Charlie Houston : « En ce moment, toutes mes émotions sont sur le pilote automatique »

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault
Genres et styles : bedroom pop / pop

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À 22 ans à peine, Charlie Houston crée de la pop sensible qui nous reste en mémoire des semaines après la première écoute. Il est agréable d’entendre de la musique et des paroles sans filtre, l’équivalent d’un cliché polaroid de l’état d’esprit de l’artiste. Ça manque à beaucoup à la pop, de nos jours.

Charlie houston n’en est qu’au début de sa carrière. I Hate Spring, son premier album, est passé inaperçu. Or, le duo électro-pop ODESZA – en nomination aux Grammys – l’a contactée l’année dernière pour collaborer avec elle. Charlie vient de terminer une tournée avec eux et se prépare à assurer les premières parties de Charlotte Cardin pour une série de spectacles au Québec, en novembre. Elle a aussi lancé le microalbum Bad Posture la semaine dernière, sur étiquette Arts & Crafts. Tout en se consacrant à des études en philosophie.

Nous avons parlé avec Charlie Houston, alors qu’elle était en tournée avec ODESZA, de son processus de réflexion, de sa vulnérabilité et de ses motivations.


PAN M 360 : Tu es toujours en tournée avec ODESZA, n’est-ce pas?

Charlie Houston : Oui, je suis à Sacramento, en Californie, avec eux.

PAN M 360 : Et j’ai vu que tu as fait une petite collaboration avec eux l’année dernière. Comment cela s’est-il passé?

Charlie Houston : Ils m’ont contacté l’été dernier par Instagram. Ils m’ont envoyé un message par DM, à l’improviste : « Veux-tu faire une chanson avec nous? » Comme je suis une grande admiratrice, j’ai évidemment dit oui. Et puis au début de cette année, ils m’ont demandé si je voulais aller en tournée avec eux.

PAN M 360 : Comment s’est passée cette collaboration avec eux?

Charlie Houston : C’était sympa, mais à distance. Je n’ai pas eu l’occasion d’avoir une séance d’enregistrement en personne avec eux, ce que j’aurais préféré parce que j’aime vraiment collaborer avec les gens plus en personne. Mais en gros, on s’est appelés quelques fois. Puis, ils m’ont envoyé des instrumentales sur lesquelles ils travaillaient. Il y a eu un morceau que j’ai vraiment aimé. Ensuite, j’en ai écrit la mélodie, grosso modo. Et nous avons fait des allers-retours et travaillé un peu ensemble.

PAN M 360 : Tu viens de lancer un EP, Bad Posture. Je m’identifie tellement à ce titre. En tant que rédacteur, ma posture est merdique. D’où est venue l’idée de ce titre?

Charlie Houston : Je n’ai pas encore atteint le point, dans ma carrière, où j’ai une somme de travail cohérente, conceptuellement. Donc, je ne voulais pas trouver un lien forcé entre les chansons. Jusqu’à présent, tous mes projets n’étaient que des recueils de chansons que j’avais écrites à un moment précis, mais elles ne parlaient pas nécessairement toutes de la même chose.

Mais mon état d’esprit change évidemment à mesure que je grandis. Et je suis très anxieuse, ce qui se traduit par le fait que je grince des dents, quand je dors, et que toutes mes tensions, mon stress et mes émotions se retrouvent dans mon cou. En fait, ça se manifeste physiquement dans ma mâchoire et mon cou. J’écris beaucoup au sujet de trucs liés à mon anxiété et à des émotions négatives, en rapport avec les relations et les ruptures. Donc, le titre Bad Posture semblait logique.

PAN M 360 : Les chansons de Bad Posture ont-elles été écrites pendant la même période que I Hate Spring?

Charlie Houston : Non, elles ont été écrites après et je pense qu’elles constituent une progression. Ou peut-être pas, mais elles ont été écrites à un moment différent de ma vie. J’ai l’impression que je suis de plus en plus en mesure d’afficher ma vulnérabilité, dans ce que je crée. La chanson Comfortable est extrêmement importante, pour moi, et Lately parle de mon angoisse de la mort.

PAN M 360 : Et tu n’as que 22 ans, n’est-ce pas? Ça fait beaucoup d’anxiété.

Charlie Houston : Oui, je pense qu’à l’époque de I Hate Spring, j’écrivais sur ce genre de choses pour que les autres puissent s’y référer, mais j’ai l’impression que maintenant, j’écris des choses auxquelles je pense simplement. Si tout ça se tient debout.

PAN M 360 : Est-ce qu’il t’arrive de penser que tu es trop vulnérable, dans tes textes? Ou pas assez?

Charlie Houston : C’est intéressant, j’ai l’impression que quand il s’agit d’écrire sur des choses comme des sentiments intimes, je ne filtre rien, j’écris directement ce que je ressens et je suis normalement assez honnête et fidèle à ces émotions. Mais je trouve que lorsqu’il s’agit d’écrire au sujet d’expériences avec d’autres personnes, je ne suis pas aussi vulnérable. Je suis gênée d’écrire des détails très précis sur ma relation avec quelqu’un. J’ai donc l’impression que c’est une chose avec laquelle j’aimerais être plus à l’aise, mais en même temps, je ne le suis pas.

PAN M 360 : As-tu écrit en tournée?

Charlie Houston : Non, ou alors un petit peu. C’est seulement la deuxième fois que je pars en tournée. Et c’est, de loin, beaucoup plus important que ce que je faisais avant. Donc j’ai l’impression que, pendant les premières semaines, j’étais très souvent débordé. Et je suis aussi une personne très rétrospective dans mon cerveau. Je ne sais pas pourquoi, mais mon cerveau ne traite pas vraiment les choses avant qu’elles ne se produisent. Sur le moment, ça ne marche pas. Je ne pourrais pas expliquer à quelqu’un ce que je ressens au moment où ça se produit. Et donc en ce moment, j’ai l’impression que mes émotions sont sur le pilote automatique.

PAN M 360 : C’est logique. Tu es en mode tournée.

Charlie Houston : Et j’étudie. C’est le début de l’année scolaire. Je suis aussi sur le point de terminer cette tournée. Donc, avant le début de la tournée je me disais « Je vais écrire beaucoup en tournée », juste parce que je pensais que c’était ce que les gens faisaient. Mais j’ai l’impression que je n’en ai pas la capacité mentale, pour l’instant.

PAN M 360 : Qu’étudies-tu?

Charlie Houston : Je me spécialise en philosophie.

PAN M 360 : J’ai fait un peu de philo à l’université, et la plupart m’ont donné envie de me cogner la tête contre un mur!

Charlie Houston : Bien vu! Avec tous les cours que je suis, j’ai aussi envie de me frapper la tête contre un mur!

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