Osheaga 2025 | Joey Valence & Brae nous servent le Zoomer rap
par Stephan Boissonneault
Le live de Joey Valence & Brae est une explosion de chaos à haute intensité, mélangeant l’énergie des Beastie Boys du début des années 2000 avec l’absurdité de la génération Z. Dès leur arrivée sur scène, le duo se met en mouvement, s’élançant sur la scène comme des personnages de dessins animés hyperactifs armés de MPC et de mosh calls. Ils sont conscients d’eux-mêmes sans être ironiques, ridicules sans être gadgets.
Leur alchimie est électrique – le débit mitraillette de Joey associé au charme décalé de Brae transforme chaque morceau en une volée rapide de punchlines, de samples Nintendo-core et de breakbeats. Comme mentionné plus haut, ils partagent la même cadence angoissée qu’Ad-Rock et Mike D des Beastie Boys, mais la modernisent avec des rythmes de Run The Jewels et de « 365 » de Charli XCX. Le set ressemble à une LAN party DIY fusionnée avec une bataille de rap dans l’arrière-cour, enveloppée dans un sweat à capuche Hot Topic. D’une manière ou d’une autre, ça marche. Joey Valence & Brae sont peut-être nostalgiques, mais ils ne sont pas coincés dans le passé – ils le retournent, le glitchent et plongent directement dans le futur. Pour un duo qui commence à peine à se faire connaître, notamment sur Instagram, ce duo de rap a livré la marchandise pour les anciens et les nouveaux fans de hip hop.
Festival de Lanaudière | Hamelin/Dover : la musique qui résonne
par Frédéric Cardin
Après avoir héroïquement sauvé le concert de l’OM du 27 juillet dernier (LISEZ MON COMPTE-RENDU ICI), le pianiste Marc-André Hamelin offrait hier soir le programme pour lequel il avait été appelé. Ça se passait à l’église de Mascouche, fort bien garnie pour l’occasion. On s’en trouve réjouis car la soirée fut belle.
Hamelin a lancé le programme avec une sonate de Nikolai Medtner, celle en la mineur, op. 38 n° 1, « Reminiscenza ». C’est une pièce d’un seul trait d’environ 15 minutes et qui mélange habilement, comme c’est le cas avec Medtner, des élans romantiques rachmaninoviens avec une densité contrapuntique germanique. Cette sonate a ceci de peu usuel qu’elle fait partie d’un cycle plus vaste de huit ‘’mélodies oubliées’’ (reminiscenza), d’où le catalogage numéral. L’op. 38 no 1 est la plus vaste des huit, une véritable sonate en bonne et due forme s’étant étrangement trouvée insérée dans une suite thématique. Elle s’amorce avec une douce mélodie aux échos nostalgique avant d’être développée de façon de plus en plus touffue et agitée, puis de revenir à l’esprit de simplicité initial. Hamelin l’a portée avec force, bien que l’acoustique assez réverbérante de l’église ait flouté quelque peu les contours de l’œuvre.
C’est ensuite le Quatuor étatsunien Dover, formé au Curtis Institute. Le groupe est solide et possède à son actif de nombreux enregistrements salués et récompensés. L’altiste habituelle, Julianne Lee, ne pouvait être présente, si bien qu’elle fut remplacée par … Pierre Lapointe. Non, bien sûr, pas celui entendu la veille avec l’OM sur le Mont-Royal, qui est chanteur. Plutôt un altiste canadien né à Hull et établi au Texas, qu’on connaît malheureusement peu ici. Le pauvre homme est presque impossible à trouver sur le web. Tapez Pierre Lapointe, ajoutez ‘’alto’’ ou même ‘’violon’’, et toute la place des résultats sera quand même prise par l’artiste pop québécois. M’enfin, comme dirait Gaston. Dommages car il a démontré de très belles aptitudes avec le reste du groupe. Solide techniquement, expressif, quoiqu’un peu éteint au niveau de la projection, sauf exception.
Ainsi constitué, les Dover ont lancé le séduisant Quatuor à cordes n° 1 en ré majeur, op. 11 de Tchaïkovsky avec une pâte sonore un peu mince, presque acide. À fins de comparaison, écoutez le St Lawrence qui joue la même entrée, ce thème si puissamment lié à l’âme russe, et ressentez la rondeur du son, avec sa merveilleuse couleur sombre et profonde comme une abysse. Cette façon a ma préférence je l’avoue. Cela dit, les Dover se sont replacés peu après, et ont offert une lecture très chantante, particulièrement dans le superbe (et célébrissime) Andante cantabile, et dans le Finale, aussi bien trempé dans une énergie vitale convaincante. Les deux derniers accords auraient pu être un brin mieux retenus, moins précipités, mais le public est parti à la pause pipi en fredonnant allègrement l’inoubliable thème.
Le morceau principal était le Quintette pour piano et cordes en fa mineur, FWV 7 de César Franck, réunissant Hamelin et le quatuor. Le quintette est une construction puissante, avec des passages qui donnent des frissons. Je pense surtout au deuxième mouvement, avec ses accords sublimes empreints de spiritualité poignante, voire de mysticisme transcendant. Ce ne sont pas tous les quatuors qui réussissent à recréer ce moment dans sa prégnance émotionnelle. Ni tous les pianistes qui s’y joignent avec la délicatesse voulue. Ce fut le cas hier, et donc un très beau moment de musique. Le mouvement final a été rendu avec une efficace fébrilité, portée par des articulations précises, bien que, encore une fois, un peu brouillées par l’ampleur résonnante de l’endroit. Ça me donne envie de vous conseiller, si vous étiez présent, d’aller écouter le même Marc-André Hamelin, avec un quatuor quatre étoiles (Joshua Bell, Pamela Franck, Nobuko Imai et Steven Isserlis) dans un enregistrement capté en concert à Verbier : la clarté des voix y est remarquable, ainsi que le propos dramatique de l’écriture, dans une prise de son beaucoup plus limpide que la projection in situ à l’église de Mascouche. Une différence qui se remarque.
Néanmoins, le feu expressif et la qualité de jeu des cinq musiciens sur scène ont donné au public présent un excellent concert de musique de haute tenue. Une ovation sentie a été accordée, à raison.
Orchestre métropolitain sur le Mont-Royal : un gros calin collectif
par Frédéric Cardin
Quand on va au concert annuel de l’OM au pied du Mont-Royal, on n’y va pas pour faire les mélomanes avertis, qui recherchent le sublime sonore et la magie des coloris dans leur plénitude maximale. Pour ça, il faut aller à la Maison symphonique. Ou, si on veut le faire en plein air, à l’Amphithéâtre de Lanaudière, un modèle en son genre. Ici, ce qu’on y cherche, c’est plutôt un sentiment de communion collective. En ce sens, le mandat est toujours aussi bien rempli et l’objectif atteint. Une foule importante à l’image de la ville, toutes couleurs unies, tous styles, tous âges, toutes classes sociales, identités de genres, politiques, etc., s’est agglutinée sur les pentes de la montagne au coucher du soleil et à la montée de la nuit, offrant un panorama rêvé sur les gratte-ciels de la ville derrière la scène, et sur la nature splendide du Mont, côté cour.
Dans ce genre de rencontre, la qualité sonore est ce qu’elle peut-être, c’est-à-dire poussée par une amplification généreuse pour qu’on puisse entendre avec le plus de force possible, mais sans générer de distorsion désagréable, les notes jouées par l’orchestre. Des commentaires glanés ci et là après la soirée indiquent que certains connaisseurs déplorer le fait que ce qu’on avait entendu ne correspondait pas exactement à ce qu’on entend à la Maison symphonique. C’est évident, et comme je viens de dire, ce n’est pas le but.
Dès le départ (et après une mise en bouche pré-concert sous forme d’hommage à Pierre Péladeau, mécène qui a permis à cet orchestre d’exister au départ, malgré la présence du plus glorieux OSM), on annonçait les couleurs avec une salutation de Yannick comme le ‘’plus bel humain mis au monde par Dieu’’ (rien de moins), de Montréal comme la plus belle ville de l’Univers et l’OM comme le meilleur orchestre du monde. On sait bien que l’animatrice Mariana Mazza (en remplacement de Kim Thuy, ce qui a obligatoirement déçu plusieurs personnes, les deux personnalité étant aux antipodes, Kim Thuy tout en élégance et délicatesse, Mazza fonçeuse, voire vulgaire) en beurrait épais et assumait totalement l’enflure chauvine des annonces. Mais on a bien souri, et on a surtout apprécié en ce sens que, effectivement, Montréal a quelque chose de spécial, une énergie, une personnalité, voire une âme qui instille chez plusieurs de ses habitants, et beaucoup non natifs, une dévotion assez forte. On s’est fait un gros câlin collectif, un brin exagéré, mais sommes tous bienfaisant.
Question musique, le programme avait une belle pertinence dans son éclectisme : une Symphonie italienne de Mendelssohn qui offre une pétillance estivale très appropriée et des mélodies mémorables, facilement appréciables par n’importe qui, même ceux et celles qui n’écoutent jamais de symphonies complètes en temps normal. Une jolie pièce d’Augusta Holmès, L’amour et la nuit, de style romantique, presque cinématographique, a été suivie d’une oeuvre québécoise de Hector Gratton (1900-1970), inspirée de mélodies folkloriques, Dansons le carcaillou (ce que personne n’a osé faire, heureusement). La portion classique s’est conclue avec le magnifique Oiseau de feu de Stravinsky, encore une partition dont les traits mélodiques et la facture colorée, grandiose, avait tout d’une musique de film pour les oreilles peu familières. Un facteur séduisant donc, et pleinement apprécié par la foule.
L’Orchestre a bien joué, dans la mesure, encore une fois, où on est en plein air et que les nuances et les détails ont tendance à se perdre. Le spécialiste et habitué de la chose symphonique de concert en moi a envie de saluer la belle écoute offerte par ce très vaste public (50, 60 mille?).
La finition, la ‘’cerise sur le cupcake’’, a été assurée par l’immense Pierre Lapointe, probablement le plus raffiné et aisément ‘’classicable’’ des auteurs interprètes québécois des 20 dernières années. Il a chanté trois titres de son album Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé. Trois magnifiques pièces aux textes finement tissés, aux airs mélancoliques et aux orchestrations (assurées par l’excellent Antoine Gratton) riches et savoureuses. On était ici dans la grande chanson française, dans ce niveau musical d’excellence fusionnelle entre les mots et les notes.
La tradition désormais implantée de jouer la 5e de Beethoven (le thème du 1er mouvement) dans le style disco, a assuré un départ festif du public qui a ainsi eu l’occasion de se déhancher et surtout se dégourdir les jambes avant de retourner à la maison et de se dire (c’était ça le but) que, un concert classique, c’est l’fun.
Les pointilleux renâcleront assurément en critiquant la prise sonore largement amplifiée, les changements de tenue fréquents de Yannick Nézet-Séguin (un peu trop), l’animation de Mariana Mazza (passablement décalée par rapport à un concert classique habituel, mais souvent drôle malgré la crudité de certains passages) ou sur le programme lui-même, mais aucun de ceux-ci n’aura probablement réussi à démocratiser avec autant d’efficacité le concert symphonique et la musique classique, même la plus accessible. Voilà pourquoi on doit reconnaître que l’OM sait y faire et réussit encore son pari de fédérer toute une ville et ses habitants autour de son produit.
L’OM et Yannick Nézet-Séguin ont placé la musique classique au cœur de la vie et de l’esprit de Montréal, en éliminant les multiples disparités et en proposant une narration rassembleuse, acquise et appréciée par tous et toutes, et ‘’n’importe qui entre les deux’’.
Orchestre métropolitain au pied du Mont-Royal-Yannick Nézet-Séguin; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal-Mariana Mazza; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal-Mariana Mazza; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal-Yannick Nézet-Séguin-Mariana Mazza-Pierre Lapointe; crédit : Tam PhotographyOrchestre métropolitain au pied du Mont-Royal-Pierre Lapointe; crédit : Tam Photography
Ambiance d’entrepôt nocturne pour la nuit blanche de Juan Atkins à la SAT
par Julius Cesaratto
Juan Atkins, parrain de la techno et membre du duo pionnier Cybotron, s’est rendu à la Société des Arts Technologiques pour offrir une performance incontournable aux puristes de la techno. Considéré comme l’un des fondateurs du son né à Detroit dans les années 1980, Atkins a livré avec grâce un set techno classique, agrémenté de ses mélodies signature, de son chant robotique distordu et d’une utilisation inimitable de la Roland TR-909, la boîte à rythmes qui a posé les bases de la techno elle-même.
Il a commencé la soirée en douceur, superposant des sons mécaniques qui gagnaient progressivement en intensité, jouant avec les fréquences à mesure que la piste de danse s’échauffait. Les piliers de béton brut de la SAT s’élevaient au-dessus de la foule tels les vestiges squelettiques d’une usine désaffectée, offrant un arrière-plan idéal à la pulsation industrielle du son d’Atkins, parfois rauque, mais toujours mélodique.
Il suffit de cligner des yeux et vous pourriez vous retrouver soudainement transporté dans un entrepôt animé de Motor City aux premières heures du matin.
Alors que la saturation sonore cédait et que les lumières scintillaient dans des tons verts profonds, des coups de batterie minimalistes cédaient la place aux mélodies groovy et synthétisées qui ont marqué la carrière illustre d’Atkins en tant que producteur et DJ. Le public multigénérationnel de ravers présent a été transporté dans un véritable voyage sonore : Atkins mêlait son son techno-futuriste à des synthés et des lignes de basse funk entraînantes, clin d’œil à ses premières influences.
Fort de plus de 40 ans d’expérience en tant que sélecteur, il a fait monter le tempo, mélangeant une riche palette de styles – des débuts de la synthé à l’italo-disco – sans jamais perdre l’essence même de son son. Le point culminant de la soirée a été atteint avec « Chase » de Giorgio Moroder, qui a suscité les acclamations du public. Brève étincelle de nostalgie, elle s’est parfaitement adaptée au groove de la soirée, faisant écho aux racines de la techno sans jamais paraître rétro.
En guise de cadeau d’adieu à la piste de danse, Atkins a clôturé son set de deux heures avec une touche de jungle de bon goût, une fin rapide qui a laissé la foule en redemander.
Les sons étaient industriels mais mélodiques ; la superposition de batterie, de basse et de synthés était funky, fluide et impeccablement synchronisée. Un véritable artiste derrière les platines.
Festival de Lanaudière | Orchestre métropolitain/Yannick Nézet-Séguin/Marc-André Hamelin : Quand le naturel fait le concert
par Frédéric Cardin
Le naturel, et la nature en général, ont eu le dernier mot ce dimanche à l’Amphithéâtre de Lanaudière pour le concert de l’Orchestre métropolitain (OM) dirigé par Yannick Nézet-Séguin, avec l’impérial Marc-André Hamelin au piano. Rappelons que c’est la jeune sensation Yuja Wang qui devait être là, mais malade depuis quelques jours, elle a dû déclarer forfait. À Lanaudière, les miracles existent, selon le directeur artistique Renaud Loranger. Il n’a peut-être pas tort, car remplacer à pied levé une artiste aussi intense que Wang par un maître absolu de son art tel que Hamelin, c’est en effet une bénédiction.
Avec l’OM et Yannick, ce sont les deux concertos pour piano de Ravel qui étaient au menu, celui pour la main gauche et celui en sol, bien sûr. D’entrée de jeu, on a su que l’on n’avait rien perdu au change, car le pianiste québécois a saisi à bras le corps, sans jamais relâcher la pression un instant, ce Concerto pour la main gauche en ré majeur, si explosif dans ses contrastes, si nerveux et urgent dans ses motifs et ses mélodies, si éclaté dans ses références, passant du jazz à la musique militaire, le modernisme et le lyrisme. Hamelin a contrôlé tout le discours et le pacing de l’œuvre, avec une confiance inébranlable, à laquelle Yannick et l’OM se sont soumis avec grâce, abreuvant leur partie musicale de couleurs fébrilement tracées par le chef. Certains solos à l’orchestre n’étaient pas transcendants, loin s’en faut, mais bon… Heureusement, ce genre de musique est une seconde nature pour le pianiste québécois, comme s’il n’avait jamais besoin d’y réfléchir, juste de laisser aller son instinct et son Moi essentiel, ce qui a retenu toute l’attention du public.
Le Concerto en sol majeur, plus substantiel en contenu quoique pas beaucoup plus étendu en durée, est une merveille absolue, qui fait partie de nos psychés mélomanes collectives. Ici, si on a pu sentir une lenteur à ‘’entrer’’ dans le jeu, vite résorbée. Les deux mouvements externes ont témoigné d’une belle maîtrise du jeu textural à l’orchestre, par Yannick, et du discours pointilliste par Hamelin. Quelques rares envolées m’ont semblé moins limpides dans leur exécution que celles du concerto pour main gauche. C’est dans le mouvement central, qui est l’une des plus belles plages musicales de l’Histoire, que le pianiste a montré une adéquate poésie, et une douceur bienveillante. Pas supérieur à ce qui se fait de mieux, mais pas inférieur non plus. Bref, une lecture de haute qualité, de celles qu’on attend des meilleurs artistes du monde. L’OM a raté la marche vers le meilleur standard de cette œuvre, en particulier dans les solos de bois qui précèdent le grand et merveilleux soliloque du cor anglais. Des maladresses esthétiques ont été perceptibles dont une respiration inappropriée à la flûte et une attaque un brin vulgaire à la clarinette. Le solo de cor anglais lui-même, bien que joliment chanté par l’excellente Mélanie Harel, aurait pu être projeté avec plus de force et de présence altière face à l’orchestre. Bref, c’est dans ce genre de détails infinitésimaux que la différence entre l’OM et l’OSM se remarque. Une coche peut-être, mais qui fait la différence pour ceux et celles qui écoutent avec attention.
Hamelin a été salué presque héroïquement par le public, auquel il a offert de magnifiques Jeux d’eau du même Ravel. Autre miracle Lanaudois : c’est exactement au moment culminant de la pièce que le tonnerre et la pluie se sont mis à tomber, dans une symbiose spontanée aussi merveilleuse que rigolote. On aurait voulu le programmer que ça n’aurait jamais marché.
En entrée de programme, Yannick avait choisi une fort jolie partition impressionniste de Lili Boulanger, D’un matin de printemps, qui a mis la table assez correctement pour ce qui allait venir, soit un jaillissement continu de couleurs orchestrales.
Comme si la densité musicale n’avait pas encore été assez maximisée, le concert s’est terminé avec la substantielle Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 43 de Sibelius. Cette fois, la nature n’a pas collaboré de façon bienveillante avec les musiciens. Après quelques minutes bien installés dans le premier mouvement, public et artistes ont dû faire une pause dans la communion musicale car le déluge, non seulement bruyant, s’est même imposé jusque sur la scène en raison d’une fuite du plafond, risquant du coup d’abimer les instruments des interprètes, surtout les cordes.
On a été déstabilisés par la reprise, qui ne s’est pas faite au début de l’œuvre comme annoncé, mais à peu près là où on était rendu. La stabilité retrouvée, on a porté attention au déploiement de ces pages sublimes entre toutes du répertoire symphonique. Yannick a réussit là où, je trouve, il n’a pas entièrement satisfait dans son enregistrement sous étiquette Atma. Dans ce dernier, une vision presque minérale, chtonique, alors que j’estime qu’il faut une approche aérée à cette symphonie, sans négliger l’ancrage au terroir. C’est un peu ce qu’on a eu alors que le ciel s’illuminait finalement. Le Finale a été adéquatement tenu et soutenu dans son ascension céleste et lumineuse si emblématique, si mystiquement puissante. Satisfaction, malgré les désaccords initiaux de Dame Nature.
Festival de Lanaudière | Sol Gabetta : une Reine du violoncelle avec les Violons du Roy
par Frédéric Cardin
Vendredi soir, le Festival de Lanaudière accueillait la violoncelliste argentine Sol Gabetta, pour la première fois au Canada, disait le communiqué. En introduction de concert, le directeur artistique Renaud Loranger a plutôt mentionné une ‘’première fois au Québec’’. J’ai tenté quelques recherches, mais je ne peux dire s’il s’agit de ‘’Canada’’ ou ‘’Québec’’. Si vous le savez, faites-moi signe.
Au final tout cela est peu important au regard d’une performance pour le moins spectaculaire que l’artiste basée en Suisse a offert au public assez nombreux. Spectaculaire, certes, mais pas dans le sens d’une esbroufe qui souhaite transformer systématiquement les allegros en furiosos Mad Max-esques. Plutôt dans le sens d’une technique tellement précise qu’elle force l’admiration et appuyée sur un chant naturel des phrases qui laisse toutes les notes s’écouler avec une facilité impressionnante. Je pense particulièrement au Concerto pour violoncelle n° 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 de Haydn, dont j’ai rarement entendu une lecture aussi nette et touchante. En ce sens, Gabetta (et les Violons du Roy, bien entendu) ont exprimé avec excellence l’esprit de l’ Empfindsamkeit, ou le ‘’style sensible’’ de la fin du 18e siècle, un précurseur du Romantisme en ce sens qu’on y privilégie une expressivité plus libre, tout en demeurant encadré par des formes encore très précises et codées. Pas d’urgence ni de propulsion ébouriffante des rythmes, donc, ni d’attaques agressives qui cherchent à forcer ‘’l’énergisme’’. Seulement une narration posée mais exaltant une pétillance communicative, tout cela dans une exécution technique qui atteint la perfection stylistique. Ce fut un très grand moment de musique.
L’autre concerto joué par Mme Gabetta (il y en avait deux, tant qu’à l’avoir avec nous…) était celui de Carl Philipp Emmanuel Bach, le très joli Wq 172 en la majeur, l’un de mes préférés du répertoire, bien qu’encore relativement méconnu du grand public. La violoncelliste a admis dans l’entrevue accordée à mon collègue Alexandre Villemaire qu’elle n’avait pas touché à ce morceau depuis 2014. On a remarqué, du coup, que la dame n’avait pas cette partition aussi instinctivement ‘’dans les doigts’’ que le Haydn, même si au final elle a tout de même donné une solide leçon de musicalité à quiconque voudrait s’y essayer.
Je ne sais pas si les Violons de Bernard Labadie, eux non plus, n’avaient pas été en contact avec ce concerto depuis plusieurs années, mais la fabuleuse clarté démontrée dans la première partie du concert (en plus du Haydn, la Symphonie 29 de Mozart, dont je vous parle ci-après) n’était pas aussi cristalline dans ce CPE Bach. Oh, pour n’importe quel autre ensemble, ç’aurait été un accomplissement en soi, mais après ce qu’on avait entendu précédemment, la barre venait de baisser d’un infinitésimal micron, néanmoins perceptible.
Dès le début du concert, et comme mentionné à l’instant, Bernard Labadie a donné une Symphonie n° 29 en la majeur, K. 201 parfaitement équilibrée avec rythmes posés et des phrasés dessinés finement. Tout cela dans des atours à l’élégance décontractée. Déjà, on avait une idée du choix esthétique proposé pour ce concert. En fin de compte, c’est en conclusion de programme que le chef québécois a manifesté des intentions un peu plus vigoureuses avec une Symphonie n° 45 en fa dièse mineur, « Les Adieux », de Haydn, à laquelle il a insufflé une dynamique qu’on n’avait pas ressentie avant. Une conclusion convaincante qui ne dérogeait tout de même pas à l’esprit de la général de la soirée. Une belle réussite.
On souhaite seulement que ce ne soient pas des ‘’adieux’’ sur lesquels nous laissent Sol Gabetta, mais seulement un ‘’au revoir’’, car il faut absolument que cette fabuleuse interprète nous reviennent rapidement. On rêve de l’entendre à la Maison symphonique ou à la salle Bourgie!
Les secrets les mieux gardés de Montréal sont les « rodas de samba » ou cercles de samba, un rassemblement d’improvisation de chants et de danse. En effet, d’habitude ces soirées mythiques se passent depuis plusieurs années au Sans-Taverne, une brasserie au cœur du Bâtiment 7, à Pointe-Saint-Charles mais, cette fois-ci, c’était aux Brasseurs Avant-Garde, à Hochelaga.
Le concept est simple : plusieurs musiciens et chanteurs se mettent autour d’une table, et ensemble ils créent de la magie autour de la samba et autres rythmes brésiliens, pendant que le public chante en chœur et danse autour de la table. Ce concept est une initiative de Roda de Samba Sem Fim, un collectif brésilien qui est mené de main de maitre par Yussef Kahwage, lui-même musicien et chanteur. Il est épaulé par la grande chanteuse et guitariste Lissiene Neiva ainsi que Bianca Huguenin, toutes les deux faisant partie du noyau dur de la roda, aux côtés de Daniela Bertolucci, Bruno Lima, Gabriel Vacc, Márcio Rocha et Luís Santo.
C’est d’ailleurs souvent Yussef qui commence avec son instrument, avant que les autres musiciens n’embarquent, avec différentes sortes de percussions et autres instruments traditionnels brésiliens tels que des cavaquinhos. Sinon, c’était Tobias et sa guitare à sept cordes qui débutait, pour lancer la musique.
À peine arrivée, je remarque la présence de la grande chanteuse brésilienne Bïa en train de danser autour des musiciens, qui a chanté quelques morceaux de samba avant de se faire chanter « Bonne fête » par toute la salle. Une autre personne était venue fêter son anniversaire ce soir-là : Daiana Santos, des Bouchées Brésil.
Quelques minutes après, Thaynara Perí débarque un peu à la course avant d’aller s’installer autour de la table, une des chanteuses ce soir-là. Cette artiste est une boule d’énergie, elle est tout doucement en train de devenir une incontournable à Montréal, avec toutes ses implications comme artiste solo, mais également dans le collectif Tamboréal Samba Bloco, ou encore comme artiste invitée lors des rodas de samba. Dès qu’elle se met derrière le micro, l’ambiance monte d’un cran dans la salle, chantant plusieurs classiques anciens ou plus récents tels que Banho de Folhas de Luedji Luna, ou encore Figa de Guiné d’Alcione. Pendant ce temps, les bières et la cachaça coulent à flot, pour garder cette roda festive et interactive et tout autour de la table, le cercle formé par le public devient de plus en plus grand.
Ces événements sont souvent à guichets fermés et c’était le cas ce soir-là, plusieurs personnes se voyant refoulées lorsqu’elles n’avaient pas acheté leur billet en avance.
Parmi les classiques mentionnés, nous avions entre autres Mal Acostumado, Não Deixa o Samba Morrer ou encore Serà que é amor, d’Arlindo Cruz, que j’affectionne particulièrement. Plus la soirée avançait, plus le public chantait de plus en plus fort, se laissant aller complètement.
Un DJ jamaïcain qui découvrait les rodas pour la première fois m’a confié qu’il ressentait beaucoup le côté spirituel de ce cercle. Il trouvait intéressant que tout ne tourne pas autour d’un seul artiste, mais que tout le monde crée ensemble.
Après une pause de quelques minutes durant laquelle la fameuse DJ Tati Garrafa a mis le feu dans ce lieu spacieux, la roda s’est poursuivie avec encore plus d’intensité durant la deuxième portion de la soirée. Thaynara est revenue avec d’autres morceaux, tout comme Yussef ainsi que d’autres chanteurs autour de la table. L’ambiance était tellement bonne que je me suis lancé le défi de chanter à ma première roda de samba. Défi relevé !
Lorsque j’ai quitté la soirée vers minuit, la piste était toujours aussi pleine. L’événement porte bien son nom: la roda de samba qui n’a pas de fin, ou alors qui a une fin trèèèèèès tardive.
Vendredi soir au Dômesicle – Toute la nuit avec Jump Source
par Rédaction PAN M 360
Vibrant et infatigable – Jump source, duo montréalais composé de Priori et Patrick Holland, ne manque pas de garder la nuit sur le rythme et le dôme avec des pieds sauteurs – un set exaltant de 5 heures de techno, house à expérimental et ambiant, avec un parfum d’éthéré et de nostalgie par moments.
Apparemment mécanique, le mélange d’états et de grooves organiques dégage une satisfaction et une fluidité sur la piste de danse, transformant l’ambiance en atmosphère, le sensoriel en émotion. Aussi captivant soit-il, le duo maîtrise l’art de la maintenir – grandir, suspendre, tendre, relâcher – comme des vagues qui se forment et se brisent, l’une après l’autre. Un set de JS, c’est comme un voyage dans plusieurs directions, à travers plusieurs paysages, sans jamais perdre le nord ni la raison qui nous a poussés à le faire – ils nous transportent sans effort toute la nuit sur un rythme constant, ni trop rapide, ni trop lent ; les virages sont fluides et savoureux, on refait surface pour reprendre son souffle et retrouver le rythme des lignes de basse. Il s’agit de sculpter l’élan sur la piste de danse, toute la nuit.
En plus de leurs projets solo prolifiques, Francis Latreille et Patrick Holland collaborent en duo depuis près d’une décennie, à la fois en studio en tant que producteurs et en club derrière les platines, ayant récemment sorti leur 6e EP en avril de cette année.
Le collectif Mostly Noise et Jonahvision ont guidé notre voyage dans le dôme semblable à un sauna en sueur dans des visuels trippants immersifs et des espaces virtuels, faisant résonner l’esthétique groovy proposée par Priori et Holland aux platines.
Festival d’art vocal de Montréal | Un gala où la relève prend la scène
par Alexandre Villemaire
L’aventure touche bientôt à sa fin pour la cohorte 2025 de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV). Après quatre semaines de formation, le public a eu droit ce 24 juillet à une présentation lors d’un concert gala d’une partie du travail accompli par les différents stagiaires de l’ICAV, allant des chanteurs et chanteuses aux pianistes accompagnateurs, chefs d’orchestre, et aussi stagiaire en mise en scène, en la personne d’Hélène Rassendren, à qui incombait la tâche de la conceptualisation et de la mise en scène de ce concert.
Évènement incontournable à chaque édition, le gala est une vitrine qui met en valeur les voix dans un cadre festif de ces jeunes artistes lyriques dans différents styles de numéros vocaux. Conséquemment nous avons eu droit à plusieurs tubes du répertoire lyrique, des numéros « chouchous » des mélomanes et de ce type de concert, avec notamment le « Brindisi » extrait de La Traviata, le chœur « Brüderlein und Schwesterlein » de Die Fledermaus et « Make Our Garden Grow » tiré de Candide de Bernstein, pour ne nommer que ceux-ci.
Au niveau de la mise en scène, Rassendren demeure assez conservatrice. Chaque tableau et scène dont sont issus les extraits des arias, duos et numéros d’ensemble sont scénographiquement cohérents et contextualisés brièvement par des interventions faites par elle-même et Marc-Antoine d’Aragon, directeur général de l’institut. Les voix de cette brigade 2025 offrent un bel équilibre vocal sur tous les registres. Celles qui se sont démarquées et qui seront à surveiller sont celles des sopranos Lise Nougier et Marie-Claire Drolet, du baryton Danlie Rae Acebuque, de la mezzo-soprano Oryna Veselovska et du ténor Fletcher Davis. Leurs interventions, tant scénique que vocale, étaient juste engagées et sensibles. Dans le duo « Dunque io son », extrait du Barbier de Séville de Rossini, Acebuque offre un timbre feutré au caractère noble qui se marie avec celui de Marianne Bertrand. Un numéro plus tard, il se transforme en Papageno parfaitement trépignant. Les autres extraits de la Flûte enchantée qui ont suivi nous ont permis, entre autres, d’apprécier les voix de Natasha Henry (Pamina), Yiran Xing (Tamino) et Han Zhenji (Sarastro), Natalie Grimmett (Reine de la Nuit) et Fletcher Davis, précis dans son rôle de Monostatos. Seule basse de cette cohorte, Han Zhengji a livré un Sarastro d’une belle noblesse vocale. Ces scènes nous ont également donné un aperçu de la manière dont elles seront mises en scène dans l’espace de la salle Claude-Champagne lors de la production de l’opéra le dimanche 27 juillet.
Dans le duo entre Zerlina et Don Giovanni « La ci darem la mano » tiré de l’opéra éponyme de Mozart, le séducteur qu’incarnait Han Zhengji tenait plus de la lourdeur de son très juste Sarastro interprété précédemment que d’un. En voulant être trop mielleux – avec une prononciation italienne inégale –, il finit par être trop élastique avec le tempo, créant ainsi un débalancement avec l’orchestre et avec sa collègue Marie-Claire Drolet qui ne peut faire autrement que de s’adapter. Nous avons pu cependant apprécier à sa juste valeur le timbre éclatant et enveloppant de cette dernière dans l’air « Chi bel sogno di Doretta », extrait de La Rondine de Puccini. Seule au centre de la scène, son interprétation reste toute en retenue et en sensibilité avant de se déployer avec force et caractère. Un autre moment particulièrement touchant fut l’interprétation de l’air de Liù extrait de Turandotpar Lise Nougier, d’une grande intensité avec un timbre lumineux.
Le quintette de Carmen de Bizet est toujours un numéro un peu casse-cou à faire, notamment à cause de son rythme haletant. Il ne laisse aucune place à l’erreur tant pour le chef que pour les chanteurs. Pas de grande déconvenue dans cet énergique ensemble qui a, entre autres, mis de l’avant la Carmen d’Oryna Veselovska.
Mentionnons également le travail du ténor irlandais Graham Cooper dans son interprétation de l’air « Lonely House » de Street Scene de Kurt Weill. Le timbre métallique de sa voix convenait parfaitement aux inflexions plus « jazzy » de cet air. Les chanteurs étaient accompagnés par un petit ensemble de musiciens aguerris composé de Nadia Monczak et Yubin Kim (violons), Brenna Hardy-Kavanagh (alto), Sonya Matoussova (violoncelle), Brandon Lewis (contrebasse), Johanna Silberman (flûte) ainsi que des pianistes stagiaires Vinicus Costa et Avis Yan. Ils étaient dirigés tour à tour par Simon Charrette, Etienne Lemieux-Després, Soojeong Kwon et Ramon Theobald.
En somme, une soirée qui ne s’éloigne pas des sentiers battus au niveau du style et du répertoire, mais qui, comme à chaque édition, permet de découvrir, parfois sous des formes encore un peu brutes, parfois sous des formes plus affinées, les nouvelles voix qui cherchent à fouler les planches des salles de concert et des maisons d’opéra. En attendant de voir lesquels de ces noms seront en haut de l’affiche, le public pourra les découvrir et les entendre une dernière fois dans la production de La Flûte enchantée. Une production qui s’annonce emballante et colorée.
Off Piknic avec Gorgon City, Dennis Ferrer, Riordan et Linska
par Marc-Antoine Bernier
Samedi dernier, le parc Jean-Drapeau vibrait au rythme des sonorités club britanniques lors d’une soirée thématique organisée par Realm Records. Si vous ne connaissez pas encore cette maison de disques, elle a été fondée en 2018 par le duo anglais Gorgon City, qui était justement la tête d’affiche de ce OFF-Piknic, accompagné de Linska, Riordan et Dennis Ferrer. Bien que Ferrer ne soit pas affilié à Realm, mais plutôt à Defected Records, sa présence ajoutait une touche de légende à cette soirée déjà bien relevée.
Pour ouvrir l’événement, Linska a livré un set ancré dans une tech house/techno sombre et entraînante. Ses textures épaisses et ronflantes évoquaient l’âge d’or de la house britannique des années 90, tout en puisant dans l’electro-house des années 2010, époque marquante de son adolescence. Des choix de samples comme Dare de Gorillaz nous transportaient dans un univers résolument britannique — une empreinte sonore qui marquera toute la soirée. L’énergie contagieuse de Linska derrière les platines, sous un soleil de juillet éclatant, contrastait joliment avec les tonalités nocturnes de sa musique. Le rythme soutenu de son set n’a pas manqué d’entraîner les festivaliers sur le plancher modulaire en bois dressé devant la scène. Dans les dernières minutes de son set, Bad Boy, sa pièce la plus connue aux sonorités de melodic techno, annonçait clairement que cette artiste prometteuse de la nouvelle génération n’en est qu’à ses débuts.
La relève fut assurée par Riordan, DJ originaire du Sussex, en Angleterre. La première moitié de son set explorait une veine plus traditionnelle de la house, portée par des build-ups mélodiques et une structure plus aérée. Rapidement, l’énergie monte d’un cran : on perçoit une vibe high energy, caractérisée par un groove entraînant et des hi-hats plus doux, moins compressés que ceux typiques de la techno. L’ouverture du set, marquée par des samples à l’énergie de type MC, réaffirme l’identité britannique des clubs, omniprésente ce soir-là. Les basses profondes et timbrées de Linska se transforment ici en textures plus mélodiques et rythmiques sous la main de Riordan. À mesure que de nouveaux festivaliers arrivaient sur le site, ils semblaient rapidement happés par le groove contagieux du DJ. À mi-parcours, Riordan fait culminer l’énergie, menant le public vers un moment de tension collective intense, libérée dans un drop euphorique qui fait littéralement décoller la foule. La seconde moitié de son set naviguait entre morceaux plus sombres, rappelant l’ambiance de Linska, et passages plus énergiques et uptempo, maintenant la dynamique à son sommet.
Après le set de Riordan, l’arrivée sur scène du vétéran américain Dennis Ferrer a marqué un changement de ton notable. Avec lui, le groove prenait racine dans une deep house classique, teintée d’éléments tech house qui permettaient à la transition musicale de se faire sans accroc. Dès les premières minutes, certains samples utilisés par Ferrer nous plongeaient dans l’univers de la house européenne des années 2000 — un clin d’œil nostalgique qui s’accordait parfaitement à cette belle journée d’été. Le choix d’inclure Dennis Ferrer à la programmation était particulièrement judicieux. Actif depuis plus de 30 ans, ce DJ chevronné apportait une perspective unique à une soirée principalement axée sur la relève. Pour le public plus jeune venu applaudir Gorgon City, c’était l’occasion de découvrir un pilier de la scène house mondiale. Et cette expérience s’est fait sentir tout au long de son set, notamment à travers ses références au disco, visibles dans ses sélections de morceaux aux lignes de basse funky, mêlant disco et electro-disco. Des titres comme Lay Your Love On Me d’ABBA ou Upside Down de Diana Ross résonnaient sur le site, touchant aussi bien les jeunes générations que les amateurs plus âgés, moins nombreux, mais tout aussi présents. À plus de cinquante ans, Dennis Ferrer déborde d’énergie. On l’a vu danser du début à la fin, tapant parfois sur les haut-parleurs près de lui, levant les bras en l’air et interagissant constamment avec la foule. Sa présence scénique charismatique ajoutait une dimension humaine et festive à sa performance, et prouvait que la passion pour la musique électronique n’a pas d’âge.
Pour clore cette soirée immersive, le duo londonien Gorgon City a fait son entrée sur scène, orné de leur emblématique visuel à l’effigie du Parthénon d’Athènes. Accueillis chaleureusement par le public, ils ont amorcé leur performance en douceur, installant progressivement leur univers House aux accents pop, une signature sonore plus accessible et fédératrice. Ce sentiment de communion se faisait notamment sentir par l’utilisation récurrente de passages chantés, qui insufflaient une atmosphère chaleureuse et émotive au sein de la foule. Ces passages vocaux étaient souvent suivis de drops aux sonorités typiquement tech house, portés par des basses-médiums profondes et rugissantes — ce fameux « rumble » qui donne du corps et de la puissance au morceau. À mesure que le set avançait, le rythme se faisait plus appuyé : les beats frappaient plus fort, la basse drivait l’ensemble, créant une sensation de mouvement irrésistible, particulièrement palpable sur des morceaux comme 5AM at Bagley’s. Leur formule reposait sur une alternance maîtrisée entre titres doux et chantés, et séquences plus énergiques et dansantes — un équilibre bien rodé qui maintenait l’attention et l’élan du public pendant les deux heures de leur performance.
La seconde moitié du set s’est teintée d’une énergie plus contemplative, avec plusieurs instants touchants où le duo chantait en chœur avec la foule, créant une intimité rare pour un événement en plein air. Certains morceaux faisaient écho à la house des années 90, dans ses déclinaisons les plus pop — diva house, garage house — ramenant un souffle rétro et festif pour finir en beauté. À 22h précises, ce voyage musical s’est achevé sous les applaudissements nourris d’un public conquis, qui a eu droit à une soirée idéale au parc Jean-Drapeau, entre communion, groove et célébration électronique.
Pour les amateurs de Defected Records, l’une des plus vieilles maisons de disques indépendante du Royaume-Uni, réconfortez-vous puisque les programmateurs du Piknic Électronik ont prévu une soirée thématique le 10 octobre prochain avec MVNGO, DJ Holographic, Melé et Meduza.
Piknic Electronik | DJ Fuckoff met le feu pour le Pep Rally
par Julius Cesaratto
Alors que le coucher du soleil envahissait l’île Sainte-Hélène, une foule enthousiaste s’est rassemblée devant la scène principale du Piknic Électronik pour assister à un Pep Rally, et DJ Fuckoff ne nous a pas déçu.
L’artiste née en Nouvelle-Zélande et basée à Berlin (de son vrai nom Zoe « Stella » Flyger) a apporté son style caractéristique mêlant plusieurs genres, fusionnant ghettotech, breakbeat, latin house et électro dans un set résolument énergique pour cette édition spéciale du rituel de danse en plein air du dimanche à Montréal, organisé par Pep Rally, le collectif rave torontois qui repousse les limites et met à l’honneur les personnes noires, autochtones et de couleur (BIPOC) et les femmes.
Son mélange éclectique, sa présence scénique effrontée et sa voix provocante ont transpercé l’air chaud de juillet, tandis que les corps bougeaient en synchronisation avec les morceaux aux basses puissantes. Connue pour ses paroles bruyantes et souvent provocantes, Fuckoff a pris le micro pour interpréter son titre phare Boy U Nasty, tandis que la foule rugissait à chaque ligne du refrain.
Alors que la lumière de l’après-midi réchauffait la foule, elle a mis le feu avec un savant mélange de techno influencée par Detroit et de morceaux récemment sortis de son deuxième grand projet solo, Fucktopia : Character Chronicles. Hello?, ce morceau électro-pop sombre aux accents psytrance, a transformé l’ambiance du festival en une rave débridée, tandis que le soleil chaud de l’après-midi teintait le ciel de nuances roses.
La synergie entre les voix live, les pulsations de la 808 et les breakbeats chaotiques a créé une atmosphère à la fois ludique, rythmée et innovante, en parfaite adéquation avec la piste de danse ensoleillée et le public énergique du Piknic.
À la fin de son set, alors que le jour faisait place à la nuit, DJ Fuckoff avait fait plus que réchauffer la foule, elle l’avait enflammée.
Nuits d’Afrique 2025 | La prochaine étoile mondiale du blues touareg est née, et elle est à Montréal
par Frédéric Cardin
Comme vous l’apprendrez dans l’entrevue dont le lien est plus bas, Boubé est installé à Montréal depuis à peine une année et quelques, mais a déjà conquis le cœur de la ville. Son blues du désert, celui des Touaregs, peuple nomade dont il est issu (plus spécifiquement du Niger) est enraciné dans la grande tradition de Moctar et Bambino, sources artistiques auprès desquelles il s’est abreuvé, est authentique, dynamique, accrocheur et excitant. Sur la scène du Balattou, dimanche soir, devant un public nombreux et empaqueté serré dans le petit espace, ce qui donne au club montréalais toute sa personnalité et son attrait, Boubé à décliné son répertoire déjà riche de hits et de verres d’oreilles qu’on aime réentendre le plus souvent possible. Extraits de son premier et seul album à date, le bien nommé Voyager, (LISEZ MA CRITIQUE ICI), les titres se sont succédé sous forme de crescendo d’intensité, réparti sur deux sets bien coffrés, menant à une finale débordante d’énergie et sublimée par des musiciens totalement investis : Sylvain Plante (extatique batterie!), Carlo Birri (force tranquille mais irrémédiable à la basse), Ibrahim Seydi (aux envolées de percus), Vincent Duhaime Perreault (excellent guitariste dont les duos enflammés avec Boubé ont quelque chose des grands shows rock), et bien sûr Boubé lui-même à la guitare et au chant. On avait déjà perçu le talent et le potentiel aux Syli d’Or 2024, ou il avait reçu celui d’argent. Mais depuis, la progression se fait assez rapidement et l’ouverture des portes du marché international, je le sens, ne saurait tarder. Vincent Duhaime Perreault, guitariste du band et aussi manager de Boubé, nous promet des projets importants à venir, sans pouvoir encore les nommer. On a très très hâte, car, à partir de Montréal qu’il dit aimer beaucoup et y avoir trouvé une famille et une maison chaleureuse, Boubé a tout ce qu’il faut pour devenir la prochaine star internationale du blues Touareg.