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«La foule marche, impassible, visages neutres, voix inaudibles, pas mesurés… Ils ne se hâtent pas, ils ne hurlent pas. Ils n’implorent pas : la contrainte est telle qu’ils le savent inutile. Ils passent. » Voilà un extrait probant de La Violence du calme, roman paru il y a 46 ans, signé Viviane Forrester, et dont le titre sied plutôt bien avec l’approche sonore dont il est ici question.
La conjoncture actuelle et ses retombées dans nos vies intérieures peuvent effectivement être vécues par des artistes qui ne font pas d’esclandres et qui n’en ressentent pas moins.
Coup de cœur côté direction artistique d’Akousma, Exzald S est effectivement un must pour quiconque assistera à un des programmes d’Akousma, du 21 au 23 octobre à l’Usine C.
Parisienne originaire de Provence, Sarah Foulquière (de son vrai nom) ne cesse d’explorer les fréquences et textures de sa propre voix, sensuelle et aérienne, qu’elle fait se poser sur de superbes trames électroniques.
À travers une œuvre encore jeune, cette dynamique entre le plus vieil instrument du monde et les technologies numériques les plus neuves lui confère une force d’attraction supérieure à la moyenne des chercheurs, dans ce corpus de plus en plus hétérogène.
Son parcours est déjà éloquent:
Sous l’alias Fawkes, elle a co-composé et co-réalisé avec la grande productrice américaine Jlin sur la compilation 20 Years de Planet Mu ainsi que sur l’album Black Origami de Jlin (Planet Mu, 2017).
Sous le pseudo Exzald S, elle lancé en 2021 l’album autoproduit Serene Transfer Scheme.
Elle a coréalisé Wondertomb avec le compositeur français Aho Ssan , dans le contexte de la compilation Berlin Atonal. Elle a aussi participé à la création de la pièce Away sur l’excellent album d’Aho Ssan, Rhizomes.
Elle a remixé Blind Power pour Simulacrum Remixes sur le label Subtext. Sur l’album collaboratif Labège (2025), elle s’est retrouvée aux côtés des artistes Nexcyia et mu tate..
On lui doit également le mixtape Death is the Goddess sur Halcyon Veil.
En novembre 2025, Exzald S lançait l’excellent album Iridesc sous les étiquettes Subtext et Multiverse LTD. Ce vendredi à l’Usine C, elle présentera la pièce Magnetics, dans la foulée de son plus récent opus.
PAN M 360 : À l’évidence, vous avez travaillé avec d’excellents artistes. Je suis moi-même big fan de JLin que j’ai vue quelques fois à l’œuvre, et j’apprécie grandement le travail de votre compatriote Aho Ssan, que j’ai interviewé il y a deux ans lorsqu’il fut invité à Akousma. De quelle façon vos rencontres ont-elles contribué à façonner votre art ?
Exzald S: Les rencontres font partie de mon parcours, mais mon travail se développe beaucoup dans la solitude, à travers mes propres recherches.
PAN M 360 : Quels sont les autres artistes marquants dans votre univers, si cette question est pertinente en ce qui vous concerne ?
Exzald S: Énormément d’artistes me touchent et me donnent de la force. Je crois être incroyablement propulsée par la liberté créatrice des Autechre ces dernières années – Rob Brown et Sean Booth. Ils ont largement contribué à la musique électronique et ils pourraient s’en satisfaire mais non, ils mettent les mains dans la boue et continuent à expérimenter. Cet acharnement à explorer tous les recoins d’une forme donnée, pour ensuite à nouveau chercher ailleurs et nous offrir ce qu’ils ont trouvé sur le terrain, c’est très inspirant.
PAN M 360: Vos profils biographiques indiquent que votre œuvre est “ancrée dans une exploration de la voix, à la fois comme vecteur émotionnel et comme outil de composition” , et aussi dans votre “fascination pour la manière dont le son peut tracer les contours de la vie intérieure”. Pourriez-vous élaborer sur ce socle compositionnel qu’est la voix humaine ? Comment est-ce devenu un fondement de votre travail en tant que compositrice ?
Exzald S: J’ai toujours chanté, toujours improvisé. J’enregistre et j’écris pour voix depuis le début de l’adolescence. Donc c’est très normal pour moi, et spirituel aussi. Utiliser la voix dans mes créations, c’est une évidence jusqu’à présent.
PAN M 360: La voix humaine est-elle un avantage organique pour une compositrice encline aux technologies numériques ?
Exzald S: La voix humaine est pour moi à la fois un instrument fantastique, et une clé pour aller directement toucher ce qu’on a de plus intérieur et de plus intime. Oui, c’est une possibilité d’expression supplémentaire, et peut être l’ultime. C’est celle qu’il nous reste, quand on n’a plus rien d’autre que soi-même en tout cas.
PAN M 360: Pouvez-vous nous expliquer sommairement la démarche vous ayant menée à la pièce Magnetics, qui sera présentée à Akousma ?
Exzald S: Magnetics puise de sa matière au sein d’Iridesc, que je recompose dans une forme continue pour ce concert. Ma musique est faite de successions de mutations, et cette pièce permet aux différents environnements que je crée de se rencontrer autrement, et de jouer dans de nouvelles sphères également.
PAN M 360: Le commun des mortels pourrait qualifier votre musique d’ambient… ce qui est réducteur lorsqu’on s’y penche vraiment. Vos travaux récents sont néanmoins calmes et horizontaux de mon point de vue. Peut-être choississez-vous un autre angle d’attaque pour ainsi dépeindre en musique “les contours de la vie intérieure” ?
Exzald S: Votre question est intéressante et montre que vous avez vraiment su écouter mon travail. Sans vouloir l’éluder, je ne dédierais pas ma vie à la musique si j’avais les mots.
Pour moi, très sincèrement, il n’y a rien de vraiment calme dans ma musique. Je pense à cette phrase de Werner Herzog à propos des oiseaux : « I don’t think they sing, they just screech in pain. »
Il y a parfois, sur certains morceaux, des élans et des tentatives pour s’approcher d’un certain apaisement, oui. Et quand j’y parviens moi-même momentanément, à travers le chant la plupart du temps, j’ai envie d’honorer ça et de le partager.
PAN M 360: Quels sont vos outils de création (votre gear) et de quelle manière vous en servez-vous ?
Exzald S: Quasi exclusivement l’ordinateur jusqu’à présent ! Vraiment je suis une laptop musicienne, aucun doute là dessus. Je travaille surtout sur Logic, avec un petit contrôleur midi, le plus simple possible. Et ma voix, qui est mon instrument.
PAN M 360: Êtes-vous le type d’artiste électronique s’étant affranchie des courants académiques en électroacoustique, tout en en investissant les bases ? Quelle est votre formation en ce sens et comment avez-vous trouvé votre liberté créatrice ?
Exzald S: J’ai étudié brièvement le chant médiéval, ce qui m’a permis de mieux me connaître en tant que vocaliste. Concernant ma liberté créatrice, j’ai décidé d’investir mon libre arbitre en ce sens et je continuerai toute ma vie.























