Francis Choinière : jeune chef et entrepreneur doué

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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À l’instar des Dina Gilbert, Nicolas Ellis, Guillaume Bourgogne et quelques autres, Francis Choinière est l’un des jeunes chefs québécois qui s’imposent désormais au coeur de nos orchestres symphoniques et orchestres de chambre. 

Francis Choinière est un cas exemplaire de débrouillardise, d’opiniâtreté et de talent combinés. À la barre de l’Orchestre Philharmonique et Choeur des Mélomanes (OPCM), il est aussi impliqué dans l’Orchestre FILMharmonique, dont il est ici question, de même que dans la compagnie de production GFN qu’il a fondée avec son frère.

Pour toutes ces raisons, PAN M 360 fait connaissance avec Francis Choinière, à la veille d’un concert donné par l’Orchestre FILMharmonique sous sa direction, soit le samedi 9 avril, 19 h 30, à la Maison symphonique 

La Symphonie Fantastique de Berlioz sera la pièce maîtresse de cet hommage de 78 musiciens aux compositeurs français, qui sera suivie de l’incontournable Boléro, certes l’œuvre la plus connue de Maurice Ravel. L’Orchestre FILMharmonique complétera le programme avec L’Apprenti sorcier de Dukas et des extraits de l’univers magique d’Harry Potter, composées par Alexandre Desplat. Musiques françaises, donc.

PAN M 360 : Faisons SVP la genèse de votre parcours.

FRANCIS CHOINIÈRE : J’ai commencé avec le chant choral, c’est ce qui me passionnait au début. Je suis entré graduellement dans l’orchestre en y dirigeant de grandes œuvres chorales avec orchestre (L’Homme armé, Requiem de Mozart, etc.). J’ai donc fait beaucoup de chœurs, j’ai ensuite commencé à diriger l’orchestre. 

J’ai fait ma maîtrise en direction d’orchestre à l’université McGill, soit avec Alexis Hauser, et quelques classes de maître avec des chefs réputés tels Yoav Talmi, François-Xavier Roth, etc. Au début, Jean-Sébastien Vallée était mon mentor en direction chorale, alors que je faisais mon baccalauréat en composition. Étudier la composition, d’ailleurs, m’a beaucoup aidé en tant que chef d’orchestre, c’est-à-dire apprendre à connaître tous les instruments et leurs couleurs respectives. Quand je regarde une partition, je souhaite savoir ce qu’un compositeur voulait faire avec, et ce que je pouvais conséquemment faire ressortir de l’œuvre. Par la suite, Alexis Hauser fut un très bon prof en direction d’orchestre, car nous devions exécuter des œuvres de très haut niveau.

PAN M 360 : Et donc le chant choral et la musique instrumentale se sont liés sur votre terrain de jeu?

FRANCIS CHOINIÈRE : En fait, je voulais toujours faire du chant choral et de la musique instrumentale. C’est difficile pour quiconque souhaite diriger un orchestre. Donc, l’occasion est d’abord venue côté chorale. Progressivement, j’ai présenté de grandes œuvres chorale précédées d’un concerto, je pense notamment au Lachrymae de Britten (avec Marina Thibeault), suivi du Requiem de Mozart. 

PAN M 360 : Vos qualités entrepreneuriales se sont avérées précocement, racontez-nous.

FRANCIS CHOINIÈRE : À l’âge de 17 ans, j’ai fondé l’OPCM, l’Orchestre Philharmonique et Choeur des Mélomanes, dont c’est la huitième année (j’ai 25 ans aujourd’hui). Ce fut ma première opération de promotion et de gestion d’un organisme culturel. Quelques années plus tard, nous avions l’intention de présenter un concert d’envergure pour Le Seigneur des anneaux, alors nous avons démarré une entreprise, GFN Productions, avec mon frère Nicholas et notre ami Gabriel Felcarek. J’avais déjà une certaine expérience dans la production de concerts et l’embauche de musiciens. Or, cette fois, le projet était d’un autre niveau, 250 personnes sur scènes, musiciens, chanteurs, projections etc. C’était gros. Le concert fut présenté en janvier 2019, nous avons fait nos preuves a avons eu le sentiment que nous pouvions désormais faire presque n’importe quoi.

PAN M 360 : Trois organisations, donc : OPCM, FILMharmonique et GFN productions.

FRANCIS CHOINIÈRE : Exact. GFN est une compagnie de production qui collabore étroitement avec l’Orchestre FILMharmonique, l’OPCM a une vie plus autonome. En principe, nous présentons de grandes œuvres chorales. L’objectif de cet orchestre et chœur est de mettre la voix en valeur. Dans cette optique, il est inhabituel pour nous d’offrir un concert sans chant, comme nous l’avons fait la semaine dernière avec le pianiste Alain Lefèvre, avec qui nous voulions vraiment collaborer pour le Concerto de Québec, d’André Mathieu. Généralement, le chant est impliqué systématiquement dans nos programmes.

PAN M 360 : Vous avez choisi de vous positionner dans des répertoires relativement consensuels, n’est-ce pas?

FRANCIS CHOINIÈRE : Oui. Du côté de l’Orchestre Philharmonique, c’est plus évident : l’accessibilité de la musique symphonique est mise de l’avant. Prenons le programme Les Planètes de Holst, prévu à la fin du mois. Cette œuvre est une grande inspiration pour les compositeurs des musiques de films comme John Williams. Ces œuvres pour le cinéma ont aussi droit à la diffusion. Elles touchent un grand public et l’Orchestre FILMharmonque est là pour en faire la promotion, soit auprès d’un public plus jeune qui pourrait s’intéresser à la musique classique. Alors si on aime Holst après avoir découvert John Williams, on aimera peut-être d’autres compositeurs classiques. 

PAN M 360 : Hum, le passage de la pop symphonique au répertoire classique est loin d’être évident…

FRANCIS CHOINIÈRE : C’est vrai, mais il y a quand même une différence entre la pop symphonique, soit l’accompagnement symphonique d’un artiste pop, et la musique de film avec orchestre symphonique pour conduire le grand public à la musique classique. Si on faisait un concert symphonique avec Britney Spears, par exemple, ses fans ne retourneraient pas systématiquement au concert classique, ce qui à mon sens est différent, avec la musique symphonique destinée au cinéma. 

En mettant le répertoire du cinéma et de la musique classique au même niveau dans un programme, on observe un intérêt du côté du public. Les gens aiment les deux, ne font pas distinction spontanée. C’est un travail qui doit être mené à long terme, de toute façon. L’OPCM, de son côté, a un mandat différent. Nous sommes capables de présenter de grands programmes et mettre de l’avant les instrumentistes et les chanteurs.

PAN M 360 : Vous êtes un des chefs émergents au Québec. Yannick Nézet-Séguin, qui peut être considéré encore comme un jeune chef, a-t-il été pour vous une source d’inspiration?

FRANCIS CHOINIÈRE : Certainement. J’ai déjà chanté pour lui dans le Chœur Métropolitain, ce fut une belle expérience pour moi. Je devais faire une collaboration avec lui, soit pour Aïda de Verdi dans le contexte du festival de Lanaudière, ce qui fut malheureusement annulé à cause de la pandémie. J’espère avoir d’autres occasions de collaborer avec lui.

PAN M 360 : Pour compléter ce premier contact, parlons du programme de samedi.

FRANCIS CHOINIÈRE : Bien sûr. L’œuvre vedette est la Symphonie fantastique de Berlioz, une des premières œuvres s’inscrivant au répertoire de la musique à programme, c’est-à-dire à laquelle une histoire est reliée par un thème récurrent. Au 19e siècle, Berlioz fut l’un des premiers compositeurs ayant développé l’idée du leitmotiv, soit un même thème mélodique qui se développe à travers les mouvements de l’œuvre. Richard Wagner en avait perfectionné le concept et, un siècle plus tard, les compositeurs du cinéma choisissent régulièrement cette approche, c’est-à-dire développer un thème mélodique autour d’un personnage à travers le scénario. John Williams s’en est inspiré, comme Howard Shore et plusieurs autres. Alors la Symphonie fantastique se connecte bien à tous nos projets et à la mission du FILMharmonique. Ce samedi, donc, on mettra de l’avant un répertoire de musique française avec Berlioz, Ravel, Dukas et quelques extraits des films de Harry Potter, musiques composées par Alexandre Desplat.

PAN M 360 : Dans le contexte de cette nouvelle vague de COVID, maintenir un orchestre et attirer le public ne sont pas choses faciles. Que se passe-t-il de votre côté?

FRANCIS CHOINIÈRE : Ces temps-ci, il y a tellement de difficultés à cause de la COVID que plusieurs orchestres doivent composer avec des personnels différents. Nous essayons d’avoir une formation stable, mais nous devons composer avec l’instabilité. On veut que les gens retournent en salle… C’est actuellement très difficile à cause de la pandémie, mais on voit aussi que les gens sont excités à revenir en salle.

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