la foule, elle l’avait enflammée.

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blues saharien

Nuits d’Afrique 2025 | La prochaine étoile mondiale du blues touareg est née, et elle est à Montréal

par Frédéric Cardin

Comme vous l’apprendrez dans l’entrevue dont le lien est plus bas, Boubé est installé à Montréal depuis à peine une année et quelques, mais a déjà conquis le cœur de la ville. Son blues du désert, celui des Touaregs, peuple nomade dont il est issu (plus spécifiquement du Niger) est enraciné dans la grande tradition de Moctar et Bambino, sources artistiques auprès desquelles il s’est abreuvé, est authentique, dynamique, accrocheur et excitant. Sur la scène du Balattou, dimanche soir, devant un public nombreux et empaqueté serré dans le petit espace, ce qui donne au club montréalais toute sa personnalité et son attrait, Boubé à décliné son répertoire déjà riche de hits et de verres d’oreilles qu’on aime réentendre le plus souvent possible. Extraits de son premier et seul album à date, le bien nommé Voyager, (LISEZ MA CRITIQUE ICI), les titres se sont succédé sous forme de crescendo d’intensité, réparti sur deux sets bien coffrés, menant à une finale débordante d’énergie et sublimée par des musiciens totalement investis : Sylvain Plante (extatique batterie!), Carlo Birri (force tranquille mais irrémédiable à la basse), Ibrahim Seydi (aux envolées de percus), Vincent Duhaime Perreault (excellent guitariste dont les duos enflammés avec Boubé ont quelque chose des grands shows rock), et bien sûr Boubé lui-même à la guitare et au chant. On avait déjà perçu le talent et le potentiel aux Syli d’Or 2024, ou il avait reçu celui d’argent. Mais depuis, la progression se fait assez rapidement et l’ouverture des portes du marché international, je le sens, ne saurait tarder. Vincent Duhaime Perreault, guitariste du band et aussi manager de Boubé, nous promet des projets importants à venir, sans pouvoir encore les nommer. On a très très hâte, car, à partir de Montréal qu’il dit aimer beaucoup et y avoir trouvé une famille et une maison chaleureuse, Boubé a tout ce qu’il faut pour devenir la prochaine star internationale du blues Touareg. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE RÉALISÉE AVEC BOUBÉ PAR MA COLLÈGUE KEITHY ANTOINE

Afrique / musique traditionnelle ouest-africaine

Nuits d’Afrique | Manamba Kanté, une diva incontestable

par Sandra Gasana

J’ai rarement vu la scène Loto Québec aussi pleine. D’habitude, au début du concert de 19h, il y a du monde mais c’est rarement blindé. Là, avant même que la diva guinéenne n’apparaisse, les festivaliers étaient arrivés en avance, pour espérer voir leur idole de plus près. Celle que l’on surnomme la nouvelle star de la soul guinéenne était accompagnée par les mêmes musiciens que son époux Soul Bang’s la veille, au Balattou.

Avec eux, elle opte de commencer avec une chanson aux allures reggae, et d’emblée, l’assemblée se met à chanter les paroles à l’unisson. Vêtue d’une tenue rouge à paillette, et des manches en toile, la griotte descendante de la légende Mory Kanté n’a rien à prouver : le talent coule dans ses veines. Avec un nouvel album paru en juin, Mousso Chapitre 1, qui signifie femme en bambara, elle joue avec des maracas africaines tout au long du show, sur lequel elle rapproche son micro quand c’est nécessaire.

Sur les morceaux un peu plus rythmés, elle nous dévoile son talent de danseuse, et sur d’autres plus calmes, sa voix nous transcende. « Cette chanson est pour les mamans. Mais je ne veux pas le faire de manière triste, mais je veux le faire dans la joie de vivre », nous prévient-elle avant la chanson éponyme Mousso. Par moments, sa voix me fait penser à celle d’Oumou Sangaré, surtout quand elle va dans les aigus.

Il n’est pas toujours bon de comparer, mais dans ce cas-ci, la touche traditionnelle est plus présente que dans le registre de son époux, qui a joué la veille. Elle insère du moderne dans sa musique mais elle le fait en gardant l’essence traditionnelle guinéenne. 

Le morceau Bhouloundjouri a particulièrement plu à l’audience qui connaissait les moindres paroles et en redemandait, même une fois que la chanson était terminée. Une expression que j’entends souvent lors de concerts en Afrique de l’Ouest est : « Il faut bisser », ce qui signifie il faut rejouer le morceau. J’ai entendu cette expression dans la foule de samedi soir.

Elle a joué plusieurs morceaux de son plus récent album, tel que Mon Roi, mais elle a également fait plusieurs de ses singles, comme Ké Douma Suma.Tel que mentionné lors de mon entrevue avec le couple, il était question que Soul Bang’s fasse une apparition lors du concert de son épouse, comme elle l’avait fait la veille au Balattou. C’est ce qu’il a fait, apparaissant en tenue tradi-moderne, chapeau assorti et lunettes fumées.

À peine sur scène, il a pris le contrôle et Manamba s’est effacée le temps de quelques chansons, avant de reprendre sa place lors d’un échange avec le public comme seules les griottes savent le faire. C’était comme si elle prêchait, avec quelques mélodies puissantes en accompagnement. « Je suis l’héritière de Soumaoro Kanté, mes ancêtres étaient forgerons, griots. Le balafon vient de la Guinée, et ce sont les Kouyaté qui jouent ça », nous enseigne-t-elle.
Une femme tout près de moi semblait acquiescer ce que l’artiste disait, puis Soul Bang’s a rajouté sa touche soul à tout ça.
Il ne restait que 4 minutes, qui auraient pu être assez pour une dernière chanson de Manamba avant de clôturer, mais Soul Bang’s a préféré jouer son morceau Djere Lele, qu’il avait joué la veille au Balattou. Il a ainsi pu ressentir les émotions que sa femme a vécu durant près d’une heure ce soir-là.

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Afrique / afro-latin / électronique / latino

Nuits d’Afrique | El Gato Negro, un félin pas comme les autres

par Sandra Gasana

Rien à voir avec le célèbre cabaret Le Chat Noir à Paris, l’artiste a été baptisé « El Gato Negro » durant son séjour en Amérique latine, puisqu’on le décrivait comme « un animal nocturne, un chat de gouttière, légèrement brigand sur les bords ». Ce nom ne l’a jamais quitté, même une vingtaine d’années plus tard.

Il débute par le chant, puis se met à danser, avant de rajouter une sorte de flûte immense, avec un bout noir. Il retourne ensuite vers sa console pour nous balancer du son fusionnant rythmes africains, latino-américains, de l’électro, le tout bien agencé.

Mon coup de cœur est clairement Mundo Cae, en duo avec Assane Mboup, un artiste sénégalais dont il fait l’éloge. Tiré de l’album Tigre qui pleure, paru en 2024, on remarque son penchant pour les félins. De plus, il maitrise l’art de la mise en scène, incarne un personnage durant ses performances, alliant le théâtre, la danse et le chant.

Dans un espagnol impeccable, il s’adresse au public dans cette langue, que plusieurs semblaient comprendre. Il rend d’ailleurs hommage aux Colombiens dans la salle, entre deux morceaux.

« Vous avez l’air étrange, Montréal, et j’aime ça ! » affirme-t-il avant de jouer un morceau qui prône la différence.

Un moment fort de la soirée était durant Bombon de canela, de l’album Ouvre la porte paru en 2019, sur laquelle il inclut la fameuse phrase « Como si fuera esta noche la ultima vez » dans Besame Mucho. Il nous fait une feinte à la fin de la chanson, restant immobile pendant presque 2 minutes, avant de revenir avec le rythme dansant.
Dans Marie-Claire, cette femme qui « tire sur les mauvais maris », nous savourons un mélange de rythmes latins anciens, mais remis au goût du jour avec de l’électro et autres bruits d’ambiance ajoutés par l’artiste. C’est un peu cela l’univers d’El Gato Negro, des rythmes afro-latins, revisités par l’électronique mais aussi en y insérant des sons tels que le balafon, la kora ou le tama.

Une mention spéciale a été faite au label Cosmovision, qui est à l’origine de cette invitation. Ce label a bien démontré l’étendue de son réseau, nous faisant découvrir des pépites lors de cette édition des Nuits d’Afrique.

Crédit Photo: André Rival

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gnawa

Nuits d’Afrique 2025 | Un réacteur à fusion gnawa nommé Saïd Mesnaoui

par Frédéric Cardin

Le Montréalais Saïd Mesnaoui n’est peut-être pas né dans la métropole et partage peut-être son temps désormais entre celle-ci, Paris et le Maroc, mais après y avoir vécu un douzaine d’années et y avoir tissé un réseau d’amis indéfectibles, c’est toujours un peu comme s’il rentrait à la maison chaque fois qu’il vient y donner un concert. C’est d’ailleurs en partie grâce à Montréal que l’artiste a élaboré et construit son style post-gnawa trad, ce que le nom de son groupe Transe Gnawa Fusion trahit efficacement. 

Mâtiné de reggae, de funk, de rock, de jazz et que sais-je, son gnawa, un genre musical classique et sacré d’une grande puissance spirituelle, lui-même issu d’une fusion entre islam, rites de possession (l’adorcisme) et pratiques provenant de descendants d’esclaves dans la région subsaharienne du Maroc. Un genre avec des codes précis et des usages réservés, donc. Mais la force expressive de cette musique a vite convaincu des gens, y compris des étrangers, d’y porter attention et même de la pratiquer en dehors de cercles strictement religieux. Il existe, à Montréal, des artistes qui font de la musique gnawa pure. Mais Saïd Mesnaoui, une fois ses valises déposées à Montréal en 1986, a eu envie de moderniser l’approche, et le résultat en fut ce qu’on entend depuis avec Transe Gnawa Fusion.

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC SAÏD MESNAOUI

Vendredi dernier, au Théâtre Fairmount, le potage épicé et vigoureux concocté par Mesnaoui a encore une fois rempli ses promesses, soulevant de leurs sièges les spectateurs, qui ont amplement dansé et balancé les hanches aux divers rythmes sous-jacents utilisés par l’artiste expérimenté pour propulser sa vision de la tradition gnawa. Des grands classiques, qu’on peut entendre sur les albums existants, dont plusieurs issus du plus récent opus, Al Maddloum (l’Opprimé), mais quelques chansons qui trahissent un nouveau programme à venir dans un éventuel enregistrement. 

On s’est amusé, on a bien absorbé toute l’énergie jaillissante des musiciens sur scène, et on est reparti satisfaits. 

Aziz Badi – Percussions 

Pascal Bujold – Guitare 

Jean-Christophe Carette – Piano

André Désilets – Instruments à vents (cuivre + bois) 

Gabriel Lajoie – Basse 

Saïd MESNAOUI – Voix 

Sylvain Plante – Batterie

Rachide Salamatte – Percussions

kora / musique traditionnelle ouest-africaine

Nuits d’Afrique 2025 | Sousou et Maher Cissoko : douceur et complicité

par Frédéric Cardin

Le concert de Sousou et Maher Cissoko, duo de guitare/kora/chant sénégalo-suédois, avait quelque chose de bienveillant et entièrement approprié. Pour la troisième fois de leur carrière, l’homme et la femme, couple dans la vie, a foulé la scène du club Balattou. On savait à quoi s’attendre, car leurs albums donnent une bonne idée du son et de l’ambiance, lesquels sont bien respectés en live. Quelques nouvelles chansons ont été offertes, celles qui risquent le plus de se retrouver sur un prochain album prévu (on ne sait pas trop quand encore). Sousou nous l’avait d’ailleurs promis dans l’entrevue qu’elle m’a accordée avant le concert. 

LISEZ L’ENTREVUE AVEC SOUSOU CISSOKO

Les deux artistes sont complices de vie et de musique, ça on s’en aperçoit. Les regards sont sincères, empreints d’amour et de tendresse, mais pas de façon ostentatoire, comme pour cogner sur le clou ou jouer le jeu. Non, c’est juste quelque chose que l’on détecte et que l’on sent. Cette énergie est transportée par et dans la musique, toujours d’énergie égale, comme un accompagnement à la promenade dans le temps et l’espace du monde des griots. Quelques pièces agitent un brin plus l’air du Balattou, mais ça reste essentiellement une musique qui fait du bien, qui ne cherche pas à surenchérir sur l’urgence et l’énervement. Une musique qui fait un bien fou en un temps de stress ambiant franchement fatiguant. 

Une musique qui, par sa nature même, mais aussi grâce à son couple d’interprètes authentiques et inspirants, traverseurs de frontières et passeurs d’humanisme, nous remplit d’espoir et d’optimisme.

latino / salsa

Nuits d’Afrique | Las Karamba et leur salsa engagée

par Michel Labrecque

Comment vous dire? En cette fraîche soirée de juillet, les scènes du Festival Nuits d’Afrique étaient littéralement enflammées. D’abord, pour le concert de Manamba Kante, la fille du griot Mory Kanté, un des précurseurs de la modernisation des musiques africaines. La foule, très multiculturelle, mais très africaine-montréalaise, était en transe.

Cet état d’esprit allait-il se maintenir pour le concert suivant, avec Las Karamba, un sextette de latino-américaines immigrées à Barcelone, qui se sont appropriées la salsa et les rythmes afro-cubains? Oh que oui!

Las Karamba, ce sont deux sœurs vénézuéliennes, deux Cubaines, une Argentine et une Catalane, qui se sont rencontrées dans la métropole de Catalogne. Deux albums plus tard, les femmes produisent une salsa originale, féministe, engagée et festive. Difficile de résister au charisme magnétique de la chanteuse Ahyvin Bruno et de ses collègues.

Elles font une salsa sans cuivres, à part une flûte traversière, où les voix prennent beaucoup de place. Nous sommes parfois dans une salsa rap ou slam, avec des textes parlés. Les deux percussionnistes tiennent la rythmique bien serrée, mais dans la complexité. On n’entend pas de grandes improvisations, mais la présence des six femmes et leur enthousiasme compense.

Le baromètre ultime de ce genre de concert: ça dansait beaucoup et ça souriait abondamment. Celles et ceux qui comprennent l’espagnol ont aussi pu méditer sur ce qui reste du patriarcat aujourd’hui, tout en se dandinant. Le monde est paradoxal, mes ami-e-s.

Au milieu de leur prestation, les filles ont chanté a capella, une chanson de résistance. Ce fut un moment magique.La salsa incarne parfois un monde masculin et machiste. Las Karamba nous a fourni un antidote féministe. Dans la foulée de la Cubaine-Américaine Celia Cruz, qui les a inspirées.

Il y avait une très bonne foule pour ce dernier soir des Nuits d’Afrique.

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chant choral / classique occidental / période romantique

Festival de Lanaudière | Une soirée chorale réussie pour Akamus

par Alexis Desrosiers-Michaud

Vendredi et samedi au Festival de Lanaudière, étaient donnés en diptyque les oratorios Paulus et Elias de Félix Mendelssohn. Pour l’occasion, c’est l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) et l’Audi Jugendchorakademie qui nous visitaient, le tout sous la direction de Martin Steidler. À en croire le directeur artistique Renaud Loranger, « c’est la première fois au Canada, sous toutes réserves, que les deux oratorios sont présentés ainsi, et également, chantés en allemand ; la langue habituelle étant l’anglais. Nous y étions vendredi.

C’est devant un parterre épars et une pelouse presque vide que ce magnifique concert s’est donné. Pendant les deux heures et quelques qu’a duré la soirée, tout tombait en lieu et place. L’orchestre, grossi pour l’occasion, jouait sur des instruments anciens (avec un serpent !), ce qui laissait beaucoup de place au chœur. La prononciation des choristes est précise et impeccable. Ces derniers sont habiles à varier la palette de couleurs en étant, parfois incisifs (« Lapidez-le »), parfois tout en douceur, notamment dans les différents chorals. Un des meilleurs moments de la soirée fut l’apparition de Jésus, à la fin du premier acte. Interprétée par les voix de femmes, c’était un passage extrêmement lumineux, sans être angélique et mielleux.

Chez les solistes, c’est l’alto Ulrilke Malotta qui a été la meilleure, malgré qu’elle n’ait chanté que deux petites interventions. Elle a une voix profonde et résonnante. La soprano Marie-Sophie Pollak a une belle voix, mais qui ne se démarquera jamais au cours de la soirée. Le ténor remplaçant Magnus Dietrich fait bien, mais demeure cependant trop stoïque, malgré le fait qu’il était le soliste qui incarnait et « jouait » le mieux ses rôles d’Étienne et de Barnabas. Enfin la basse Krešimir Stražanac a connu quelques problèmes durant la soirée. Parfois trop en rondeur, on perdait les émotions et les mots. Il aurait gagné en se limitant à la partition et en ne cherchant pas à en donner plus.

Finalement, un petit mot sur la présentation générale du concert. Il y aurait place à l’amélioration quant au choix des images projetées sur les écrans géants. Trop souvent, il y a eu des images d’instrumentistes qui n’étaient pas à l’avant-plan, et cela ne rend pas service du tout au spectateur niché en haut du vallon. Ça, en plus de corriger les fautes dans les surtitres.

crédit photo : Gabriel Fournier

musique traditionnelle ouest-africaine / soul/R&B

Nuits d’Afrique | Soul Bang’s, le roi de l’improvisation

par Sandra Gasana

Que ce soit en anglais, en français ou en bambara, Soul Bang’s arrive à improviser en s’inspirant du contexte du moment. Il le fait à plusieurs reprises durant son concert au Balattou, parfois en répondant à un commentaire venant du public, composé principalement de jeunes mais aussi des moins jeunes.

J’ai rarement vu le Balattou aussi plein. En début de concert déjà, les places assises se faisaient rares, mais tout au long de la soirée, les festivaliers continuaient à affluer jusqu’à remplir ce lieu mythique. N’ayant pas pu ramener son band, il s’est entouré de musiciens d’ici qui ont appris les chansons en amont, dont un jeune et talentueux claviériste, un batteur, un bassiste, un guitariste et un percussionniste.

Avec sa tenue traditionnelle incluant un sarouel chic, des baskets blanches et un chapeau assorti à la tenue, il entre sur scène tel une star, à en croire les cris du public. Plutôt qu’avec de la soul, il décide d’ouvrir le bal avec du dancehall, donnant le ton au reste de la soirée. En effet, il alterne entre dancehall et soul, à quoi il insère quelques rythmes traditionnels guinéens, avec une bonne maîtrise de sa voix.
Il interagit avec son public, le faisant chanter sur ses plus gros succès. « Aujourd’hui, c’est un jour spécial, c’est ma première fois au Canada, première fois au Balattou, une salle pleine d’histoires mais aussi, mon album Victoire, Chapitre 1 sort aujourd’hui », raconte-t-il, dont la première chanson est dédiée à sa défunte mère.

Par moments, on avait l’impression d’entendre de la kora à travers la guitare, surtout lors des solos, et d’autres fois la basse sonnait comme une guitare. J’ai appris par la suite que le guitariste était sénégalais.
La chanson Djere Lele, parue en 2023, semblait particulièrement plaire à mon voisin de droite. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné le nom de la chanson. Toute la salle chantait en chœur et nous avons eu droit à d’autres moments similaires durant la soirée. Cette superstar guinéenne a plusieurs succès à son actif.
Même si le nouvel album Victoire est sorti vendredi 19 juillet, le même soir certaines personnes connaissaient déjà les paroles. Ça en dit long sur le statut de la star.

Sa dualité parfois soul et parfois dancehall/ragga lui permet de naviguer dans ces deux univers, mais la place donnée au traditionnel gagnerait à être plus exploitée.
Il a choisi la deuxième partie de la soirée pour inviter son épouse et chanteuse Manamba Kanté sur scène pour quelques morceaux. Cette dernière se produira sur la grande scène le 20 juillet, mais a donné un avant-goût au public de son époux, tout aussi ravi de la voir. Une voix profonde, digne de la griotte qu’elle est, descendante d’une famille de griots des deux côtés, nous a enchanté et cette voix est venue compléter celle de son mari.

Autre moment fort, la portion kompa du concert. Tout comme pour Blaiz Fayah, la foule a beaucoup apprécié cette allusion à ce style de musique qui ne cesse de gagner en popularité, depuis l’effet Joé Dwet Filé.

Est-ce qu’une collaboration entre Soul Bang’s et un artiste haïtien serait un bon move à votre avis ? Quelque chose à envisager.

Crédit photo: André Rival

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Afrique / blues mandingue / soul/R&B

Nuits d’Afrique | Tyrane Mondeny: l’étoile montante est arrivée à destination

par Sandra Gasana

Je disais que Tyrane Mondeny était une étoile montante à la suite de mon entrevue avec elle, à quelques jours de son arrivée à Montréal. Mais après le show d’hier soir sur la Scène Loto Québec dans la série Femmes du monde des Nuits d’Afrique, la Lionne Tyrane nous a bel et bien montré qu’elle joue désormais dans la cour des grands.

Toujours avec une touche africaine dans ses tenues, elle est arrivée sur scène après ses musiciens, et dès le premier morceau, elle était déjà en feu, nous présentant sa soul mandingo, mêlée à du gospel et du R&B, avec des rythmes de chez elle, la Côte d’Ivoire. Clavier, basse, guitare, batterie, voici les instruments qui accompagnaient l’artiste, celle qui aime mettre en valeur ses musiciens. À plusieurs reprises, elle se rapproche d’eux pour les laisser briller à leur tour. J’ai reconnu celui que tout le monde s’arrache à la guitare, le géant sénégalais Assane Seck, qui accompagne plusieurs artistes à Montréal.

On reconnaît quelques sonorités arabes dans un des morceaux du début, petite allusion à son pays d’adoption, le Maroc, mais également de la soul à l’américaine, qu’elle maîtrise particulièrement bien, avec un anglais impeccable.

« J’ai parcouru 12 000 km pour être là ce soir », nous annonce-t-elle, avant son morceau hommage aux femmes et dénonçant les violences qu’elles subissent.

On découvre également une nouveauté lors de ce concert, elle joue de la guitare, instrument qu’elle ajoute à ses nombreuses cordes, en plus des percussions qu’elle joue sur scène et d’un instrument traditionnel ivoirien composé d’une tige de métal.

Elle rend également un hommage émouvant à ses parents au ciel, dans le morceau Prayer, que le public a ressenti même sans comprendre les paroles. Après ce passage en douceur, elle est redevenue la lionne qu’on connaît, et poursuit son déchaînement, avec des pas de danse dignes d’une professionnelle (elle a un passé de danseuse) en interagissant avec son guitariste.

« Est-ce qu’il y a des Ivoiriens dans le public ? » demande-t-elle à la foule qui devenait de plus en plus nombreuse, mais nous n’avions pas beaucoup de réponses.
Elle a repris un classique de chez elle qui semblait être apprécié par l’audience de par son aspect spirituel avant de rendre hommage aux enfants, dans une chanson riche en émotions. Elle parvient à faire chanter la foule, qui répond à ses moindres instructions. On voit que Tyrane est en contrôle et se sent de plus en plus confortable sur scène.

Elle invite rapidement une danseuse sur scène, que je ne connaissais pas, et avec qui elle fait quelques pas de danses traditionnelles.
« Si je suis là ce soir, c’est grâce à deux personnes qui se trouvent ici ce soir : Veeby et Fredy Massamba », en faisant allusion aux instigateurs du Festival afropolitain nomade, auquel elle a participé à plusieurs reprises.

Elle a terminé avec certains de ses classiques, entre autres son hit Hakuna Matata, dans la joie et la bonne humeur, devant un public qui la découvrait pour certains, qui l’avaient peut-être vue au Balattou en novembre dernier, ou encore à l’Afromusée en juin 2024 pour d’autres.

L’étoile montante est arrivée à destination et le public des Nuits d’Afrique était là pour voir ça. Nous lui souhaitons des scènes encore plus grandes, un public encore plus nombreux et du succès à n’en plus finir.
Crédit photo: M. Belmellat

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Brésil

Nuits d’Afrique | Mateus Vidal & Axé Experience, « uma festa » dans la flotte

par Michel Labrecque

Une partie de la communauté brésilienne montréalaise attendait avec impatience Mateus Vidal, ex-chanteur et percussionniste du légendaire groupe de Salvador da Bahia Olodum, sur la scène gratuite extérieure de Nuits d’Afrique sur l’espace tranquille. Sauf que les orages intenses de cette fin d’après-midi torride ont retardé le spectacle et ont mis la foule à l’épreuve.

Mateus Vidal habite désormais Montréal avec sa famille. Il a monté un nouveau groupe baptisé Axé Expérience, qui fait un mélange de musique axé et de samba-reggae. Les deux genres ont été popularisés dans les années 80, mélangent la samba, les percussions africaines et les beats jamaïcains. Ce sont des rythmes surnommés « afro-brésiliens », d’où leur présence tout-à-fait légitime aux Nuits d’Afrique.

Mateus Vidal ne s’est pas laissé décourager par les éléments. Avec sa section de trois percussionnistes, accompagnés d’un bassiste, d’un claviériste, d’un guitariste et d’un saxophoniste-flûtiste, il s’est démené sur la scène en chantant et sautant. Au bout de dix minutes, le soleil apparaissait, pour, au bout d’un autre 10 minutes, disparaître sous la pluie.

Nous avons alors vécu un moment magique, malgré les intempéries: pendant que Mateus Vidal se déplaçait d’un côté à l’autre de la scène, quelques dizaines de parapluies faisaient la même chorégraphie. D’autres continuaient de danser sous les grands parasols, ou à l’air libre malgré la pluie.

Le public trop parsemé était en grande majorité brésilien, de toutes générations. Les sourires étaient abondants, en dépit des circonstances. Je me permets quand même de questionner le choix du Festival de programmer une célébrité afro-brésilienne à 17h, pour une durée d’une heure. Mais la programmation d’un festival comporte toujours des aléas.

Mateus Vidal a visé large dans son spectre musical, reprenant des grands succès comme Bahia de Gilberto Gil, en mode samba-reggae et des pièces d’Olodum, entre autres.

Puis, la guigne s’est encore acharnée: le système de son est tombé en panne. Qu’à cela ne tienne: le groupe a poursuivi uniquement avec des percussions, ce qui a fait réapparaître le soleil et créé un autre moment magique.

Magie et imprévu! Il arrive parfois que ça opère. Il reste tout de même à souhaiter que le nouveau Montréalais et son nouveau groupe puissent profiter d’une meilleure fenêtre pour que les gens d’ici, Brésiliens ou non, puissent mieux l’apprivoiser et danser sur sa musique.

Crédit photo: André Rival

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