classique occidental / musique contemporaine / période classique

Daniel Bartholomew-Poyser chez Obiora : charisme et clarté

par Frédéric Cardin

Un concert de l’Ensemble Obiora a de quoi rendre heureux n’importe qui. Un, l’orchestre est bon, deux, l’ambiance est souriante et familiale (il y a des jeunes partout!) et trois, on y fait souvent de belles découvertes musicales, côtoyant quelques bons piliers du répertoire. 

Hier soir à la salle Pierre-Mercure à Montréal, on a eu droit à tout cela. En plus, il s’agissait aussi du premier concert de Daniel Bartholomew-Poyser en tant que Chef invité principal. L’homme a du charisme. Il s’exprime dans un un bon français et bien sûr en anglais, dans un échange spontané entre les deux langues, ‘’Montreal style’’. Il a de l’humour et trahit sympathiquement sa passion du classique. On peut dire que, en termes d’image et de marketing, Obiora semble avoir fait un bon choix. 

LISEZ L’ENTREVUE AVEC LA DIRECTRICE GÉNÉRALE ET CO-FONDATRICE DE L’ENSEMBLE OBIORA, ALLISON MIGEON, QUI PARLE DE DANIEL BARTHOLOMEW-POYSER

Côté musical, on découvre également un artiste qui aime beaucoup construire son ensemble selon des critères de clarté et de précision très appuyés. L’homme est un affineur de détails. 

Le berceau de la symphonie classique

Une évidence en entrée de jeu, alors qu’on a joué la rarement entendue première symphonie de Haydn. Comme l’a dit Bartholomew-Poyser de façon rigolote, pas de no 104, ou 103, ou 88, ou aucune autre sans la no 1! Le chef a immédiatement installé sa vision d’une musique hyper découpée, portée par des rythmes ciselés. Une jolie introduction, nonobstant le fait que ça reste du Haydn pas encore totalement au sommet de son art de la concision : le deuxième mouvement est trop long. 

Afin de donner l’occasion à la section des vents de resplendir, le chef a choisi d’enchaîner avec les délicates et néo-classiques Trois Pièces Brèves pour quintette à vent, de Jacques Ibert. Un univers résolument français, fait d’élégance et de pureté instrumentale, fort bien interprété par les premières chaises de flûte, hautbois, clarinette, basson et cor de l’ensemble. 

Une tornade en Première mondiale

Then the sky was amber, un concerto pour alto au caractère de poème symphonique suivait, en première mondiale. La nouvelle création de l’Irano-canadien (de Toronto) Saman Shahi évoque, dans un langage oscillant entre atonalité contemporaine et chromatisme cinématographique, la construction d’une tempête.

D’abord éloignée, puis se rapprochant et enveloppant tout, pour se résorber et laisser derrière elle un paysage dévasté mais coiffé par la beauté évanescente d’un ciel ambré (d’où le titre de l’oeuvre). La soliste Sharon Wei a navigué à travers les rafales de la musique très expressive de Shahi, alliant virtuosité et puissance sonore. Tour à tour résistant vaillamment à la tourmente et commentant pensivement un décor laissé exsangue, l’alto de Mme Wei a résonné avec force. 

Attrayante modernité de Caroline Shaw

J’aime énormément la musique de la compositrice qui suivait dans le programme : Caroline Shaw. L’États-Unienne sait très habilement mêler les techniques de l’avant-garde moderne avec l’écriture néo-tonale accessible. Ses idées sont souvent simples mais construites avec beaucoup d’efficacité. La pièce choisie par Bartholomew-Poyser, Entr’acte, est un hommage en forme de déconstruction du langage classique (clin d’œil à Haydn), tant harmonique que rythmique. Comme dans une pulsation organisée par des inspiration-expirations, une mélodie simple et élégante est régulièrement triturée, désarticulée, avant de revenir à son état d’origine. C’est une musique fine, agréable à découvrir et stimulante. On attend avec plaisir la prochaine itération ‘’destructive’’ afin de voir quelle tactique la compositrice utilisera pour illustrer son propos. 

Pulcinella 

Le Pulcinella de Stravinsky terminait la soirée. Une façon pour le chef d’utiliser l’entièreté des possibilités techniques de l’ensemble. Une version très correcte, si ce n’est de quelque aigreur dans les premiers violons, ou le hautbois ne démontrant pas la tenue narrative voulue dans la Serenata (2e mouvement). Il y avait également un nombre un peu trop élevé de déchirures chez les cors plus loin dans l’œuvre. 

Au-delà de ce chipotage, on a apprécié l’exceptionnelle précision de la construction des portraits et des décors par le chef. À l’image de ce qu’il nous a montré en début de concert, Bartholomew-Poyser tisse des toiles presque arachnéennes avec son orchestre. Un travail assidu de la sorte donnera certainement de très beaux résultats à moyen terme. On appréciera de sa part, éventuellement, l’ajout d’un liant holistique, un velours timbral d’ensemble qui évitera de tomber dans la granularité sonore excessive. Mais cela viendra en temps et lieu.

En attendant, le nouveau Chef invité principal a démontré de fort belles qualités de direction musicale, mais aussi de communication et de choix artistiques. J’aurai grand plaisir à voir et entendre ce qu’il fera dans les trois prochaines années de son nouveau contrat. 

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