Ils ne s’étaient jamais rencontrés avant ce premier séjour à Montréal pour Senny Camara. En effet, cette dernière et Zal Sissokho avaient pourtant l’air de se connaitre depuis des années, lors de ce dialogue musical en langue kora de vendredi soir. Cette complicité, à la fois teintée de respect, puisque Senny utilisait le terme « Maitre » lorsqu’elle s’adressait à Zal, démontrait l’admiration mutuelle entre ces deux artistes. Ils se lançaient des sourires par moments, se glissaient des mots en wolof entre deux chansons, comme un père qui conseille sa fille.
Malgré la tempête de neige à l’extérieur, le temps était suspendu à l’intérieur du Club Balattou, une sensation de flottement. Ce contraste nous poussait encore plus à savourer le moment présent puisqu’on savait ce qui nous attendait dehors.
Commençons par leur tenue : Zal, tout en blanc, et son chapeau signature noir, Senny, tout en blanc également avec une tenue venue de la région natale de sa maman, avec quelques teintes de vert. Même sa chaise était assortie à sa tenue. De toute beauté !
Les deux musiciens interagissaient avec leur public, jouant parfois le rôle de journaliste lorsqu’ils se posaient des questions mutuellement. Senny en a profité pour partager sa connexion avec la calebasse avant même qu’elle se mette à la kora. C’était donc prédestiné !
« La première partie sera plus traditionnelle, nous irons dans l’Empire mandingue », nous avise Zal, alors que plusieurs de ses étudiants étaient dans la salle.
Et c’est ensuite, que l’on découvre la voix perçante et puissante de Senny dans le morceau qui suivra, avec son sourire qui illuminait la salle. Elle chante principalement en wolof ainsi que quelques passages en anglais parfois, et met l’Humain au centre des thèmes qu’elle aborde dans ses chansons. Parfois, Zal l’accompagne au chant, parfois il se contente de jouer sa kora, pinçant les cordes d’une manière unique comme lui seul sait le faire.
Entre les chansons, ils accordent leur instrument. « Ma kora a froid », dit Senny, à la blague. En effet, c’est le premier séjour à Montréal de cette virtuose de la kora, et elle en profitera pour faire plusieurs autres dates dans le pays en compagnie de Zal.
Ils alternent, parfois Zal joue un morceau de son répertoire et ensuite c’est au tour de Senny de piocher dans le sien, notamment en jouant plusieurs morceaux de son plus récent album Yéné, paru en 2024.
« Tout ce qui se passe en ce moment dans le monde, on a eu du warning avant mais on n’y a pas accordé d’attention », dit-elle en introduisant Missal, qui figure dans Yéné.
Zal, à son tour, nous a partagé une chanson dans laquelle il rend hommage à son papa qui nous a quittés, nous racontant des anecdotes de ses nombreux séjours au Sénégal et du temps précieux qu’il a passé avec lui.
Ensemble, ils ont réussi à faire chanter la salle sur le morceau Yéné, avant de terminer avec Niit, qui signifie Humain en wolof.
Et la cerise sur le Sundae était la participation du musicien Lasso Sanou qui est venue clôturer la soirée avec sa flûte, au milieu des deux koras.
C’est ainsi que nous sommes rentrés chez nous sous la tempête, mais le cœur rempli de chaleur.























