De retour à Montréal pour la première fois depuis 2016, Dopplereffekt présentait hier soir à l’Espace SAT son univers électronique dans le cadre de Making Time XXVI, troisième édition montréalaise de l’événement piloté par Dave P et Alexandre Auché. Fondé par Gerald Donald, également figure centrale de Drexciya, le duo formé avec To-Nhan poursuit depuis les années 1990 une exploration de la science, de la technologie et des rapports entre humains et machines.
Sur scène, cette esthétique prend une forme littérale : masqués et immobiles derrière leurs machines, les deux artistes évoluent devant une succession de robots chromés, de schémas anatomiques et de paysages futuristes en noir et blanc. L’ensemble est cohérent, mais finit par devenir redondant. To-Nhan, qui joue exclusivement du synthétiseur, demeure d’ailleurs souvent immobile sans jouer, alors que Donald assure plusieurs des lignes arpégées du concert. Son rôle paraît ainsi étonnamment sous-utilisé, autant musicalement que scéniquement.
Musicalement, Dopplereffekt navigue entre électro, progressive electronic et Detroit techno, superposant textures atmosphériques, arpèges menaçants et profondes pulsations. Leur approche, marquée par la disparition des refrains accrocheurs et de la subversion pop au profit d’une abstraction de plus en plus dépouillée du rythme, crée parfois une certaine distance émotionnelle avec l’auditeur.
Cela pourrait expliquer l’énergie plutôt réservée du public durant le premier tiers du spectacle. Pourtant, les sonorités de synthétiseur de To-Nhan, toujours inscrites dans un même registre, évoquent par leur couleur harmonique une certaine tradition du Detroit techno et comptent parmi les moments qui m’ont le plus rejoint.
Malgré ces réserves, l’expérience demeure appréciable. Les moments forts se multiplient à mesure que le concert progresse, jusqu’à une conclusion aussi froide que le reste de la performance : sans salut ni finale spectaculaire, les deux artistes quittent simplement la scène, laissant la dernière pièce s’éteindre sous les visuels. Une proposition singulière, qui ne cherche manifestement pas à séduire par l’énergie, mais à prolonger avec rigueur l’évolution d’un univers électronique unique.
Photo: Nina Gibelin Souchon























