P’tit Belliveau : l’herbe bleue de la baie Sainte-Marie

Entrevue réalisée par Luc Marchessault
Genres et styles : americana / bluegrass / country / électronique

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Jonah Richard Guimond, alias P’tit Belliveau, marine dans la musique depuis longtemps. Tout a commencé par des mashups et autres bricolages logiciels. Les expériences de Jonah au synthé se sont transformées, au fil du temps, en œuvres plus personnelles. Il s’est ensuite mis à jouer du banjo et à incorporer ses influences bluegrass à sa musique. Pan M 360 a attrapé ce très sympathique créateur sur la route, quelque part entre la baie Sainte-Marie et les Francos de Montréal.

Pan M 360 : Salut Jonah! Bravo pour ton album-hommage à Baptiste Comeau, c’est toujours fascinant ces hommages à des artistes moins connus. Comme Ramblin’ Jack Elliot, Dolly Parton et compagnie qui avaient fait un album de reprises du banjoïste Derroll Adams. C’est une démarche ethnomusicale en même temps : tu fais connaître un répertoire qui raconte la vie à cette époque, dans ce coin de pays.

P’tit Belliveau : C’était mon but avec l’album P’tit Belliveau… chante Baptiste. Ailleurs en Acadie, les gens ne connaissaient pas Baptiste Comeau, sa renommée se limitait à la baie Sainte-Marie. Et même dans ce coin, d’où je viens aussi, il n’est pas toujours compris. Il y a des gens qui n’y voient que des chansons drôles, alors que moi je trouve ses textes très beaux et sa musique aussi. C’est comme pour moi, il y a des gens qui pensent que je ne fais que des chansons drôles.

Pan M 360 : En effet, compte tenu de tes origines acadiennes et de l’humour qu’il y a dans beaucoup de tes chansons, on doit te comparer à Cayouche ou à Menoncle Jason. Mais tes chansons – et les leurs – ont un fond sérieux, elles s’appuient sur des éléments véridiques qui transcendent leur dimension humoristique. Et la musique est sérieuse.

P’tit Belliveau : On dirait qu’au Québec, c’est plus normal d’avoir soit des groupes drôles, soit des groupes sérieux, tandis qu’en Acadie, c’est plus normal d’avoir des artistes qui sont les deux en même temps. On est tous un peu comme ça ici. Radio Radio aussi est comme ça. Je dirais qu’il y a souvent du sérieux dans mes chansons. L’humour c’est un outil, comme certains accords ou certaines mélodies sont des outils. En fin de compte, ça donne en équilibre entre le drôle et le sérieux. Baptiste Comeau faisait des chansons comme ça.

Pan M 360 : Ta musique est country, mais aussi folk et parfois bluegrass. Tu l’hybrides de sons électro. Est-ce que tu écoutes beaucoup de musique électronique, est-ce un genre que tu aimes?

P’tit Belliveau : Il y a des gens qui disent qu’ils écoutent de tout; moi j’écoute vraiment, vraiment de tout : musique électronique, africaine, métal extrême et ainsi de suite.

Pan M 360 : Il y a Orville Peck qui fait de la country infusée d’électro. Il bardasse le modèle du chanteur country macho, en passant. Et, avant tout, sa musique est bonne. Lui aussi a une toune qui s’appelle Summertime. Est-ce que tu observes ce genre de créateur?

P’tit Belliveau : Oui, mais il y a une « vibe » quand même pas mal différente dans nos chansons Summertime respectives!

Pan M 360 : Tes influences sont acadiennes, mais aussi folk-americana du Kentucky et des Appalaches. Sur ton microalbum School’s Out, tu avais repris I Wish I Was a Mole in the Ground de Bascom Lamar Lunsford. Tu aimes fouiller dans ce répertoire?

P’tit Belliveau : La country qui m’inspire se situe plutôt dans la musique appalachienne, le bluegrass. J’ai grandi en écoutant un peu de country, mais d’où je viens les plus vieux et les gens comme mes parents écoutent du bluegrass. C’est l’une de mes plus grandes influences, ça constitue la base de mon projet musical.

Pan M 360 : Tu viens de la région de la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse. Ce n’est pas très loin de Halifax, mais tu as choisi de t’établir à Moncton.

P’tit Belliveau : J’ai habité à Moncton pendant environ trois ans; je viens de retourner m’installer à la baie.

Pan M 360 :  La vie musicale est toujours dynamique à Moncton? J’y ai vécu au début des années 1990, il y avait Eric’s Trip, Zéroo Celsisus, les Méchants maquereaux avec Rolland Gauvin et Johnny Comeau. Je les avais vus au Kacho, le bar de l’Université de Moncton.

P’tit Belliveau : Je connais bien Johnny, il vient de la baie Sainte-Marie. Le Kacho s’appelle Le Coude, maintenant!

Pan M 360 : Comment as-tu aimé Moncton?

P’tit Belliveau : J’ai toujours su que j’y serais temporairement. Pour la plupart des gens, ce n’est pas une grande ville, mais pour moi c’en est une. Je suis un gars de campagne. La baie Sainte-Marie est une grande région qui ne compte que 7000 habitants. Quand je dis que c’est la campagne, les gens ne se rendent pas compte à quel point il n’y a rien! Moi j’aime mieux ça comme ça.

Pan M 360 : As-tu déjà songé à vivre à Halifax?

P’tit Belliveau : J’y ai habité pendant deux ans avant d’aller à Moncton. C’était cool. Quand je suis allé m’installer à Moncton, je travaillais dans la construction, j’aurais pu vivre n’importe où. Je ne gagnais pas encore vraiment d’argent avec ma musique. Je développais mon projet, je travaillais dur. Je me disais que j’étais plus près du Québec pour aller faire des shows. C’est cinq heures de moins à faire qu’à partir de la baie. Mais je n’avais pas envie de vivre à Québec ou à Montréal. Puis, je me disais que si les choses se mettaient à bien aller et que je pouvais me permettre de payer cinq heures d’essence de plus, je retournerais à la baie. C’est ce que j’ai fait!

Pan M 360 : Merci beaucoup Jonah pour cette entrevue, bonne route et bon concert aux Francos! [NDLR : P’tit Belliveau affiche déjà complet aux Francos. Il sera aussi au Village Laval en première partie des Trois Accords, le samedi 11 septembre.]

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