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Nuits d’Afrique 2026 | Tabou Combo fait rayonner l’âme d’Haïti

par Sandra Gasana

Le kompa a fait parler de lui ces dernières années avec le succès planétaire de Joé Dwèt Filé ou encore plus récemment l’artiste Naïka qui a enflammé le quartier des spectacles.

Mais tout cela a commencé avec un groupe légendaire, l’orchestre Tabou Combo qui a mis le kompa sur la carte. Fondé en 1968 dans les banlieues de Pétion-Ville par les frères Chancy, Albert à la basse et Adolphe à la guitare, ce groupe en est à sa quatrième participation au Festival international des Nuits d’Afrique, et ont même clôturé le festival en 2014.

Au fil des années, le groupe a évolué, plusieurs nouveaux membres ont rejoint le groupe, d’autres ont quitté en cours de route. Après Haïti, ils se sont installés aux États-Unis et leur chanson « New York City » était au top des palmarès. Ils ont rempli des stades en Europe, en Afrique et en Amérique latine, et même après près de six décennies sur la scène, ils continuent à enflammer les foules.

Pour cette soirée du 18 juillet, un invité spécial était sur scène avec la formation, en remplacement d’un des membres absent en raison des conditions météorologiques plus tôt cette journée-là.

La communauté haïtienne était présente en grand nombre, toutes les générations confondues. Les nostalgiques et les plus jeunes appréciaient tout autant la soirée. Sur la scène, une panoplie de musiciens, un ensemble de cuivres, des percussions, deux guitares, une basse et un clavier, en plus des chanteurs.

Avec le kompa, on peut également remarquer les influences de funk et de soul sur certains morceaux venant de leurs années passées aux États-Unis. Un de leur plus grand succès qui figure dans l’album Sans limites paru en 2000, « Tu as volé », que je connaissais sans savoir que c’était une de leurs chansons, a particulièrement plu à l’audience qui se déhanchaient devant la scène TD. Les chansons étaient parfois très longues, composées de plusieurs sections, avec un changement de rythmes, pour revenir au rythme initial du début. Les classiques tels que « Mabouya » ou encore « Lakay » ont reçu un accueil chaleureux en cette soirée post-pluvieuse.

On peut entendre de l’espagnol également dans le morceau « Fiesta », qui nous donne l’impression d’être à Cuba, démontrant leur lien particulier avec l’Amérique latine, entre autres avec le Panama, où ils sont très populaires. Ils ont d’ailleurs un morceau intitulé « Panama Querida », qui figure dans l’album Fiesta Caribena paru en 2012. Au clavier, un musicien qui animait également la foule, parfois en anglais, parfois en créole. C’est d’ailleurs lui qui a volé la vedette lorsqu’il a repris le morceau « We are the world » pour dénoncer la situation politique et économique actuelle en Haïti. Durant cette chanson, les cellulaires avaient tous leur lumière allumée et nous vivions un moment de communion que seule la musique peut créer.

« Nous avons besoin de la lumière pour éclairer les mauvais esprits », annonce le claviériste, avant de brandir le drapeau haïtien sur la scène.

Après la tristesse, place à la joie. Le groupe enchaine avec « Feel Good », comme pour consoler l’audience qui venait de vivre un moment de recueillement, avec une touche de rap et la participation du public sur certaines mélodies.

Quelques chorégraphies étaient au menu, les musiciens et chanteurs faisant quelques pas synchronisés tout en animant la foule avant de faire une dédicace spéciale pour le peuple du Congo, plus particulièrement à l’un de ses pionniers, Patrice Lumumba. C’est ainsi qu’ils ont poursuivi avec un titre iconique « Indépendance Cha Cha », une bonne rumba congolaise.

Deux femmes à côté de moi, qui ne se connaissaient pas, l’une qui semblait Haïtienne et l’autre Blanche, ont tout simplement commencé à danser ensemble. Sans se parler, sans s’expliquer, juste danser.

C’est aussi ça la force de la musique: elle rapproche les gens, elle crée des moments de communion et soulage les coeurs. Tabou Combo a fait tout cela et plus encore pour son public venu le voir en grand nombre.

Crédit photo: André Rival

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